Le president et ses assasins

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  • Publié le : 22 mai 2011
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« Le silence, c’est la mort.
Et toi, si tu parles, tu meurs.
Si tu te tais, tu meurs.
Alors, parle et meurs »
Tahar Djaout
Journaliste algérien,
Assassiné le 26 mai 1993.
Le 26 mai 1993, Tahar Djaout est tué par un mystérieux commando agissant, prétendait-il, pour le compte d’un islam rigoriste, pour le bénéfice, en fait, d’une idéologie fascisante rampante et commençant à s’en prendreà tous ceux qui pensent librement, signifient leur désaccord et expriment une réprobation totale de l’action engagée au nom de la même idélogie. Tous ceux qui condamnent les méthodes employées et dénoncent l’imposture qui sous-tend la cause au nom de laquelle la lutte armée est engagée tombent sous les balles des fanatiques
Tahar est l’une des premières victimes de cette barbarie et de laterreur installée, au début des années 90, à Alger et partout ailleurs en Algérie, par des hordes fanatisées d’islmanistes insurgés. Treize jours après la mort de ce confrère, le crime perpétré sur le juge Babacar Sèye intervient au Sénégal. En effet, ce 15 mai 1993, le vieux juge tombe sous les balles meurtrières de trois jeunes criminles. Ce juge et ce journaliste sont tous deux victimes de la mêmeet unique bêtise humaine : l’intolérance doublée de la stupidité d’hommes aveuglés par une soif inextinguible de pouvoir, étanchée dans le sang d’innocentes victimes et dans les larmes d’un peuple.
Permettez-moi d’emprunter ces paroles prémonitoires au défunt confrère algérien qui a conclu ainsi le dernier article qu’il a publié, quelques jours avant son fin tragique. Vous comprendrez pourquoices mots me viennent à l’esprit au moment où j’écris les premières lignes de cet ouvrage. Je me suis presque caché, en tous les cas, soustrait à la curiosité de tout mon entourage pour l’écrire. Je n’ai pas adopté cette attitude dans le seul et unique souci de préserver la discrétion qui doit, nécessairement, entourer la rédaction d’un ouvrage de cette nature.
J’ai procédé ainsi, car, depuis lapublication de mon ouvrage intitulé : « Wade, un opposant au pouvoir, l’alternance piégée », mes proches et mes amis n’ont de cesse de me répéter d’arrêter d’écrire ou de débattre du régime en place et des scandales qui ponctuent sa gestion quotidienne de l’Etat. Ils m’ont surtout mis en garde, en me répétant inlassablement cette phrase : « même si vos critiques contre l’action du Chef de l’Etatsont acceptables et parfaiatement compréhensibles dans un Etat démocratique, il faut arrêter de parler de lui. »
Ils n’hésitent pas, en tentant de renforcer leurs arguments, à me dire que je risquais ma vie, en continuant de critiquer Me Abdoulaye Wade et son régime. Vrai ou faux, tous en ont acquis la conviction. Personne d’entre eux ne rate la moindre occasion pour me rappeler, fortopportunément, les propos d’un ministre de la République, premier responsable de la Convention libérale, structure d’encadrement de base du Parti démocratique sénégalais (Pds), dans la région de Louga, appelant ses militants à « briser [ma] plume satanique». Il officialisait, ainsi, les menaces de mort dont j’ai été l’objet, de la part des partisans du Chef de l’Etat, à la publication de mon dernier livre.Lui-même disait à la sortie de cet ouvrage : « Celui qui dispose de cuillère ne se brûle pas les doigts ». Ce fut, ni plus, ni moins une invite implicite aux nervis et fanatiques de son parti, à travers cette métaphore, tirée du riche lexique culturel wolof, à s’en prendre à ma personne.
Ce n’est qu’après avoir bouclé mon enquête sur ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire Me Sèye », que j’aicompris à quel point leur peur était justifiée. Il suffit à cet égard de rappeler qu’un leader politique remarquable par ses prises de position courageuses dénonçant souvent les dérives et travers du régime a été victime d’une lâche tentative d’assassinats dont les auteurs ont été identifiés par les enquêteurs parmi les gardes de corps du chef de l’Etat.
Il fut battu et laissé pour mort dans...
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