Le roman, miroir du chemin

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  • Publié le : 27 mars 2010
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Le roman est une oeuvre littéraire, un récit écrit en prose, qui raconte une histoire vraie ou fictive, basée sur une intrigue vécue ou imaginaire. Avec cette citation extraite de son livre Le rouge et le noir, Stendhal, en fervent défenseur de la littérature réaliste, affirme que le romancier se doit d’offrir un reflet de la réalité sociale et politique d’une époque, y compris dans toute sadureté et toute sa noirceur, et même si le lecteur doit s’en trouver choqué ou scandalisé. La mise en avant de la notion de miroir fait référence à une retranscription fidèle du monde extérieur dans les moindres détails. Pourtant, on peut s’interroger sur l’objectivité de ce miroir : n’est-il pas aussi déformant ? Bien souvent, le roman demeure une fiction et dans tous les cas, il reste l’œuvre d’unauteur et transmet par conséquent la vision de celui-ci. A travers une mise en forme des faits et de la documentation pour servir une démonstration, il aboutit parfois à exacerber la laideur de la société. C’est le cas du roman de Céline, « Voyage au bout de la nuit », qui donne un aperçu de la vision très noire de l’auteur sur son siècle. Cette peinture réaliste et satirique, rédigée dansl’entre-deux guerres, relate l'itinéraire de Ferdinand Bardamu, une espèce de double de l’auteur qui découvre le monde et ses horreurs. Nous commencerons par analyser et commenter la citation de Stendhal avant d’illustrer et de nuancer son propos, notamment au travers du récit de Céline. A la fois observateur et peindre des grands maux de son époque, le romancier réaliste restitue la vie réelle etanalyse la société pour faire connaître au lecteur le monde qui l’entoure, faciliter sa compréhension et susciter sa réflexion. Mais en tant qu’artiste maître de son œuvre qui met en scène et sélectionne, il déforme la réalité et ne peut s’empêcher de transmettre sa propre vision déformée et subjective.

Stendhal pose une définition du roman comme  « miroir », c'est-à-dire une image, unreflet de la réalité affirmant ainsi le principe de la littérature réaliste dont l’objectif est de présenter et de décrire «  la route » qui symbolise le monde extérieur et la vie réelle. C'est, par exemple, le projet de Balzac lorsqu'il entreprend avec « La Comédie Humaine » la peinture de la société de son temps. Le roman restituerait avec minutie et objectivité l’homme, le milieu, l’environnementd’une époque. Cependant, cette image n’est pas statique car « le miroir est promené » …par le romancier bien évidemment « qui le porte dans sa hotte », ce qui sous-entend déjà une notion de subjectivité, une idée de choix par rapport à la représentation qu’il va faire : on peut s’interroger sur la façon dont le miroir est orienté et à quelle hauteur il est présenté ; il peut représenter aussi bienl’idéalisation de « l’azur du ciel » que le désenchantement de « la fange des bourbiers ». La réalité apparaît partielle, l'auteur va montrer surtout ce qui l'intéresse.
En multipliant les références nauséabondes « fange (répété deux fois), bourbier (répété trois fois), croupir », Stendhal sous-entend implicitement que le romancier oriente plutôt son récit vers les laideurs du mondepour provoquer son lecteur, «  à vos yeux », jusqu’à le scandaliser. Il en profite pour répondre aux accusations d’immoralité dont les romanciers sont victimes lorsqu’ils montrent la "fange", autrement dit les côtés noirs et boueux de la société (adultère, misère, inégalité, ambitions égoïstes). En effet, en réaction contre le romantisme qui a marqué le début du xixe siècle, le principe du romanmiroir réfute toute idéalisation de la réalité. Rejetant les sujets « nobles » et l'expression des sentiments, les écrivains réalistes se donnent pour but de représenter fidèlement la société de leur temps, même dans ses détails les plus sordides. Le vocabulaire utilisé fait immédiatement penser à « Voyage au bout de la nuit » : ce récit plonge le lecteur dans la fange au sens premier du terme,...
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