Le visiteur

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 8 (1945 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 19 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Le visiteur : La psychanalyse à l’épreuve de Dieu ?

Eric Emmanuel Schmitt est sans doute aujourd’hui l’un des auteurs de théâtre les plus joués dans le monde et l’un des romanciers les plus traduits. Ce succès pourrait être un effet de mode mais il correspond sans doute à une tendance plus profonde, à l’originalité d’une œuvre humaniste et audacieuse.

Sa première pièce, « La nuit deValognes », écrite en 1991, revisite le mythe de Dom Juan en imaginant un procès que lui livreraient toutes celles qu’il a séduites avant de les abandonner. La chute est surprenante et interroge le lecteur.

L’interrogation et l’audace sont également présentes dans « le visiteur », rencontre entre Freud et un homme étrange, dont la réalité est incertaine, d’autant qu’il prétend être Dieu.

Résumé del’œuvre

La scène se déroule dans le bureau du Docteur Freud à Vienne, un soir d’avril 1938. L’Allemagne a envahi l’Autriche il y a un peu plus d’un mois et les nazis ont commencé la chasse aux Juifs.

Freud, pourtant athée et protégé par son aura dans la communauté internationale, fait l’objet d’un harcèlement constant en raison de ses origines : racket, intimidation et ce soir, Anna, safille, est emmenée au siège de la gestapo…

C’est un vieil homme malade (cancer de la gorge) et bien seul dans ce bureau où parviennent les bruits inquiétants de la nuit et des chants nazis, qui découvre soudain un visiteur à ses côtés. Une conversation s’engage alors, avec des interruptions qui lui font prendre d’autres orientations.

Qui est ce visiteur ? Un malade ? Un fou ? Une personnetentant d’échapper aux nazis ? Dieu ? Dans ce monde qui s’enfonce dans la folie, tout devient plausible. Certaines hypothèses s’effacent, d’autres s’immiscent dans l’esprit de Freud et dans celui du lecteur.

Les dialogues sont vifs, passionnants. Ils interrogent sur de nombreuses questions métaphysiques, psychologiques aussi car le contexte bien particulier induit des comportements spécifiques etune façon nouvelle d’appréhender les choses et les êtres, sans jamais trop savoir, comme cela est le cas dans une bonne partie de l’œuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt, où s’arrête le rêve et où commence la réalité, ou inversement.

L’auteur en quelques lignes

Normalien et agrégé de philosophie, Eric-Emmanuel Schmitt, qui est né en 1960 dans la région lyonnaise, se lance dans l’écriture en 1990.D’emblée, il affirme sa passion pour le théâtre, un genre littéraire où il excelle, comme il le démontre dans de nombreuses pièces : « La nuit de Valognes », « Le visiteur », « Le libertin », « Hôtel des deux mondes », « Variations énigmatiques », « Petits crimes conjugaux », « la tectonique des sentiments » et la liste n’est pas exhaustive.

« Le visiteur » est donc une de ses premières œuvres,qui préfigure et confirme déjà quelques caractéristiques de l’écriture de cet écrivain : la concision de chaque pièce ou roman, mené(e) avec une grande dextérité et un sentiment de légèreté qui masque sans doute la puissance des questions soulevées, une imagination qui s’appuie sur l’histoire réelle ou supposée d’une figure marquante, ici Freud, ailleurs Dom Juan, Jésus ou Hitler, une frontièretrès floue entre le réel et ce qui pourrait être, qui constitue peut-être le fondement de la liberté de l’Homme, une valeur à laquelle Eric-Emmanuel Schmitt est profondément attaché, comme il l’est à l’humanisme, au meilleur sens du terme.

Cet humanisme se traduit dans le choix de ses thèmes, dans la façon de les traiter, avec beaucoup de pudeur, tout en conservant un sens de l’observation et dudétail remarquable. « Oscar et la dame rose », adapté au cinéma, en est un exemple : un petit garçon qui meurt d’une maladie incurable, la présence de la Dame en rose qui lui suggère d’écrire à Dieu avec, chaque jour, dix ans de plus. C’est une belle image d’une enfance tragique, bouleversante mais aussi très poétique et très pudique.

« Oscar et la dame rose » fait partie des romans...
tracking img