Lecture analytique de l'excipit de bel ami (maupassant)

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  • Publié le : 23 novembre 2011
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Lecture analytique
Excipit de Bel-Ami de Maupassant (1885)

Du Roy l’écoutait, ivre d’orgueil. Un prélat de l’église romaine lui parlait ainsi, à lui. Et il sentait, derrière son dos, une foule, une foule illustre venue pour lui. Il lui semblait qu’une force le poussait, le soulevait. Il devenait un des maîtres de la terre, lui, lui, le fils des deux pauvres paysans de Canteleu.
Il les vittout à coup, dans leur humble cabaret, au sommet de la cote, au dessus de la grande vallée de Rouen, son père et sa mère, donnant à boire aux campagnards du pays. Il leur avait envoyé cinq mille francs en héritant du comte de Vaudrec. Il allait maintenant leur en envoyer cinquante mille : et ils achèteraient un petit bien. Ils seraient contents, heureux.
L’évêque avait terminé sa harangue. Unprêtre vêtu d’une étole dorée montait à l’autel. Et les orgues recommencèrent à célébrer la gloire des nouveaux époux.
Tantôt elles jetaient des clameurs prolongées, énormes, enflées comme des vagues, si sonores et si puissantes, qu’ils semblaient qu’elles dussent soulever et faire sauter le toit pour se répandre dans le ciel bleu. Leur bruit vibrant emplissait toute l’église, faisantfrissoner lachair et les âmes. Puis tout à coup elles se calmaient ; et des notes fines, alertes, couraient dans l’air, effleuraient l’oreille comme des souffles légers ; c’étaient de petits chants gracieux, menus, sautillants, qui voletaient ainsi que des oiseaux ; et soudain, cette coquette musique s’élargissait de nouveau, redevenant effrayante de force et d’ampleur, comme si un grain de sable semétamorphosait en un monde.
Puis des voix humaines s’élevèrent, passèrent au dessus de têtes inclinées. Vauri et Landeck, de l’opéra, chantaient. L’encens répandait une odeur fine de bonjoi, et sur l’autel le sacrifice divin s’accomplissait, l’Homme-Dieu, à l’appel de son prêtre, descendait sur la terre pour consacrer le triomphe du baron Georges Du Roy.
Bel-Ami, à genoux à côté de Suzanne, avait baissé lefront. Il se sentait en ce moment presque croyant, divinité religieux, plein de reconnaissance pour la divinité qui l’avait ainsi favorisé, qui le traitait avec ces égards. Et sans savoir au juste à qui il s’adressait, il la remerciait de son succès.
Lorsque l’office fut terminé, il se redressa, et, donnant le bras à sa femme, il passa dans la sacristie. Alors commença l’interminable défilé desassistants. Georges, affolé de joie, se croyant un roi qu’un peuple venait acclamer. Il serrait des mains, balbutiait de mots qui ne signifiaient rien, saluait, répondait aux compliments : « Vous êtes bien aimable. »
Soudain il aperçut Mme de Marelle ; et le souvenir de tous les baisers qu’il lui avait donnés, qu’elle lui avait rendus, le souvenir de toutes les caresses, de ses gentillesses, du sonde sa voix, du gout de ses lèvres, lui fit passer dans le sang le désir brusque de la reprendre. Elle était jolie, élégante, avec son air gamin et ses yeux vifs. Georges pensait : « Quelle charmante maitresse, tout de même. »
Elle s’approcha, un peu timide, un peu inquiète, et lui tendit la main. Il la reçut dans la sienne et la garde. Alors il sentit l’appel discret de ces doigts de femme, ladouce pression qui pardonne et reprend. Et lui-même il la serrait, cette petite main, comme pour dire : « je t’aime toujours, je suis à toi ! »
Leurs yeux se rencontrèrent, souriants, brillants, pleins d’amour. Elle murmura de sa voix gracieuse :
A bientôt monsieur.
Il répondit gaiement : - A bientôt, madame.
Et elle s’éloigna.
D’autres personnes se poussaient. La foule coulait devant luicomme un fleuve. Enfin elle s’éclaircit. Les derniers assis tants partirent.
Georges reprit le bras de Suzanne pour retraverser l’église.
Elle était pleine de monde, car chacun avait regagné sa place, afin de les voir passer ensemble. Il allait lentement, d’un pas calme, la tête haute, les yeux fixés sur la grande baie ensoleillée de la porte. Il sentait sur sa peau courir de légers frissons,...
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