Lecture analytique la dent d'or

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 7 (1675 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 7 juin 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
Introduction

Fontenelle est à la fois un écrivain et un scientifique. Il a publié ses principaux ouvrages à la fin du XVII° siècle mais ses idées annoncent le "Siècle des Lumières". Dans Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), il vulgarise sous forme de dialogue philosophique les acquis récents de l'astronomie. Dans De l'origine des fables (1684) et l'Histoire des oracles(1687), il dénonce la propension au merveilleux, qui a puissamment contribué à faire naître des superstitions, et l'exploitation de ces superstitions par les idéologues religieux. L'histoire célèbre de "la dent d'or" est un bon exemple de son propos. Nous verrons qu'il y adopte la technique de l'apologue, c'est à dire d'un récit à visée argumentative. En conteur talentueux, il multiplie les procédéslittéraires visant à séduire et à amuser le lecteur, pour mieux le convaincre.



I - La structure d'un apologue

L'étude de la composition du texte permet de cerner l'intention de l'auteur et d'analyser ses idées.

1°§ La thèse soutenue .
La première phrase prône l'observation des faits, la méthode expérimentale, l'objectivité du savant : observons avantd'interpréter. On peut considérer ce plaidoyer en faveur de l'observation comme la thèse principale du texte. La deuxième phrase, sous forme de raisonnement concessif ("il est vrai que ... mais") indique le défaut qui pousse les hommes à l'erreur : la précipitation. Vérifier les faits exige une patience, les gens pressés préfèrent "courir" vers des explications toutes faites.

2°et 3°§ Un récit en guisede démonstration.
La phrase du 2°§ constitue une annonce situant le lieu et le moment (en Allemagne, au XVI° siècle). On constate simultanément l'introduction du passé simple et des indices spatio-temporels : nous sommes bien dans un récit. L'élément initial de l'histoire est une événement d'apparence surnaturelle : il est venu une dent d'or à un enfant de Silésie. Puis l'essentiel dutexte est consacré à raconter la ruée des savants sur l'événement, leurs polémiques, leurs théories visant à attribuer la merveille à une intervention divine. Enfin, après l'intervention d'un orfèvre, un dénouement rapide nous apprend que la dent en or n'était qu'une supercherie.

4°§ Elargissement du propos.
Ce quatrième paragraphe est celui qui permet à l'auteur de développer sapensée profonde. Il le fait en trois phrases qui sont trois étapes du raisonnement.
La première phrase indique que l'erreur de méthode commise par les pseudo-savants dans l'anecdote de la dent d'or se produit en réalité "sur toutes sortes de matières", c'est à dire dans bien d'autres domaines de la science et de la philosophie. Fontenelle nous invite donc à interpréter son histoire commeune anecdote symbolique dont la portée dépasse de beaucoup les limites géographiques et historiques qui sont les siennes. Il nous invite à en généraliser les enseignements.
La deuxième phrase prend pour cible la superstition : l'ignorance, nous dit Fontenelle, est moins grave que la croyance en de fausses vérités (l'obscurantisme), et il reprend l'accusation du premier paragraphe : lemanque de rigueur dans l'observation des faits. On retrouvera fréquemment cet appel à la modestie du savant chez les philosophes du XVIII° siècle. Par exemple, dans l'article Philosophe de l'Encyclopédie : quand on ne sait pas, mieux vaut l'avouer.
Enfin, la troisième phrase condamne implicitement le tort causé à la science par les explications religieuses du monde. "Nous n'avons pasles principes qui mènent au vrai", dit-il : il entend par là les outils scientifiques susceptibles de nous permettre de comprendre les phénomènes naturels (reprise du thème de notre "ignorance"). Mais "nous en avons d'autres qui s'accommodent très bien avec le faux" : quels sont ces "autres principes"? Un "principe" est une vérité première, une règle élémentaire. Les principes, autres que...
tracking img