Les cahiers de douai

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  • Publié le : 15 juin 2011
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Les "Cahiers de Douai" analysés par Pierre Brunel
Il y avait en tout cas quelque part à Douai un manuscrit, pour longtemps enfoui dans l'oubli et le silence, qui était un recueil poétique complet de Rimbaud, le seul qu'il eût jamais achevé. Il manquait le titre, c'est vrai, et on doit se contenter d'appellations neutres, Recueil Demeny, ou Cahiers de Douai. Rimbaud n'avait pas eu le tempsd'établir la table des matières, mais il est aisé, - et peut-être urgent - de le faire à sa place.
Premier Cahier
1. Première soirée
2. Sensation
3. Le Forgeron
4. Soleil et chair
5. Ophélie
6. Bal des pendus
7. Le Châtiment de Tartufe
8. Vénus anadyomène
9. Les reparties de Nina
10. A la musique
11. Les Effarés
12. Roman
13. «Morts de Quatre-vingt-douze»
14. Le mal
15. Rages deCésars

Deuxième Cahier
1. Rêvé pour l'hiver
2. Le Dormeur du val
3. Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir
4. La Maline
5. L'Éclatante Victoire de Sarrebrück
6. Le Buffet
7. Ma Bohême (Fantaisie)
Un recueil achevé
Rimbaud a placé en tête du recueil son poème publié, Trois baisers (il a éliminé Les Étrennes des orphelins, dont la manière est pour lui périmée). Il en présente une troisièmeversion, sous un titre nouveau, Première soirée. Les variantes sont mineures, et hésitent entre l'une et l'autre des versions précédentes. La plus heureuse est la suppression de la comparaison dans la strophe 3, celle qui met en valeur la malignité du garçon, le regard attiré immédiatement par le sein (et lui réservant seulement le troisième baiser), mais aussi par la bouche, pour quel quatrièmebaiser?
Trois baisers
Je regardai, couleur de cire
Un petit rayon buissonnier
Papillonner comme un sourire
À son sein blanc, – mouche au rosier!
Première soirée

– Je regardai, couleur de cire

Un petit rayon buissonnier

Papillonner dans son sourire

Et sur son sein, mouche au rosier.
Un véritable scrupule d'écrivain l'a conduit à corriger ses textes antérieurs: Sensation(deuxième version de «Par les beaux soirs d'été», avec une variante des plus heureuses dès l'incipit, «Par les soirs bleus d'été »); Le Forgeron (deuxième version beaucoup plus soignée que le manuscrit donné à Izambard, d'ailleurs incomplet, le symbole se trouvant maintenant «crânement dégagé»); Soleil et chair (deuxième version de Credo in unam, allégé de 36 vers de la troisième partie, d'une éloquence unpeu pompeuse; comme l'a noté M. A. Ruff, il a atténué « le vague déisme épars » que sa révolte grandissante lui fait apparaître comme anachronique); Ophélie (dont c'est la troisième version, et la meilleure); Vénus anadyomène (deuxième version, cette fois non datée, avec interversion des vers 7 et 8, au mépris du parallélisme des quatrains); Les Reparties de Nina (deuxième version de Ce queretient Nina: deux strophes ont été supprimées, une strophe nouvelle, la seizième, a été introduite, il y a de nombreuses variantes de détail, et une fort importante: après une ligne de points, au v. 57, le futur l'emporte sur le conditionnel, et tout se passe, cette fois, comme si «Lui» s'était laissé prendre au piège du rêve d'amour ou de ses déclarations enflammées; la retombée n'en est que plusbrutale); A la musique (deuxième version, avec des corrections qui rompent le rythme trop régulier de l'alexandrin aux v. 8 et 18 et qui recherchent une expression plus pittoresque: «tisonnent», au lieu de « rayant » au v. 14, « épatant » au lieu d'«étalant » au v.17).
Pour d'autres textes, il ne nous est pas possible de dire si un semblable travail a été fait. c'est probable pour «Morts deQuatre-vingt-douze»; c'est possible pour Bal des pendus s'il s'agit bien, comme je le pense, d'un poème d'écolier, et aussi pour Châtiment de Tartufe; c'est plus douteux pour Les Effarés et pour Roman, datés de septembre, et aussi pour Le Mal et pour Rages de Césars, non datés, mais de création récente. Quant aux poèmes du Second Cahier, ils n'ont évidemment pas pu être retravaillés, et nous n'en...
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