Les liaisions dangereuses-valmont

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  • Publié le : 4 avril 2011
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Français. Littérature
Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses

Le libertinage : un épiphénomène du temps de Laclos ?

Introduction

« Ces mots roué et rouerie, dont heureusement la bonne compagnie commence à se défaire, étaient fort en usage à l’époque où ces Lettres ont été écrites. »[1]

Belle définition d’un trait de caractère commun aux trois illustres libertins dont il seraquestion dans cette dissertation, et avec laquelle Laclos a certainement tenté de stigmatiser un phénomène culturel de son temps, mais peut-être en des termes un tant soit peu optimistes : le libertinage. Certes le genre littéraire du roman libertin s’est limité au XVIIIe siècle, cependant Calvin avait déjà dû lutter pendant la première moitié du XVIe siècle contre les libertins spirituels, unesecte mystique et panthéiste, et de nos jours le terme aurait tendance à coïncider avec une certaine catégorie de people, qu’on pourrait par exemple voir à l’œuvre dans le roman Glamorama de l’auteur new yorkais Bret Easton Ellis.

Mais la rouerie (autrement dit la ruse ou la dissimulation) qu’évoque Laclos n’est que l’un des aspects propre au libertin. D’ailleurs le terme libertin n’a pas une unitéde sens, car il s’est opéré un changement de paradigme entre le XVIIe et le XVIIIe siècle. Par conséquent, il faudra d’une part s’attacher aux différentes caractéristiques du libertin pour tenter de comprendre sa nature, d’autre part considérer l’évolution de son comportement et de ses méthodes au fil du temps.

A cette fin, nous observerons trois illustres libertins – Dom Juan, Valmont etDolmancé – dans le contexte, en décrivant leurs interactions avec d’autres personnages des œuvres dans lesquelles ils apparaissent : nous analyserons brièvement quelques passages du Dom Juan de Molière, des Liaisons dangereuses de Laclos et de la Philosophie dans le boudoir de Sade.

1. L’ancêtre du libertin : Dom Juan

Etymologiquement le terme libertin vient du latin libertinus, qui veut dire« esclave qui vient d’être libéré », « affranchi »[2]. De son acception littérale l’expression est passée au XVIIe siècle à un sens imagé pour désigner les personnes libérées de tout esclavage de la pensée, les libre-penseurs. Molière a peint de manière percutante le caractère du libertin dans le personnage de Dom Juan, que son valet Sganarelle décrit comme suit à Gusman, l’écuyer de DoneElvire :

(…( tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni saint, ni Dieu, ni loup-garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, en pourceau d’Epicure, en vrai Sardanapale, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu’on lui peut faire, et traite de billevesées(sottises) tout ce que nous croyons.[3]

Malgré les qualificatifs imaginaires qu’ajoute le superstitieux Sganarelle au portrait de son maître, il énumère les éléments caractéristiques du libertin : l’athéisme, voire le nihilisme, la manipulation, l’absence de toute morale ou bienséance, l’hypocrisie et l’épicurisme. Néanmoins, à la lecture de la tragi-comédie de Molière, ce dernier élément nesemble pas central, loin s’en faut. Bien que Dom Juan fasse étalage d’un goût immodéré pour le changement de partenaire, « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » (I, 2), les expressions licencieuses ainsi que les allusions aux ébats amoureux sont absentes de l’œuvre.

Par contre le libertinage d’esprit du personnage principal se trouve amplement thématisé dans le Dom Juan: la remiseen question de toutes les croyances ou dogmes établis, à travers les disputes avec son valet-confident Sganarelle (I, 2 ; III, 1 et V, 2) ; son habile utilisation de la rhétorique pour arriver à duper et manipuler ses congénères, notamment dans le conflit qui l’oppose à Done Elvire (I,3) ; la tentation du pauvre, qu’il essaie de corrompre en lui proposant de jurer contre de l’argent (III, 2) ;...
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