Les mamelouks

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  • Publié le : 31 mai 2011
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Les mamelouks, esclaves blancs venus des steppes turques, prirent la tête des armées des califes égyptiens avant de devenir, dès le XIIIe siècle, des souverains pour qui le sabre tint lieu de droit. Ils firent du Caire la première cité du monde musulman, comme en témoignent aujourd'hui encore plus de cent cinquante superbes édifices. Jean-Paul Roux fait revivre ici pour nous l'épopée de cesmamelouks, soldats, mercenaires et grands princes.

« Les esclaves les plus chers du monde »

Les Arabes, maîtres d'un empire s'étendant de l'Indus à l'Espagne, avaient eu très tôt besoin de soldats : ils en avaient trouvé autant qu'ils en voulaient chez les nomades turcs de l'Asie centrale dont ils avaient stoppé l'élan expansionniste. C'étaient en fait des mercenaires, mais comme la plupart dutemps ils étaient achetés enfants ou adolescents dans les tribus de la steppe, on les nommait « esclaves », mamelouks, plus exactement « esclaves blancs » par opposition aux Soudanais. Dès 674, on en recensait quelques milliers à Bosra. Du VIIIe au IXe siècle, leur nombre ne cesse de croître et, avec lui, leur puissance : ils commandent les armées, gouvernent des provinces et se permettent même, en861, de renverser un calife abbasside de Bagdad qui leur déplaît pour en introniser un autre. Quelques années après, l'un d'eux, Ibn Tulun (868-884), devient le véritable souverain indépendant de l'Égypte.

Rien ne change avec les siècles. Les Fatimides venus d'Ifriqiya – la Tunisie – qui ont occupé la vallée du Nil et fondé Le Caire, Al-Qahira, « la Victorieuse », ont leurs mamelouks. Leurssuccesseurs, les Ayyubides, les héritiers du célèbre général kurde Salah al-Din Yusuf, notre Saladin, en ont aussi ; ils sont plus nombreux que jamais bien qu'ils coûtent cher – « c'était les esclaves les plus chers du monde » dit Ibn Hawqal – et qu'il faut les renouveler sans cesse. Mais l'Égypte, grâce à eux, a retrouvé sa puissance dans un Proche-Orient déchiré par les invasions seldjoukides etles incursions franques des croisades. Les Européens l'ont bien compris quand ils pensent que c'est contre elle qu'ils doivent porter leurs coups.

Des souverains victorieux des Mongols

Saint Louis, ayant décidé que la septième croisade aurait pour objectif la conquête de l'Égypte, débarque à Damiette le 5 juin 1249. Il est vaincu et capturé par les mamelouks de l'armée ayyubide le 6 avril1250. Grisé par sa victoire, le mercenaire Ay Beg, le prince Lune, renverse son souverain et, le 2 mai 1250, se fait proclamer à sa place, fondant la dynastie des Mamelouks bahrites, de bahr, « le fleuve », car ses troupes sont cantonnées dans une île du Nil. Voulant légitimer son accession au pouvoir, il a la mauvaise idée d'épouser la veuve de l'avant-dernier souverain, une maîtresse femme qui lefait assassiner en 1255. D'aucuns voient dans ce meurtre la main d'un autre mamelouk turc, Kutuz, le Yack, qui, après un bref passage sur le trône du fils de la victime, est son véritable successeur.

Pendant que ces événements ont lieu, les Mongols sont entrés à Bagdad en 1258 et ont mis à mort le calife abbasside ; en 1259, ils ont occupé la Syrie, depuis longtemps province égyptienne. Avec lacomplicité des Francs de Saint-Jean d'Acre, et profitant des chaleurs estivales qui ont obligé les Mongols à ramener l'essentiel de leurs forces sur les hauts plateaux d'Iran en ne laissant en Syrie qu'une faible force d'occupation, Kutuz marche contre celle-ci et l'anéantit à Ain Djalut le 3 septembre 1260. L'affaire fait un bruit énorme : c'est la première fois que les Mongols sont vaincus depuisle jour que Gengis Khan les a lancés à la conquête du monde. Cet exploit, venant dix ans après celui accompli contre le roi de France, porte au zénith le nom des Mamelouks. Tandis que l'armée victorieuse retourne en Égypte, Kutuz est assassiné, le 23 octobre 1250, par l'un de ses adjoints, Bay Bars ou Baïbars, « le prince Panthère » ou plutôt « Once » : il a régné moins d'un an !

Bay Bars,...
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