Les souffrances du jeune werther 1774

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  • Publié le : 9 mai 2010
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Les Souffrances du jeune Werther : Un bâtard de génie sur la scène romanesque de 1774.
Parues en 1774, Les Souffrances du jeune Werther vont bouleverser l’Europe, car ce petit livre, fondé sur une expérience vécue, est l’exact reflet de ce que pense et ressent toute une génération née de vingt à trente ans auparavant. Nourris d’une littérature anglaise qui regorge de sentiments morbides,ces jeunes gens tournent le dos aux sèches philosophies rationalistes qui prétendent tout expliquer par une sorte de logique mathématique, et s’adonnent d’autant plus volontiers aux larmes et à la mélancolie que rien, autour d’eux, ne vient les inciter à quelque action digne d’intérêt. Comme le dira Goethe dans Dichtung und Wahrheit, trente ans plus tard, ils n’avaient alors pas d’autre perspective« que de traîner une vie platement bourgeoise »1. Certes, ce roman n’est pas une création ex nihilo, il a des prédécesseurs auxquels il doit beaucoup et qui, avant lui, avaient déjà transgressé les normes d’écriture et de pensée du moment. Tout le monde est unanime à reconnaître la dette de Goethe envers La Nouvelle Héloïse de Rousseau qui, plus encore que Young ou Gray, a été le père spirituel decette génération. Mais le poète allemand ne s’est pas contenté de suivre les voies que lui avait tracées Rousseau treize ans auparavant, il est allé plus loin et dans des directions différentes et, en puisant en lui-même la substance de son roman, il a répondu exactement aux attentes de sa génération. C’est sans doute ce qui explique que le succès de Werther ait éclipsé celui de La NouvelleHéloïse. Il serait d’ailleurs impropre de parler ici d’imitation. Il s’agit plutôt d’inspiration, de communion aux idées répandues par Rousseau, même si certains aspects de la forme ou des situations peuvent, à première vue, sembler fort ressemblants. C’est le cas du roman épistolaire, d’une héroïne fiancée, puis mariée et partagée entre la fidélité à son mari et l’amour qu’elle éprouve pour un autrehomme. Dans les deux œuvres, on retrouve, chez l’amant, la même opposition entre la morale du sentiment et la raison, l’affirmation véhémente des droits de la passion et les mêmes souffrances devant un amour impossible à réaliser.
« Dans un tel élément, dans un tel environnement, avec des prédilections et des études de cette sorte [il s’agit de la littérature anglaise contemporaine], tourmenté pardes passions insatisfaites, sans qu’aucune impulsion du dehors n’incite à des actions importantes, dans la seule perspective de devoir traîner une vie platement bourgeoise, on se faisait à l’idée...de pouvoir quitter la vie à son gré, quand elle ne vous convenait plus... » Dichtung und Wahrheit, troisième partie, livre XIII.
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2 L’univers de l’auteur de La Nouvelle Héloïse se retrouved’ailleurs dans d’autres détails du roman de Goethe. Dès la première lettre, Werther fait l’éloge du parc où il passe des heures délicieuses. Il s’agit, comme pour l’Élysée de Julie, d’un jardin dont le plan n’a pas été tracé par un «jardinier scientifique », mais par un «cœur sensible »2. Comme son prédécesseur, Goethe oppose la campagne à la ville et affirme d’emblée que la ville où il vient d’arriver estelle-même «désagréable », mais que « par contre, aux alentours, il règne une indicible beauté de la nature »3. Jamais il n’a été aussi heureux, il passe des heures à la fontaine où les jeunes filles viennent puiser l’eau limpide qui jaillit des rochers de marbre ou s’installe sous les tilleuls de la place du petit village de Wahlheim, devant une petite auberge, pour prendre son café et lire « sonHomère »4. Plus tard, dans le livre II, alors qu’il s’est décidé à s’éloigner de Lotte et d’Albert, il ne cesse de critiquer la ville dans laquelle il vit désormais, et compare les citadins à des marionnettes de bois sans le moindre naturel. La plupart des êtres cultivés qu’il rencontre sont des pédants, et les bourgeois sont engoncés à un tel point dans leur routine et leurs conventions...
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