Les voies de marginalisation dans les sociétés occidentales du xième siècle à 1914.

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  • Publié le : 31 mars 2010
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LES VOIES DE MARGINALISATION DANS LES SOCIETES OCCIDENTALES DU XIème SIECLE A 1914.

La « marginalité » est un terme qui fut employé pour la première fois au XXème siècle dans la sociologie américaine. Cependant, cette situation de marginalité fut caractéristique de toute société, même au Moyen-âge. Il faut noter que c’est une notion relative. Par « voies de marginalisation », il fautcomprendre « processus de marginalisation ». Et ces processus sont intimement liés aux transformations économiques, sociales et culturelles des sociétés, qui fixent elles-mêmes leurs propres marges. C’est pourquoi, il n’existe pas « un » marginal mais toute une diversité impressionnante. Le marginal, de façon globale, est un individu exclu d’un groupe, à l’écart de la société, volontairement ouinvolontairement, faute d’avoir respecté les normes (règles et usages socialement prescrits caractérisant les pratiques d’une collectivité ou d’un groupe particulier). Ses pratiques le mettent hors jeu de cette société. Mais les marginaux ne sont marginaux que dans le regard des autres. Par « sociétés occidentales », il faut entendre l’Europe occidentale (France, Espagne, Italie, Allemagne,Royaume Uni…). Nous prendrons comme exemple dominant la France et citerons quelques exemples d’autres pays. Au XIème siècle, la marginalité était flagrante, extrêmement dégradante. Elle se définissait surtout par rapport à la religion : les juifs, les hérétiques étaient donc des marginaux et étaient durement pourchassés par l’Eglise (inquisition, croisades…). En 1914, le rapport à la marginalitéa bien changé : ce sont les pouvoirs laïcs qui se chargent des marginaux, qui sont désormais définis économiquement, par rapport au travail et à la morale. De nouveaux marginaux apparaissent. Ce qui nous intéresse, c’est de montrer l’évolution de cette notion, l’évolution de la marginalité, de sa définition, de sa perception… Dans l’introduction de son article « Marginaux », Hanna Zaremskamontre bien cette évolution : « Le marginal fonctionnait à la charnière de deux cultures, l’une universellement reconnue, l’autre soit enracinée dans le passé, soit engendrée par l’opposition aux valeurs dominantes. Puis quand on a commencé à considérer la marginalité comme un phénomène lié à la conjoncture, elle a été associée au déclassement ». C’est pourquoi nous nous poserons la question suivante: En quoi les processus de marginalisation ont-ils évolué entre le XIème siècle et 1914 ? Comment est-on passé d’une « marginalité religieuse » à une « marginalité du travail » ? Nous verrons d’abord qu’au Moyen-âge, dans des sociétés organiques, catégorisées, se voulant unitaire, la marginalité était conséquente et se définissait par rapport aux normes catholiques et par rapport au changementde regard des sociétés vis-à-vis des pauvres (première partie). Nous verrons ensuite que l’époque moderne fut significative d’une accélération de la mise à l’écart des marginaux, désormais considérés comme dangereux et pris en charge par des institutions laïques (deuxième partie). Enfin, à l’époque contemporaine, la définition de la marginalité change catégoriquement : de nouveaux marginauxapparaissent. Ils engendrent des réactions ambigües de la part des sociétés (troisième partie).

Dans cette première partie consacrée à la marginalité du Moyen-âge, nous définirons ce qu’est la « société organique » et quelles transformations elle a subie, en quoi les pauvres ont été marginalisés et quels étaient les déviants au catholicisme. La société organique, qui se forme aux XIIème etXIIIème siècles, est en fait une métaphore dont l’auteur est Jean de Salisbury qui signifie que chaque groupe social de la société est une partie du corps humain. Chacun est utile donc chacun doit rester à sa place : « Nul ne doit vivre pour soi seul : chacun à la place que Dieu lui a assigné, doit œuvrer pour tous les autres comme le font les organes d’un corps dans lequel l’œil est fait pour voir...
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