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Améliorer le contrôle interne

Les limites de la microfinance et le rôle de la recherche
ISABELLE GUERIN, Institut de recherche pour le développement et Institut Français de Pondichéry (Inde)

Après avoir été encensée et parée de toutes les vertus – lutte contre la pauvreté, émancipation des femmes, démocratisation des sociétés civiles et de bien d’autres encore – la microfinance se trouvesouvent aujourd’hui en position d’accusée. Sont donnés à voir des pauvres poussés à s’endetter, incapables de rembourser du fait de taux d’intérêts exorbitants, des femmes délaissées voire battues par leurs conjoints qui leur reprochent leur nouvelle liberté, ou encore des villages déstructurés à la suite de difficultés de remboursement. Aussi nombre d’observateurs s’interrogent : la microfinance,est-ce une « bonne » ou une « mauvaise » chose ? La question ne peut pas être posée en ces termes. L’accès à des services financiers doit être considérée comme un droit. Or, dans la plupart des pays du Sud, ce type de droits, on le sait, reste hors de portée du plus grand nombre. D’où la nécessité d’adapter l’offre de services aux spécificités des populations pauvres. En cela, la légitimité de lamicrofinance ne peut être mise en cause : il ne s’agit ni plus ni moins que d’offrir des services bancaires et financiers de proximité à ceux qui n’y ont pas accès, hors des réseaux informels. Si le bien-fondé de l’outil ne saurait être nié, en revanche, l’usage qui en est fait et la portée qui lui est donnée exigent, elles, d’être examinées de près. La diversité des expériences rend cet examen délicat :quoi de commun en effet entre une ONG qui propose du microcrédit à un groupe de femmes en complément de services de santé et d’éducation et une banque commerciale qui se lance dans ce nouveau créneau afin d’élargir sa clientèle ? Gardons-nous de tout dogmatisme en la matière. Seul un examen au cas par cas permet de se prononcer sur l’efficacité de telle ou telle expérience. Dans certaines situations,la qualité des services offerts par un établissement bancaire classique valent mieux que ceux d’une ONG douteuse, ou même d’une ONG bien intentionnée, mais peu familiarisée avec les règles de base de la finance. Etre banquier, et surtout banquier pour les pauvres, ne s’improvise pas. Ce qui est certain en revanche, c’est que le champ de la microfinance est victime d’une certaine forme de « penséeunique » et que celle-ci nuit fortement
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ADA

DIALOGUE, N°35, décembre 2005

à son développement. Élaborée par un nombre très limité d’institutions et de groupes de pression institués – qui détiennent, de par leur capacité à mobiliser un très grand nombre d’acteurs et de bailleurs de fonds, une certaine forme de monopole du savoir – cette pensée unique se diffuse ensuite auprèsdes praticiens par le biais de manuels, d’outils et de sessions de formation dont le contenu est entièrement standardisé. L’obsession de l’autonomie financière en constitue la trame : on suppose que les organismes de microfinance, dès lors qu’ils s’adressent à un nombre suffisant de clients, seront capables d’équilibrer en quelques années dépenses et recettes. Certes, viser les économies d’échelle etlimiter la dépendance à l’égard des fonds publics sont un moyen de rendre ces services accessibles au plus grand nombre et de manière durable. Si l’objectif en soi ne peut être contesté, la question est de savoir à quelles conditions et à quel rythme cette indépendance peut s’acquérir. Par ailleurs, si l’autonomie financière est possible dans certains contextes et pour certains publics, ailleurselle est impensable : s’entêter sur un tel objectif ne peut que conduire à une concentration de l’offre dans les régions et pour des clients considérés comme les plus rentables, tandis que bidonvilles, zones rurales et instables pour des raisons climatiques ou politiques ont toutes les chances d’être laissés à l’abandon. Dès lors que les organismes démontrent leur capacité à œuvrer pour la...
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