Maus

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1275 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 5 décembre 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
Histoire de l’art / Image imprimée
MAUS

Je me rappelle la première fois que mon regard s’est posé sur le livre « Maus » il y a quelques années, par hasard, en arpentant le rayon BD. Ce titre, ces souris à l’air inquiet, et en arrière-plan la svastika ornée du visage stylisé d’un Hitler félin. D’office, je comprends évidemment que je me retrouve face à une énième histoire sur l’horreur del’holocauste. Non, merci, très peu pour moi.

Non pas que je sois insensible à cette tragédie, mais elle nous a tant été resservie en documentaires, romans et films qu’elle a perdu pour moi beaucoup de son impact. D’une terrible vérité, nous sommes passé à du grand spectacle, du suspense, de l’émotion pop-corn. On a conféré à l’inimaginable une couleur imaginaire.

D’imaginaire, il n’en est pastellement question dans Maus (notez qu’on pourrait se permettre de douter parfois du témoignage d’un Vladek assez égocentrique, manipulateur et prompt à se mettre en valeur). D’images, bien. Une bande dessinée. Ou comme vous nous l’avez présenté en classe, d’un roman graphique. J’en viens ici à la seconde raison qui m’a rendu rebutante la perspective de lire ce livre. Je n’aime pas le terme « romangraphique ».

Peut-être parce que je ne le comprends pas réellement. En tous les cas, l’appellation, peu familière, m’est apparue comme pompeuse, artificielle, snobinartistique si je peux me permettre un néologisme un peu bancal. Comme si l’on voulait donner une légitimité plus importante à une bande dessinée, comme si elle ne pouvait pas prétendre au développement d’histoires fortes, d’unecertaine profondeur. Je ne suis pas de cet avis, j’ai toujours considéré la BD comme un media aussi honorable qu’un autre, et je ne ressens pas le besoin de l’appeler différemment pour lui donner un meilleur visage. Et Maus, quand bien même il développe un propos qui peut dépasser celui de la majorité des BD grand public, n’en reprend pas moins la forme, le langage, les codes. Même s’il en bousculeparfois, et cette remarque vaut aussi pour sa narration. Enfin soit, je digresse ici mais je tenais à exprimer le problème que j’ai avec ce terme, roman graphique. Sans vouloir juger l’usage que vous en avez fait en désignant Maus, d’ailleurs, car il est tout à fait pertinent au regard de sa définition. Si le terme existe et est considéré comme légitime, qui suis-je pour venir chicaner ?

Bon,revenons-en au véritable propos de ce texte. Maus donc, une histoire de l’holocauste. L’histoire d’un père, mais surtout d’un fils et de sa relation à une histoire familiale pétrie de tragique et dont il n’a pas fait partie. L’autobiographie en abîme d’un homme qui se raconte, et raconte son père, lui-même relatant sa propre expérience. En effet, si le sujet premier en apparence reste le témoignaged’un juif polonais, Vladek, le père de Spiegelman, et de son long et harassant combat pour survivre à la Shoah, on ressent aussi la souffrance de l’auteur, héritier d’un lourd passé dont il ne peut saisir la pleine mesure, ce qui lui a toujours valu de se sentir mis à l’écart, dans l’ombre de la mémoire d’un frère aîné mort enfant pendant la guerre. C’est à ce dernier que s’adresse confusément Vladekavant son dernier souffle, pas à Art.

Au niveau graphique, Art Spiegelman développe un style simple, sobre, épuré. Il s’en dégage quelque chose de doux et posé. Il est très lisible et parvient à offrir à ses personnages une importante gamme d’expressions en pourtant très peu de traits. C’est un style accessible, mais qui a pourtant de la personnalité. Au niveau des couleurs, l’ensemble est dansun contraste très fort de noir et de blanc, avec des hachures noires faisant office de gris ou d’ombre. Pour ses personnages, Spiegelman a fait le choix d’employer des animaux humanisés pour les protagonistes de l’histoire, comme dans de nombreuses bande dessinées ou dessins animés. Il ne s’agit ici tout au plus que de métaphores, il ne faut pas y voir une parenté avec la « Ferme des...
tracking img