Mill, la regle et son usage

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  • Publié le : 8 décembre 2010
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Mill, la règle et son usage

Introduction

L'objet du texte est de déterminer la valeur de la vérité en matière morale : est-ce un devoir, càd aussi une vertu, de dire la vérité ? Et ce devoir est-il absolu, càd n'admettant aucune exception, ou bien au contraire doit-il dans certaines circonstances, et lesquelles, être abandonné ? Le problème auquel s'attache le texte est donc d'examiner lestatut de la vérité en matière morale : le mensonge est-il toujours immoral et la vérité est-elle toujours morale ?
La thèse défendue par Mill sur cette question est polémique : car Mill s'oppose ici implicitement à la morale kantienne, qui a fait du devoir de vérité un devoir absolu, pour lequel aucune exception n'est tolérable. Le propos de Mill va ici être nuancé : il va essayer de concilierà la fois l'idée, qu'on trouvait déjà chez Kant, selon laquelle dire la vérité est un devoir, et l'idée (contre Kant) selon laquelle il faut fixer des limites à ce devoir de vérité. L'enjeu du texte est précisément de déterminer lesquelles : à quelles conditions peut-on s'exempter du devoir de vérité ? Selon quel(s) critère(s) ? Ces exceptions ne constituent-elles pas des difficultéspotentielles, risquant de nous faire retomber dans le subjectivisme et l'arbitraire ? En quelque sorte, la position de Mill essaye de naviguer entre deux types d'écueils : celui de la rigueur kantienne d'un côté, et celui de l'arbitraire individuel de l'autre. Le texte va laisser entendre que le critère au nom duquel l'exception est tolérable est celui du plus grand bonheur collectif, qui est une des thèsescentrales de l'utilitarisme de Mill. Ce faisant, il va laisser entrevoir qu'en matière morale, le critère du bonheur commun est plus important que celui de la vérité. Ce qui soulève immédiatement la question suivante : ce critère est-il satisfaisant ? Ne pose-t-il pas des problèmes et lesquels ? L'utilitarisme peut-il y remédier ?
Pour ce faire, Mill procède en trois temps.
A/ Le devoir devérité, vertu fondatrice du lien social (lignes 1-5) : il commence par affirmer (dans les 5 premières lignes) le fait que dire la vérité est un devoir, non pas un devoir parmi d'autres, mais un devoir fondamental parce que fondateur du lien humain.
B/ Condamnation de toute transgression du devoir de vérité (lignes 5-11) : puis il poursuit en posant qu'il est donc normalement impossible de dérogerà ce devoir, sans mettre en danger la possibilité même de la morale et de la société, qui repose sur la confiance mutuelle des hommes les uns vis-à-vis des autres.
C/ La règle et son usage : le texte se termine toutefois par une nuance : un tel devoir de vérité, aussi impératif soit-il, implique néanmoins une certaine souplesse afin de tenir compte des circonstances, ce qui permet à Mill derappeler implicitement la thèse centrale de son utilitarisme : l'objectif de tout acte de nature morale est d'augmenter la somme totale de bonheur.

I. Le souci de vérité, fondement du lien social (lignes 1-5)

L'objet du début du texte est de mettre en évidence l'importance cruciale du devoir de vérité dans et pour la vie en commun. Pour ce faire, Mill procède en deux temps.

1/ Ledevoir de vérité, fondement du lien social (lignes 1-3)

Le lien logique que le début du texte établit entre les concepts mentionnés est le suivant : la "vérité" est la condition de la "confiance" de la "parole humaine", qui est elle-même la condition du "bien-être social". Il faut non seulement définir chacun de ces termes, mais également comprendre leurs liens.

A/ Vérité, mensonge et erreurLa "vérité" dont il est question dans le texte, est mise en rapport avec "la parole humaine" : ce dont parle le texte, c'est donc du fait de dire la vérité ou de ne pas la dire. Or, cela correspond à deux cas possibles :
1) Le mensonge : dire ou ne pas dire le vrai, c'est être vérace ou mentir. Quand on parle, on se rapporte à quelque chose ou à quelqu'un. Si on dit les choses telles...
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