Nathalie sarraute et le nouveau roman

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 5 (1225 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 30 mars 2011
Lire le document complet
Aperçu du document
En janvier 1956, la Nouvelle Nouvelle Revue Française (N.N.R.F.) publie l'article de Nathalie Sarraute : Conversation et sous-conversation. Prenant appui sur la lecture critique des « modernes » Virginia Woolf, James Joyce et Marcel Proust, qui se sont intéressés aux « endroits obscurs de la psychologie » (V. Woolf), elle démontre que leur héritage ouvre la voie à un bouleversement de laconception du roman. C'est en exploitant ces espaces de l'intime qu'ils ouvrent la voie à un nouveau mode d'exploration de l'humain dans le roman.
Une nouvelle génération d'écrivains s'intéresse aux pénombres de l'âme, et si leur volonté est souvent découragée, si leur projet d'en « extraire quelques parcelles d'une matière inconnue »(p.87) semble difficile à réaliser, c'est parce que le flot deminuscules « mouvements intérieurs » ne trouve pas à se couler dans le moule du roman traditionnel. En effet, la coexistence de l'expression de cette « matière trouble et grouillante »(p.89) avec les contraintes du cadre normatif et conventionnel de la tradition romanesque se révèle aporétique. Le roman doit être le lieu de la «mise au jour d'une matière psychologique nouvelle[...],une matière anonymequi se trouve chez tous les hommes et dans toutes les sociétés »(p.95), or les  mouvements intérieurs qui la composent ne se laissent pas enfermer dans une intrigue ou dans des types de personnages. Les « modernes » ont donc semé le germe d'une véritable transformation. Progressivement, « le centre de gravité » (p.92) du roman évolue, son intérêt tend à se situer ailleurs : la parole, véhiculecommun de ces mouvements « honteux et prudents » (p.101), va supplanter les actes, qui ne sont qu'apparence, inaptes par leur nature grossière à manifester ces drames minuscules. Le roman doit dorénavant être capable intégrer le lecteur au jeu des « tropismes » interindividuels, aussi le dialogue s'impose-t-il naturellement comme la forme d'expression privilégiée de ces mouvements en perpétuelleinteraction, et va donc receler le point de rupture entre la tradition et le renouveau.
Puisque les « modernes » ont immiscé le soupçon sur la légitimité du système traditionnel, le roman requiert donc une redéfinition de son contenu, de sa forme et de ses modalités techniques. Selon Nathalie Sarraute, le lecteur a désormais un doute sur l'authenticité de ce qu'il lit , et les nouveaux écrivainssont également en proie, plus ou moins consciemment, à un certain malaise, dont elle relève les symptômes. La façon de transcrire les paroles rapportées est particulièrement révélatrice de la facticité traquée par Sarraute. La ponctuation et les incises, ces « appendices » attachés au dialogue, sont selon elle la preuve de l'extériorité du romancier à ce qu'il raconte, et de la distance qu'ilétablit entre le lecteur et la matière romanesque. Ces segmentations forment autant de ruptures dans la continuité du déploiement de mouvements que l'auteur devrait vivre en même temps qu'il les fait vivre au lecteur, dans l'instantanéité de leur déroulement et la subtilité de leurs métamorphoses. La façon dont les romanciers de son temps utilisent ces artifices serait « la preuve que quelque chose sedéfait »(p.107) : ainsi Sarraute remarque-t-elle les  stratagèmes employés par les romanciers de son temps pour se jouer de cette « encombrante convention »(p.105), par exemple par l'emploi du discours indirect libre.
Elle montre comment ce genre de procédés rend le roman factice, en analysant d'abord les techniques des romanciers behavioristes. Selon elle, ils font passer pour premier ce qui esten réalité second, en portant toute l'attention du lecteur sur les actes et en le confrontant à des dialogues amenés de façon lapidaire, dont le sens serait à saisir « en creux ». Or, pour faire primer la réalité de la vie humaine sur ce qui n'en est que l'apparence, il faudrait au contraire abolir toute distance en se plaçant au plus près des mouvement souterrains, en accompagnant leur...
tracking img