Nigeria

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Pétrole et sécurité privée au Nigeria : un complexe multiforme à l'épreuve du
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Depuis la fin de la guerre froide et le triomphe des idées libérales, la privatisation de l'Etat est devenu un thème de prédilection des études sur les pays en développement. Certains ont analysé le phénomène sous l'angle économique eninsistant sur le coût social du démantèlement des services publics qu'entraînaient les programmes d'ajustement de la Banque mondiale. D'autres y ont vu une consécration de la criminalisation de l'Etat, en particulier dans les « kleptocraties » africaines où la personnalisation du pouvoir entretenait une grande confusion des intérêts publics et privés. Dans tous les cas, qu'il s'agisse des secteursde la santé, de l'eau ou de l'éducation, les processus de privatisation économique ont souvent été perçus comme le signe d'un recul de l'Etat sur le plan politique.
Concernant l'Afrique noire, la théorie des vases communicants, qui établissait une corrélation étroite entre l'affaiblissement de la puissance publique et le renforcement du domaine privé, a cependant été reconsidérée à l'aune depratiques qui contredisaient les explications simplistes. Le lien de cause à effet n'était pas évident. De la Somalie au Libéria en passant par le Sud du Soudan, l'Etat africain, d'abord, n'a pas eu besoin de libéralisation économique pour s'effondrer. La vague de privatisations, ensuite, a aussi touché les appareils étatiques les plus solides du continent, à commencer par l'Afrique du Sud. Lesmouvances présidentielles, surtout, ont parfaitement su profiter des opportunités qu'offraient les programmes d'ajustement de la Banque mondiale. Au Nigeria ou en Ouganda, des proches du pouvoir ont ainsi racheté à bon prix les firmes publiques vendues à l'encan.
De leur côté, les entreprises privées se sont adaptées aux changements en cours. Les multinationales du pétrole, notamment, ont réussi àinvestir dans des économies déstructurées, voire mafieuses, en dépit de contextes insurrectionnels qui, du Soudan à l'Angola, les ont obligées à sécuriser leurs opérations avec les moyens du bord. A partir d'enclaves abritant leur personnel expatrié, ces compagnies ont, en l'occurrence, employé des gardes privés et loué les services des forces de l'ordre locales. Quand elles ne pouvaient pasdélocaliser ou sous-traiter les activités les plus exposées, elles ont également dû « acheter » la complicité des populations alentours et pallier les lacunes d'administrations défaillantes en gérant des projets de développement et en assurant un service public à minima.
Premier producteur d'hydrocarbures en Afrique, le Nigeria constitue un exemple emblématique des complexes « pétro-sécuritaires » de cetype. La collusion des intérêts publics et privés, l'immixtion des militaires dans les milieux d'affaires, un niveau élevé de corruption et une violence endémique ont en effet conduit les multinationales en place à se replier dans des ghettos. Leurs « zones industrielles renforcées » ont alors révélé l'existence d'une sorte de « syndrome de Monaco » consistant à défendre une minorité de privilégiéscontre les assauts de la majorité, exclue des bénéfices de la croissance. Dans un tel dispositif, la force publique a eu pour mission de protéger en priorité des intérêts privés : une pratique déjà en usage du temps de la colonisation, bien avant la libéralisation des économies africaines sous la coupe de la Banque mondiale dans les années 1980. Un rapide rappel historique montre ainsi que laprivatisation de la sécurité au Nigeria relève moins d'une dynamique conjoncturelle que d'une économie politique dont les fondements sont bien ancrés dans la vie du pays.
Une armée d'hommes d'affaires
Depuis l'indépendance en 1960, le Nigeria a connu une impressionnante succession de régimes civils et militaires qui a débouché sur la formation d'une sorte de joint-venture entre l'armée et les...
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