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  • Publié le : 13 octobre 2010
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Le collier.

Le soleil pénétrait à peine dans la chambre du quatrième étage d’un vaste appartement de la rue Durantin. Une femme, devenue veuve quelques années auparavant, y menait une vie agréable : bien que d’un certain âge, elle aimait à aller à des dîners mondains. C’était une façon pour elle de ne pas rester seule dans le grand ventre de Paris.
Ainsi, lorsqu’elle reçut ce matin-làl’invitation de Madame F…, elle éprouva une joie douce. Comme le dîner devait avoir lieu le soir même, la vieille femme décida de chercher un nouveau collier pour le porter avec une de ses anciennes robes bleu nuit.

Elle descendit donc de chez elle et se dirigea vers la place des Abbesses, sur laquelle de nombreuses petites boutiques se serraient les unes contre les autres. L’une d’entre ellesattira l’attention de la promeneuse : une boutique sobre, avec en vitrine un unique collier de pierres bleues. Elle entra donc dans le magasin.
Le froid qui régnait en ce lieu fit frissonner la femme. Les murs sombres et le manque de lumière rendaient la pièce très petite. Seul le collier dans la vitrine et un masque usé agrémentaient cet espace. Le masque était effrayant ! Les yeux rouges duvisage de la créature indescriptible représentée semblaient suivre l’unique cliente des yeux ! La bouche déformée semblait féroce et les trois plumes noires sous le menton (si c’était là le menton !) faisaient penser à une barbe !
Soudain, une voix froide, sans timbre, retentit du fond de la boutique. La vieille dame en frissonna.
« Je me présente, Mastéma. Puis-je vous aider ? »
Levendeur, à qui la voix appartenait, était un homme de petite taille, plutôt mince et trapu. Ses cheveux noirs et bouclés étaient coupés courts, ses yeux gris étaient enfoncés dans leurs orbites. Il avait un sourire sournois, même moqueur et portait un bouc pointu.
« Bonjour jeune homme, dit la cliente. Je voudrais voir ce magnifique collier de plus près.
-Mais certainement, répondit-il enallant chercher le bijou. Ces pierres vous plaisent Madame ?
-En effet. Elles attirent le regard !
- Vous êtes donc une femme de goût, dit Mastéma en souriant toujours. Votre peau est claire, ce collier vous ira très bien. Il est composé d’argent pur et de saphirs.
Il prit le collier dans la vitrine et le passa autour du cou de l’acheteuse.
-Ne fait-il pas étrange sur unefemme de mon âge ? demanda tout de même cette dernière.
-Madame, lui répondit Mastéma en allant chercher un miroir, le saphir est la pierre de la jeunesse et de l’immortalité. Il vous va à merveille. »
La dame se regarda dans le miroir : le vendeur ne lui avait pas mentit, elle était très belle ainsi. Cependant, elle ne put s’empêcher de murmurer pour elle-même : « Si je pouvais rajeunir unpeu, il m’irait encore mieux ! » A cet instant, elle crut voir dans le reflet du miroir les yeux de Mastéma posés sur elle et ils lui semblèrent rouges vifs. Elle se retourna rapidement mais ne trouva à l’homme rien d’anormal, si ce n’est une légère pointe de malice dans son sourire.
« Que décidez-vous ? demanda-t-il.
- Je le prends. »

Le soir, tous les invités complimentèrent lapetite dame et son collier de saphirs. Elle ne rentra chez elle que très tard. Epuisée, elle décida de se coucher immédiatement. Elle enleva son bijou qu’elle posa sur sa commode et s’endormie.

A son réveil, elle se sentit très gaie et énergique. Elle s’installa dans son salon pour boire son thé et alluma la radio. La voix grésillante du présentateur annonçait les nouvelles.
«Un homme,certes peu jeune mais en bonne santé, est mort tard cette nuit. Les médecins ne trouvent aucune explication à ce drame. » La femme pensa en buvant son thé fumant que la vie était trop courte pour traîner chez soi des jours durant. Elle s’habilla donc, mit son bijou et sortit.
Et la vieille femme passa toute sa journée dehors. Elle qui habituellement se sentait faible après trois heures de...
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