Phylo

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  • Publié le : 1 janvier 2011
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La Préface, outre l'énoncé de la thèse qui va y être soutenue, donne les raisons qui conduisent l'auteur à écrire ce traité. Cela va de soi, car c'est ce qu'on écrit ordinairement dans une préface. La thèse est exprimée clairement dans le sous-titre de l'ouvrage, elle l'est à nouveau au milieu de la préface, à la fin de sa première moitié, et enfin de manière plus lapidaire lorsque l'auteurindique à la dernière page de celle-ci l'objet de son dernier chapitre. Ce livre est une arme philosophique dans le combat pour la liberté d'expression. Il s'agit pour Benedictus, ex-Baruch, Spinoza, qui à cette occasion interrompt la rédaction de l'Ethique pour celle du présent traité, qui n'a pourtant pas la même portée philosophique, d'asseoir mieux qu'il ne l'est le droit de juger librement et dedire ce qu'on pense. Il va cumuler et articuler deux sortes d'arguments : ceux, religieux, qui appartiennent à la critique de l'Ecriture (exégèse), et ceux qui relèvent de la philosophie politique. Le plan du livre, tel qu'il est annoncé, montre ainsi essentiellement deux parties: 
1) les chapitres 1-15 établissent que la théologie laisse à chacun le droit de philosopher comme il l'entend ; 
2) leschapitres 16-20 montrent que cette liberté peut et même doit être accordée sans danger pour la paix de l'Etat et le droit du souverain.
Seule une motivation puissante a pu faire abandonner momentanément à Spinoza son œuvre principale. Ce Traité théologico-politique est un plaidoyer pro domo. C'est ce que montre la composition même de la préface. Elle est agencée en plusieurs temps. En premierlieu, et dans un esprit qui est commun à tous les philosophes, elle dénonce la superstition. Plus exactement elle en analyse 1° la cause et 2° l'usage, car, si elle a des fondements dans la nature de l'homme, elle est entretenue de manière bien peu innocente par ceux qui peuvent en bénéficier. Mais ce dont il est question sous ce nom n'est rien d'autre que ce que les hommes tiennent pour lareligion. Il ne s'agit pourtant pour l'auteur que de fausse religion. Cette distinction est extrêmement importante, car il rejette l'accusation d'athéisme qui lui est ordinairement adressée. Et en effet il n'est pas sans piété, on verra ce que cela veut dire. Mais ce souci polémique montre qu'il est engagé dans une situation historique déterminée avec un objectif déterminé. C'est pourquoi lesconsidérations philosophiques de fond ne suffisent ni à déterminer son projet, ni à lui faire interrompre son travail le plus théorique. Il énonce donc en second lieu des raisons beaucoup plus conjoncturelles. Il explique pourquoi il écrit en se référant à la situation politique et idéologique dans laquelle se trouve la Hollande vers la fin du dix-septième siècle. Le contexte est unique, très privilégié, et enmême temps son exceptionalité est très menacée. Lui-même est très menacé. Il peut compter ses amis, et dans sa situation il serait bien légitime de dire " qui n'est pas avec moi est contre moi ", parce que vraiment les autorités religieuses excitent la haine contre lui. Ce traité constitue une tentative pour desserrer l'étau qu'il sent se fermer sur lui. Mais ses illusions ne sont pas biengrandes. Après quelques pages destinées à dresser le plan du livre, pratiquement chapitre par chapitre, ce qui en montre la cohérence, il avoue qu'il ne s'adresse qu'à une minorité infime. Un tel geste n'a de sens que si cette dernière tient en main les leviers de commande. Il est vrai qu'on peut penser qu'il s'adresse effectivement à De Witt et à sa mouvance. Mais il est bien dangereux de s'en remettreà elle et si les mots qu'il écrit pour finir en manifestent une certaine conscience, il n'en est pas moins vrai que la tentative est encore plus imprudente qu'il ne la croit et qu'elle se retournera contre lui.
On pourrait discuter de la proposition selon laquelle "les hommes(...) de nature(...) sont sujets à la superstition". On la rencontre à deux reprises (p. 3, l. 2 et p. 6, l. 8). Elle...
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