Pouvoir et moral

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  • Publié le : 4 mars 2010
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Licence Sciences politiques/Droit
Philosophie Politique
Dissertation
Notre extrait est issu du troisième chapitre de l’ouvrage, intitulé Des Principautés Mixtes. Dans ce chapitre, Machiavel étudie la façon de conquérir un Etat et de le conserver. Les moyens proposés apparaissent tout d’abord dénués de vertu mais il faut se garder de conclusions trop hâtives car il n’en reste pas moinsque l’auteur tente avant tout de proposer une stabilité qui deviendra vertueuse malgré le vice originel inhérent à la condition humaine et à la prise de pouvoir. Ces présupposés tranchent radicalement avec les antiques formes de construction d’un Etat, toutes basées sur des écoles philosophiques tendant vers un idéal. A l’inverse, Machiavel se propose d’étudier la réalité historique pour en tirerles meilleurs enseignements. En ce sens il n’est pas faux de dire que Machiavel n’est pas amoral. Il quitte le monde des Idées pour retrouver celui de la réalité et proposer pragmatiquement un moyen vicié pour une fin vertueuse.
Il convient donc de se demander si le pouvoir, dans son exercice, peut se passer de morale ?
Nous étudierons cette problématique selon un plan en trois parties dont lapremière traitera de la naissance du pouvoir, la seconde de la nécessité d’un pouvoir stable contre la fortuna, et la dernière de l’utilisation machiavélienne d’un « empirisme pragmatique ».
Attachons-nous donc tout d’abord à montrer selon quelles modalités le pouvoir nait, quels en sont les principaux protagonistes et quels liens entretiennent-ils entre eux.
Machiavel est avant tout unpenseur du pouvoir. La démarche qui va nous intéresser ici est donc de comprendre quelle est la première étape de son raisonnement. Prosaïquement, il découpe la société en deux ordres distincts. Le premier ordre contient ceux qu’il nomme les faibles et le second ceux qu’il nomme les forts. Inspirateur de Hobbes, il accepte donc une origine dénuée de toute morale au pouvoir. C’est en premier lieu lalutte de l’homme contre l’homme qui va peu à peu dessiner cette société en deux ordres que nous avons située ci-dessus. Dans ce combat originel lié à l’état de nature, l’homme sauvage se bat et ne peut trouver d’harmonie qu’au sein d’un Etat. Mais nul contrat social à première vue. Les faibles vont simplement suivre les puissants puisqu’il ne leur reste aucun autre choix. Ainsi, calqué sur l’ordrenaturel, l’ordre civil voit ses prémisses. Parmi les forts, un va ensuite se détacher des autres, celui que Machiavel nomme le Prince, celui qui va asseoir son pouvoir sur le reste des hommes. Hobbes prolonge ce schéma dans son ouvrage Le Léviathan. Il ne voit, lui aussi, aucune autre hypothèse valable que celle de la guerre perpétuelle qui parviendra naturellement à déterminer un homme au-dessusdes autres, le gouvernant, qui devra s’évertuer à concilier les autres hommes sous son égide et par le biais d’un contrat social. Machiavel pose le même principe, sans user du contrat social, mais en s’attachant à étudier le pouvoir d’un seul, le pouvoir du Prince, afin que ce dernier harmonise au mieux ceux qui le suivent, la société en son entier, les forts comme les faibles.
La distinctionentre faibles et forts n’est évidemment pas anodines car elle justifie la poursuite de son raisonnement. Ces deux ordres ne sont pas sujets aux mêmes attentes et aux mêmes traitements du fait même de leurs différences devenues, on peut le dire, constitutives après leur réunification au sein d’un Etat. Les perspectives du Prince demeurent quant à elles les mêmes : celles de maintenir le pouvoir dansle temps au mieux pour l’ensemble. Il va donc s’évertuer à organiser ses rapports avec les deux ordres pour demeurer au sommet de la pyramide. La masse des faibles étant naturellement plus élevée que la masse des forts, le Prince va donc dans un premier temps, en dehors de toutes considérations politiques, économiques ou juridiques, ôter leur potentiel de contre-pouvoir. Il ne faut jamais...
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