Pouvoirs ouvriers et juin 1936 en france

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  • Publié le : 1 avril 2011
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Les années trente commencent sous le signe de la crise mondiale du capitalisme. Pendant les premiers mois de la crise, la France semble être le seul îlot de prospérité, mais elle est à son tour inexorablement touchée. Très rapidement, le chômage s'envole, alors que les années d'après-guerre avaient été marquées par le plein emploi. Sur douze millions d'actifs, il y a plus d'un million dechômeurs.
Ceux qui ont la chance de garder un emploi voient leurs salaires réels diminuer à cause de l'envolée rapide des prix. Cette situation de plus en plus précaire permet aux patrons d'accélérer les cadences dans les usines, c'est-à-dire d'augmenter l'exploitation par la dégradation des conditions de travail des ouvriers.
Toutes les couches de la société sont atteintes par la crise, mais c'estparticulièrement la petite bourgeoisie et la paysannerie qui voient leur situation se dégrader à vue d'œil. Le monde rural français, qui se caractérise encore par la petite propriété, subit l'effondrement des prix des produits agricoles. Par exemple, le quintal de blé qui se vendait 187 francs en 1929 passe à 74 francs dès 1935.
Dans cette situation de crise et de précarité se manifeste pourtant unpremier sursaut de la combativité ouvrière, qui se cristallise aux usines Renault et Citroën où ont lieu de fortes grèves pour les salaires entre 1932 et 1933. C'est aussi la preuve que malgré la chasse aux sorcières dont ils ont été victimes dans les années 1920, les militants ouvriers, au prix d'une certaine clandestinité, ont réussi à se maintenir dans les entreprises.

Depuis 1932, le PartiRadical est au pouvoir. Ses leaders les plus connus sont Daladier et Herriot. Gouvernement bourgeois qui défend les intérêts de sa classe, il s'appuie notamment, tant que la situation le lui permet, sur la petite bourgeoisie qui subit la crise de plein fouet, et se pose comme son défenseur. Mais la situation économique, l'incapacité du gouvernement à endiguer les effets de la crise, révèle que legouvernement est en réalité instable et vermoulu. Des scandales financiers, qui mouillent un certain nombre d'hommes politiques du gouvernement, sont la cerise sur le gâteau. Ces scandales sont l'occasion pour l'extrême-droite de donner du crédit à ses arguments antiparlementaires.
Cette extrême-droite est organisée, d'une part, autour des ligues d'anciens combattants, dont la plus massives'appelle les Croix-de-Feu du colonel François de la Rocque, forte de 35 000 adhérents en 1934 et subventionnée allégrement par certains grands patrons français, et d'autre part, autour de partis comme l'Action Française de Charles Maurras ou les Jeunesses Patriotes de Pierre Taittinger.
Vitaminée par la crise économique qui jette dans ses rangs beaucoup de petits bourgeois rendus enragés par la crise,l'extrême-droite se structure autour d'objectifs ouvertement antiouvriers. De plus, la situation européenne la dynamise : Mussolini règne d'une main de fer sur l'Italie, et Hitler arrive au pouvoir en Allemagne.
Le 6 février 1934, l'extrême-droite tente un coup de force. Elle prend prétexte du limogeage du Préfet de Police de Paris, que Daladier juge trop complaisant vis-à-vis de l'extrême-droite,pour organiser une grande manifestation qui rassemble une dizaine de milliers de personnes et tente d'envahir l'Assemblée Nationale. Même si cette manifestation n'a pas abouti à une prise du pouvoir, elle est l'expression de la puissance politique de l'extrême-droite : la preuve est faite que le péril fasciste plane en France. Bon nombre de travailleurs, conscients que le seul remède à lacontagion fasciste réside dans la mobilisation de la classe ouvrière, espèrent une réponse forte et unitaire de leurs organisations.

Les deux organisations de masse qui se réclament de la classe ouvrière en France sont la SFIO et le PCF. La SFIO, née en 1905, a été profondément affaiblie par le Congrès de Tours de 1920, qui a vu la majorité de ses militants faire scission pour se tourner vers la...
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