Princesse de cleves

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  • Publié le : 5 décembre 2010
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Le célèbre roman de Mme de Lafayette [1] est, pour l'essentiel, l'histoire d'une âme, celle de Mme de Clèves, et cette histoire est, pour l'essentiel, pour ne pas dire exclusivement, celle de sa passion pour M. de Nemours. C'est cette histoire que ce livre s'emploie à retracer presque pas à pas grâce à des explications suivies, choisies de manière à pouvoir en embrasser tout le cours. Si le trèslong épisode de la lettre de Mme de Thémines n'a pas donné lieu à une étude spécifique, il n'en a pas moins été très largement  évoqué, principalement dans l'étude de l'épisode de l'aveu, et son importance essentielle a été soulignée avec insistance. Quant à l'entretien final entre Mme de Clèves et M. de Nemours, s'il a été évoqué à plusieurs reprises, il n'a pas fait l'objet, lui non plus, d'uneétude particulière, car, malgré sa longueur, il ne semble apporter rien de vraiment nouveau, Mme de Clèves ne faisant qu'exposer à M. de Nemours les raisons de son refus de l'épouser, raisons que, pour l'essentiel, nous connaissons déjà. ....On a beaucoup écrit sur La Princesse de Clèves [2] : en effet, si les livres ne sont pas très nombreux [3], les articles sont innombrables. Mais personne nes'est encore vaiment livré à ce qui, semble-t-il, devrait toujours constituer la première étape de toute démarche critique : l'analyse minutieuse du texte. Trop de critiques, il est vrai, se soucient moins d'éclairer les œuvres que de servir leur carrière en exprimant des points de vue qui ne paraissent nouveaux que parce qu'ils sont en grande partie arbitraires. On s'empresse ainsi de s'interrogersur la philosophie d'un auteur, sur les influences qu'il a subies, ou plutôt, si l'on veut être dans le vent, sur ce qu'il aurait dit sans le savoir, avant d'avoir vraiment regardé de près ce qu'il a effectivement écrit. Ou bien, selon une recette très répandue, beaucoup de critiques prétendent proposer un éclairage nouveau alors qu'ils se contentent d'isoler un aspect de l'œuvre, en le montantarbitrairement en épingle [4]. Au total la plupart des travaux semblent reposer sur des montages de citations plutôt que sur une étude précise et minutieuse du texte [5]. ....Il en est résulté que, sans parler des "lectures" arbitraires, voire extravagantes, de certains critiques modernes, La Princesse de Clèves a souvent donné lieu à des interprétations erronées, ou, en tout cas, simplistes qu'àl'occasion ce livre s'efforce de rectifier. C'est ainsi notamment qu'on a traditionnellement vu en Mme de Clèves une sorte d'héroïne de la sincérité, alors qu'une étude attentive du texte permet de montrer qu'elle fait souvent preuve de mauvaise foi, et même qu'il lui arrive de faire des déclarations mensongères ou à tout le moins semi-mensongères, et c'est particulièrement vrai, nous le verrons,dans la scène qui a pourtant le plus fait pour lui valoir sa réputation d'absolue sincérité : la scène de l'aveu [6]. S'il perd ainsi son auréole, le personnage y  gagne en vérité humaine. ....Mais l'étude méticuleuse du texte ne permet pas seulement de rectifier des affirmations inexactes ou, à tout le moins, trop sommaires. Elle permet surtout, et elle seule, de mieux apprécier les qualités deMme de Lafayette romancière, lesquelles ne peuvent apparaître qu'à un regard extrêmement attentif. En dépit de maladresses nombreuses mais qui, le plus souvent, ne prêtent guère à conséquence [7], Mme de Lafayette est une romancière d'une rare intelligence. Elle se montre tout d'abord  particulièrement habile à créer des concours de circonstances qui mettent son personnage principal dans dessituations totalement imprévues et l'exposent ainsi à laisser échapper des signes d'une passion qu'elle s'emploie à cacher dès sa naissance et alors qu'elle-même n'en est point consciente encore. L'épisode de la première rencontre de Mme de Clèves et de M. de Nemours est, de ce point de vue, particulièrement intéressant. Mme de Clèves, ne sachant pas que M. de Nemours est rentré à Paris, ne s'attend...
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