Queneau

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  • Publié le : 1 juin 2010
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Atelier de théorie littéraire : Personnage et democratie
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Le Personnage romanesque dans la France des XIXe et XXe siècles, colloque tenu à l'Université de Chicago le 1er mai 2009.
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Le colloque cherchait à lier la production romanesque des XIXe et XXe siècles à la cristallisation de la culture démocratique française. Les travaux d'Isabelle Daunaissoulignent, dans l'histoire du roman réaliste, le lent affaiblissement de la tension entre la vie réelle et la vie rêvée du personnage, dès lors que les idéaux de celui-ci deviennent plus vagues ou plus modestes. Le roman était le récit des aventures d'un individu se confrontant à sa société, tentant d'y faire éclore ses aspirations ; le roman devient la peinture d'un sujet le plus souvent passif, dontla principale activité consiste à poser son regard sur le monde. Cette transformation du genre est-elle liée aux changements politiques et sociaux que connaît la France d'après le premier Empire ? Les contributions de ce colloque ont trait à ce qu'on pourrait désigner comme la « psychologie politique » du personnage romanesque : ses désirs et la manière dont ils le portent à l'action au sein de sacommunauté, sa signification en regard des valeurs partagées par la communauté.
«Naître avant terme : Raymond Queneau et l'inaboutissement du personnage» par Mathieu Bélisle, Université de Chicago
Les personnages de Raymond Queneau sont des êtres discrets, timides, énigmatiques, la plupart du temps à demi effacés – et même à demi « dessinés » –, dont l'aventure ne parvient jamais à la hauteurd'un véritable destin, à l'instar des personnages de Stendhal ou de Balzac. À cet égard, le cas de Pierre Kougard, protagoniste de Gueule de Pierre (1934), paraît exemplaire. Son existence est placée sous le signe de l'échec. Tout ce qu'il entreprend – projets, réflexions – semble condamné à l'inaboutissement. Mais cet inaboutissement, à mesure que l'on prend conscience de son ampleur, soulève desquestions plus fortes, plus « profondes », qui touchent à la nature même du personnage. Car à bien y penser, peut-être que celui-ci ne contient pas, dans la gamme de ses possibilités, celle de la réussite, qu'il ne peut pas, pour des raisons qui dépassent sa volonté, mener à terme quelque projet que ce soit. Peut-être que l'inaboutissement qui caractérise la plupart de ses actions et de sespensées se trouve contenu en germe dans le personnage lui-même. Peut-être est-ce le personnage, dans sa fabrication intime, qui n'est pas mené à terme, son identité qui demeure, par le geste délibéré du romancier, incomplète. Se pourrait-il que le romancier, à travers Pierre Kougard, qui finira d'ailleurs par changer de nom (dans Saint Glinglin, une version ultérieure, récrite, de Gueule de Pierre, ils'appellera Jean Nabonide), cherche à montrer la difficulté inhérente à la création de ce personnage, voire de tout personnage? Car pour tout dire, les personnages de Queneau, qu'ils se nomment Étienne Marcel, Jacques L'Aumône, Pierrot ou Valentin Brû, de quelque manière qu'on les envisage, apparaissent toujours comme des «embryons » de personnages, ne contenant que les prémisses partielles d'uneidentité.
«“Illustrer sa vie”. Le désir de gloire dans les Illusions perdues et la Recherche du temps perdu» par Julia Chamard-Bergeron, Université de Chicago
Les romans de Balzac et de Proust qui se trouvent au cœur de cette étude présentent des personnages ambivalents en regard de leur propre désir de gloire, décrit comme une « illusion » ou une « erreur d'optique ». Dans sa pureté, ce désircorrespond à l'ambition d'utiliser le temps imparti à l'individu pour produire des actions et des œuvres qui s'inscriront à jamais dans la mémoire des hommes, assurant ainsi au glorieux l'immortalité. Lucien et Marcel sont, tout au contraire, pris par le temps et par la conscience du temps qui leur donne le fiévreux désir d'en tirer parti. Comme l'écrit Tocqueville à propos des hommes nouveaux...
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