Repertoire d'action de charles tilly

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  • Publié le : 3 décembre 2010
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« répertoire d’action »
entretien avec Charles Tilly
Charles Tilly est modeste. « Il se peut, dit-il, que le mot "répertoire" ne soit qu’une étiquette sous laquelle ranger tout ce à quoi les gens recourent pour atteindre des buts communs » [1]. Ce serait déjà beaucoup. Mais en forgeant cette notion, il y a près de vingt ans, Tilly a fait bien davantage que mettre de l’ordre dans lesmouvements : il en a profondément renouvelé l’approche. Ses lecteurs ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : le concept a connu un succès scientifique considérable.
Tout tient en une image. « Ces différents moyens d’action composent un répertoire, un peu au sens où on l’entend dans le théâtre et la musique » : un ensemble d’oeuvres disponibles, susceptibles d’être reprises. Certes, en bon social scientist,Tilly sait que les pratiques ne sont pas l’exécution d’une partition ou d’un texte, et que l’histoire laisse rarement le temps de répéter. Aussi précise-t-il : un répertoire de contestation « ressemble plutôt à celui de la commedia dell’arte ou du jazz qu’à celui d’un ensemble classique. »
L’analogie n’en est que plus féconde. Aux chercheurs, elle offre un cadre théorique robuste pour comparer lesrépertoires dans l’espace et dans le temps, ce qu’a fait Tilly lui-même dans un livre majeur, dont le sous-titre suffit à dire l’ampleur : La France conteste, de 1600 à nos jours. Aux autres, elle propose un portrait du contestataire en artiste : de quoi dissoudre enfin une opposition dont on ne sait jamais très bien qui, du militant triste ou de l’esthète futile, s’en sort le mieux.
Qu’on nes’y trompe pas, pourtant. La notion de répertoire n’est nullement un hymne au génie créateur de l’agitation populaire, au contraire : « malgré la spontanéité qu’on associe parfois à l’idée de foule, les gens tendent à agir dans le cadre limité de ce qu’ils connaissent, à innover sur la base des formes existantes, et à ignorer toute une partie des possibilités qui leur sont en principe ouvertes. »Dont acte. On n’invente pas un répertoire, on l’interprète.
Est-ce à dire que les luttes, ligotées à leurs habitudes, sont condamnées à la répétition ? Non. Sur le temps long, les répertoires de l’action collective se transforment. Mais n’est-ce pas à l’insu des acteurs, sous l’effet de forces qui leur échappent : centralisation du pouvoir, concentration du capital ? Et sur le temps court ? Quellemarge de création Charles Tilly concède-t-il aux groupes mobilisés ? Le plus simple était de lui demander.

Que devient votre notion de répertoire, Charles Tilly, lorsqu’on la transpose dans le temps court de l’action ? Sur quatre siècles, elle permet d’observer la transformation des techniques de la contestation collective. Mais au présent, ne désenchante-t-elle pas au contraire l’espoir defaire du neuf ? Les mouvements sociaux sont-ils condamnés à n’inventer leurs formes que dans les marges étroites d’une interprétation ?
Je ne connais aucun cas d’invention efficace d’un répertoire dans son ensemble. Par contre, on peut parler de l’invention de performances — comme le jeu des poupées géantes ou des masques au cours d’une manifestation. Il est vrai que les distinctionsfondamentales entre « événements », « performances » et « répertoires » se sont quelque peu perdues au cours de la diffusion de ces notions. Pourtant la matière n’est pas si difficile. Il faut simplement songer aux distinctions entre « concert », « programme » et « répertoire » dans le cas d’un groupe de jazz. Chaque concert est comme une conversation entre les musiciens et leurs auditeurs.
Dans cesconditions, pour expliquer la transformation des répertoires, quel poids respectif attribuez-vous à la capacité d’innovation des contestataires et aux tendances historiques lourdes sur lesquelles ils n’ont pas prise ?
Il est impossible d’attribuer priorité, soit à l’environnement, soit à la capacité créatrice des acteurs — bien que l’environnement fixe toujours des limites à la créativité. Les...
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