Tartuffe

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 26 (6395 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 24 mai 2009
Lire le document complet
Aperçu du document
ROBERTO ZUCCO : le mythe de l’assassin automatique dans le théâtre de Koltès

« Signes de vie : la cruauté, le fanatisme, l’intolérance ; signe de décadence : l’aménité, la compréhension, l’indulgence » Cioran, Précis de décomposition. « Le monstre peut surgir de nous, nous pouvons avoir le visage du monstre. » Ionesco, Entre la vie et le rêve. « Au bout d’un siècle l’accroissement du bruit,l’accélération des mouvements et des cadences de travail, la puissance multipliée de l’éclairage artificiel ont peut-être atteint un seuil pathologique et déclenché des instincts de dévastation. » Steiner, Dans le château de Barbe-Bleue.

L

e méchant est sans aucun doute celui qui une fois mort continue à hanter les esprits, au point qu’on ne veuille plus en entendre parler. Le méchant celui aunom duquel on tait le nom. Celui dont on veut effacer le nom porteur d’effroi, de regret, comme si… Cette logique du méchant a hanté la dernière œuvre de BernardMarie Koltès : Roberto Zucco. De Succo, l’assassin réel, nous savons tous qu’il fut un vrai méchant, incontrôlable, « assassin automatique » comme aime à le rappeler Koltès, quatre morts à son actif, dont les exploits apparaissentd’ailleurs au maire de Chambéry de
LA VOIX DU REGARD N° 13, automne 2000

l’époque, M. Louis Besson, région où eurent lieu les crimes, telle « la sinistre chevauchée sanguinaire » d’un monstre. Effectivement, lorsqu’au début des années 1990, la pièce de Koltès sur Succo doit être programmée à Chambéry, le maire s’y oppose face aux pétitions dénonçant « la glorification d’un assassin ». Le méchant appellel’oubli, comme une hygiène, afin de préserver la consistance du familier, afin de conserver le retour de l’ordre qui marqua la fin du méchant et qui balaya l’angoisse que sa présence suscita. Il incarne l’inhabituel imprescriptible et imprévisible car il ne concorde pas avec

les exigences qui ordonnent l’espace politique. Forcément bourreau, certes il peut fasciner, mais cela en amenant à «méconnaître la souffrance des victimes » comme le rappel M. Louis Besson. Toutefois, est-ce que Koltès, se sachant malade du sida, a simplement voulu faire le portrait d’un « méchant » ? Ou bien est-ce que Koltès, liant étroitement la mort à son théâtre, n’aurait pas été seulement fasciné par ce tueur, au point de lui consacrer aveuglément l’espace d’une pièce ? S’il est vrai au final que RobertoZucco est bien un méchant, n’est-ce pas que cette méchanceté loin

120

d’être seulement à repousser et à oublier, serait le témoignage d’une possibilité existentielle de l’homme permettant de découvrir autrement — par ailleurs, à travers une certaine folie « région du silence », « néant de l’image »1 pour la rationalité et la moralité — l’être de l’homme et le sens de son existence en un mondedéterminé ? Alors est-ce que cette tentative pour montrer le mal et la violence ne serait pas pour Koltès la possibilité de construire un mythe propre à notre modernité ?

Roberto Zucco : « Je suis un tueur »
Ce qui caractérise le méchant selon Michaux ou Cioran, ce n’est pas tant un acte accompli, mais c’est le fond qui anime leur intentionnalité, la nature de leur élan par rapport aux autres.Alors que les hommes ordinaires, spectateurs et contempteurs du monde ambiant se sont recouverts des voiles de la convention les amenant à n’être plus que cette apparence studieuse et régulière, « automatiques et minutieux, Des ouvriers silencieux »2 ; le méchant semble échapper à cette transparence ou à cet oubli de soi. Il apparaît comme celui qui est hanté par une vie intérieure, en marge deslois en vigueur. Vie intérieure, vie dans les plis de son esprit, où les envies peuvent être satisfaites comme l’énonce

Michaux, où dès que je le désire « je peux (…) tuer deux fois, vingt fois et davantage »3 ceux qui m’entourent, qui s’esquissent en lisière de mon monde. Profil du méchant, pour reprendre Cioran : « l’esprit miné par l’effroi de la mort ne réagit plus aux sollicitations...
tracking img