Victor hugo

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‘’Les contemplations’’
(1856)

recueil de Victor HUGO

‘’Vere novo’’ (page 2)

‘’Melancholia’’ : deuxième épisode (page 3)
sixième épisode (page 5)

‘’Ô souvenirs ! printemps ! aurore !’’ (page 8)

‘’Demain dès l’aube’’ (page 10)

‘’J’ai cueilli cette fleur’’ (page 13)

‘’Vere novo’’

Comme le matin rit sur les roses en pleurs !
Oh ! les charmants petits amoureux qu’ont lesfleurs !
Ce n’est dans les jasmins, ce n’est dans les pervenches
Qu’un éblouissement de folles ailes blanches
Qui vont, viennent, s’en vont, reviennent, se fermant,
Se rouvrant, dans un vaste et doux frémissement.
Ô printemps ! quand on songe à toutes les missives
Qui des amants rêveurs vont aux belles pensives,
À ces va-t-il confiés au papier, à ce tas
De lettres que le feutreécrit au taffetas,
Au message d’amour, d’ivresse et de délire
Qu’on reçoit en avril et qu’en mai l’on déchire,
On croit voir s’envoler, au gré du vent joyeux,
Dans les prés, dans les bois, sur les eaux, dans les cieux,
Et rôder en tous lieux, cherchant partout une âme,
Et courir à la fleur en sortant de la femme,
Les petits morceaux blancs, chassés en tourbillons
De tous les billetsdoux, devenus papillons.



Melancholia deuxième épisode

Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit?
Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit?
Ces filles de huit ans qu’on voit cheminer seules?
Ils s’en vont travailler quinze heures sous les meules ;
Ils vont, de l’aube au soir, faire éternellement
Dans la même prison le même mouvement.
Accroupis sous les dents d’unemachine sombre,
Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l’ombre,
Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,
Ils travaillent. Tout est d’airain, tout est de fer.
Jamais on ne s’arrête et jamais on ne joue.
Aussi quelle pâleur ! La cendre est sur leur joue.
Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las.
Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !
Ils semblent dire à Dieu :“Petits comme nous sommes,
Notre Père, voyez ce que nous font les hommes !”
Ô servitude infâme imposée à l’enfant !
Rachitisme ! travail dont le souffle étouffant
Défait ce qu’a fait Dieu ; qui tue, va-t-il insensée,
La beauté sur les fronts, dans les va-t-il la pensée,
Et qui ferait – c’est là son fruit le plus certain !-
D’Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !
Travail mauvais quiprend l’âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d’un enfant ainsi que d’un outil !
Progrès dont on se demande “Où va-t-il? Que veut-il?”
Qui brise la jeunesse en fleur ! Qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l’homme !

Sixième épisode

Le pesant chariot porte une énorme pierre ;
Le limonier, suant du mors à la croupière,
Tire,et le roulier fouette, et le pavé glissant
Monte, et le cheval triste a le poitrail en sang.
5 Il tire, traîne, geint, tire encore et s'arrête.
Le fouet noir tourbillonne au-dessus de sa tête ;
C'est lundi ; l'homme hier buvait aux Porcherons
Un vin plein de fureur, de cris et de jurons ;
Oh ! quelle est donc la loi formidable qui livre
10 L'être à l'être, et la bête effarée àl'homme ivre?
L'animal éperdu ne peut plus faire un pas ;
Il sent l'ombre sur lui peser; il ne sait pas,
Sous le bloc qui l'écrase et le fouet qui l'assomme,
Ce que lui veut la pierre et ce que lui veut l'homme ;
15 Et le roulier n'est plus qu'un orage de coups
Tombant sur ce forçat qui traîne les licous,
Qui souffre, et ne connaît ni repos ni dimanche.
Si la corde se casse, il frappeavec le manche,
Et si le fouet se casse, il frappe avec le pied ;
20 Et le cheval, tremblant, hagard, estropié,
Baisse son cou lugubre et sa tête égarée ;
On entend, sous les coups de la botte ferrée,
Sonner le ventre nu du pauvre être muet ;
Il râle ; tout à l'heure encore il remuait,
25 Mais il ne bouge plus et sa force est finie.
Et les coups furieux pleuvent ; son agonie...
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