Yalta

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"Yalta, de l'échec au mythe" dans Le Monde (5 février 1985)
Du 4 au 11 février 1945, la Conférence de Yalta réunit Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Joseph Staline qui doivent décider du sort de l'Europe. Quarante ans plus tard, André Fontaine remet en question la portée effective de la conférence dans un article publié le 5 février 1985 dans le quotidien français Le Monde. FONTAINE,André, Yalta, de l'échec au mythe: Il n'est pas de partage éternel, dans Le Monde. 05.02.1985, n° 12 447, p. 1; 3. © Le Monde http://www.ena.lu/yalta_echec_mythe_monde_fevrier_1985-1-1071

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"Yalta, de l'échec au mythe" dans Le Monde (5 février 1985)

Yalta, de l’échec au mytheIl n'est pas de partage éternel
Que reste-t-il de cette conférence de Crimée, improprement appelée de Yalta, puisqu’elle s’est déroulée en réalité dans la localité voisine de Livadia, dont on célèbre, ce 4 février, le quarantième anniversaire?

Rien, ou presque, si l’on prend en considération son objectif principal, un objectif que les participants, en s’en allant, s’imaginaient avoir pleinementatteint : le maintien, ad vitam aeternam, une fois la paix revenue, de l’entente des vainqueurs de l’Allemagne nazie. Tout, si, à la réalité d’un échec écrasant, on préfère la force incomparable du mythe. Bien que le contraire ait été cent fois, mille fois démontré, tout un chacun, simple citoyen ou chef d’Etat, persiste, et pas seulement en France, à croire que trois vieux messieurs, réunis aubord de la mer Noire, se sont partagé un beau matin le monde et que, pour quelque mystérieuse raison, leur accord a échappé à la règle qui voue d’habitude à la précarité les traités les plus solennels.

Or il en va des accords de Yalta comme des autres : l’encre en était à peine sèche qu’ils étaient déjà violés. Il n’est que d’entendre à ce propos le changement de ton de Churchill : « Je rapportede Crimée, déclare-t-il le 27 février 1945, aux Communes, l’impression que le maréchal Staline et les dirigeants soviétiques désirent vivre dans une amitié et une égalité honorables avec les démocraties occidentales. Je crois aussi qu’ils n’ont qu’une parole. » Il ne lui faudra que quinze jours pour déchanter. « Nous nous trouvons, écrit-il le 13 mars à Roosevelt, en présence d’un immense échec,d’un écroulement complet de ce qui avait été convenu à Yalta. »

Roosevelt lui-même, qui avait fondé tant d’espoirs sur Yalta, allait câbler à Staline, le 1er avril, quelques jours avant de mourir, que « toute solution qui aboutirait à une reconduction à peine déguisée de l’actuel régime de Varsovie [dominé par les communistes] serait inacceptable et conduirait le peuple des Etats-Unis àconsidérer l’accord de Yalta comme un échec. »

Inacceptable? C’est pourtant ce qu’allait pratiquement accepter, au mois de mai suivant, Harry Hopkins, l’éminence grise de Roosevelt, envoyé à Moscou par le nouveau président Harry Truman pour essayer de régler avec Staline les questions restées pendantes à Yalta, dont celle de la Pologne. Après avoir réglé, à la satisfaction du Kremlin, la question de lafrontière orientale, les Trois avaient bien entendu affirmé leur volonté de voir rétablir une Pologne « forte, libre, indépendante et démocratique ». Et Roosevelt avait proclamé que les élections polonaises devraient être « comme la femme de César : qu’elles ne puissent être soupçonnées ». Mais les mots ne coûtaient pas cher à celui que Roosevelt et Churchill appelaient entre eux Oncle Jo. Commeil devait le dire en avril 1945 à Tito : « Cette guerre ne ressemble pas à celles du passé : quiconque occupe un territoire y impose son propre système social. Tout le monde impose son système aussi loin qu’il peut avancer. II ne saurait en être autrement. »

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