D'autres regards sur la crise

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D’autres regards sur la crise, avec Laurence Fontaine
Transcription, par Taos Aït Si Slimane, de l’entretien, mardi 21 juillet 2009, d’Antoine Mercier avec Laurence Fontaine, historienne, directrice de recherche au CNRS-Centre Maurice Halbwachs, qui a notamment publié, l’an dernier, chez Gallimard, « L’Économie morale ».
« D’autres regards sur la crise », entretiens, depuis fin décembre 2008,d’Antoine Mercier, journal de 12h 30 sur France Culture, avec des intellectuels pour une autre manière de parler de la crise. Les brèves séquences du journal sont complétées par des bonus hors antenne, mis en ligne sur le site de France Culture.
L’oralité est volontairement conservée, vos remarques, corrections et observations sont les bienvenues. Il vous suffit d’écrire àtinhinane[at]gmail[point]com
Antoine Mercier : « D’autres regards sur la crise » dans le cadre, cette semaine, des XXIVème Rencontres de Pétrarque. Le thème général, c’est : « Après la crise quelle(s) révolution(s) ? ». Nous sommes en compagnie, et en direct de la cour du musée Fabre, de Laurence Fontaine, historienne, directrice de recherche au CNRS. Bonjour Madame.
Laurence Fontaine : Bonjour.
Antoine Mercier : Entant qu’historienne, vous voyez dans cette crise, que nous vivons actuellement, des ressemblances avec la crise de l’Ancien Régime. Expliquez-nous parce que cela peut sans doute nous apporter beaucoup d’éclaircissements sur cette période qu’on essaye, dans cette séquence, de percevoir, de définir.
Laurence Fontaine : En fait, je verrais trois aspects majeurs qui sont les plus proches, qui merappellent les crises de l’Ancien Régime. D’abord, la crise actuelle est née de la dérégulation, du fait que les banquiers sont sortis de leur rôle, ils ont été vendre des appartements et Lehman Brothers, par exemple, a même racheté deux de ces maisons qui vendaient ces appartements. Or, dans l’Ancien Régime, comme vous le savez, le prêt à intérêt était globalement interdit, il y avait bien sûr desexceptions pour les marchands, mais la stigmatisation qui frappait ces marchés de l’argent faisait en quelque sorte qu’il était impossible de les organiser, d’avoir un paysage de banques structurées avec un prêteur en dernier ressort…
Antoine Mercier : Donc, il y avait un marché non régulé, c’est cela que vous voulez dire ?
Laurence Fontaine : Donc, il y avait un marché non régulé. Et dans ce marchénon régulé, vous aviez soit de l’usure à la petite semaine dans les marchés informels, pour les plus pauvres, et pour les plus riches, vous aviez des marchands banquiers qui avaient ce double mouvements à la fois de servir leurs intérêts de marchands et de faire de la banque.
Antoine Mercier : Alors, premier point, crédit dérégulé.
Laurence Fontaine : Deuxième point, crédit facile. Dans lesdernières années, c’était très facile d’obtenir le crédit, les taux étaient très bas et le crédit très abondants. Dans l’Ancien Régime, vous aviez une obligation de prêter. Vous deviez prêter à votre famille, à vos amis, les élites, vos employeurs, il y avait les nobles, il y avait une obligation de prêter.
Antoine Mercier : Une obligation morale, on peut dire, de solidarité ?
Laurence Fontaine :Une obligation morale de prêter, absolument. Du coup, chacun avait dans son portefeuille, si je puis reprendre cette expression contemporaine, des quantités de dettes dont il savait très bien qu’elles étaient pourries, que les gens ne pourront jamais les rembourser. D’une certaine manière, c’était la même chose, sauf que dans l’Ancien Régime on n’avait pas d’informations mais on savait qu’on avait30% à 40% de mauvaises dettes dans son portefeuille. Dans le monde contemporain, c’est plutôt cette titrisation, un excès en quelque sorte et de mathématisation et d’informations qui faisaient qu’on ne savait plus non plus ce que l’on avait dans le portefeuille.
Antoine Mercier : On continue les analogies. Il y en a sans doute d’autres.
Laurence Fontaine : La troisième analogie, c’est...
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