L'ami et le flatteur aristote

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  • Publié le : 14 octobre 2010
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Politique d’Aristote [1]
Que la politique soit dans son principe une application légitime et nécessaire de la philosophie de l’esprit humain, voilà une vérité qui reste obscure au début de toutes les civilisations. Les sociétés modernes qui recueillirent l’héritage des sociétés antiques et dont l’existence est un progrès dans la vie de l’humanité, se sont elles-mêmes agitées long-temps, sanss’apercevoir que leurs destinées devaient dépendre de leurs réflexions et de leur volonté. Sur ce point il importe de relever une coïncidence féconde. La renaissance de l’antiquité et les premières lueurs de la réflexion moderne sont contemporaines, de façon que la mémoire et les souvenirs du genre humain, loin de faire obstacle à son originalité, la provoquent et la fortifient. C’est quand l’hommemoderne a retrouvé les traces et les titres de ceux qui vinrent avant lui, quand il a contemplé les images, œuvres et gestes de ceux qui agirent et pensèrent fortement, qu’il a senti en lui-même sa force doubler, et le testament des morts accroître sa propre vie. S’il fut nécessaire que l’antiquité parût un instant s’abîmer dans une complète ruine, afin que la religion et les races nouvelles pussents’établir sans mélange et sans empêchement, cette œuvre faite, il fut nécessaire aussi que l’antiquité reparût dans la mémoire du genre humain, afin que la trame des destinées générales du monde, que Dieu seul connaissait encore, fût aussi connue et comprise par l’homme.
Puisque la réflexion philosophique a été longue à se produire dans les sociétés modernes, nous ne serons pas surpris de salenteur dans les sociétés antiques ; et, cette fois, la lenteur fut si grande, que la philosophie ne parut dans sa splendeur qu’après l’épuisement de l’histoire politique, et sur les ruines de la liberté : c’est qu’elle paraissait, non pour la Grèce elle-même, mais pour le monde ; ce n’était pas pour Athènes, mais pour nous que parlaient dans l’Académie Aristote et Platon.
Quand on voit autre chosedans l’histoire qu’une confusion arbitraire de faits et de hasards, et quand, après l’avoir étudiée, on croit à son économie et à sa logique, il faut tomber d’accord que toutes les fois qu’un grand mouvement est nécessaire à l’humanité, des hommes se rencontrent, se succèdent et se complètent dans une admirable variété d’aptitudes et de moyens. La Grèce dut donner la philosophie au monde après laprise d’Athènes par Lysandre, et la Judée, la religion après la bataille d’Actium. Le mouvement hébraïque, qui, plus tard, s’appellera chrétien, est servi par Jésus, Jean et Paul ; le mouvement philosophique a pour interprètes Socrate, Platon et Aristote. Si dans l’harmonieux contraste de ces personnages historiques on ne reconnaît pas quelque chose de rationnel, il faut renoncer à spéculer sur leschoses humaines.
Lorsque Socrate parut, la Grèce était la proie de tous les maux que lui avait légués la guerre civile du Péloponèse. Un illustre témoin des combats que se livrèrent Athènes et Lacédémone a peint vivement les ravages qu’ils portèrent dans les mœurs et la sociabilité de la Grèce. Les séditions régnaient dans les états, écrit Thucydide [2], et les villes qui se livraient lesdernières à l’esprit de faction s’abandonnèrent à de plus grands excès, jalouses de se distinguer par l’esprit d’invention. L’acception des mots fut changée. L’audace insensée fut appelée zèle courageux ; la lenteur prévoyante, lâcheté déguisée. L’homme violent était un homme sûr ; celui qui le contrariait un homme suspect… La cause de tous ces maux était la fureur de dominer, qu’inspirent l’ambition etla cupidité. Les passions échauffaient les esprits. Les chefs des deux factions qui partageaient les villes, les uns sous le prétexte spécieux de l’égalité politique du peuple, les autres sous celui d’une aristocratie modérée, affectaient de ne consulter que le bien de la patrie, mais, au fond, travaillaient à se supplanter mutuellement, et ne songeaient qu’à eux. Dans leur lutte, il n’était...
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