L'illusion comique

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  • Publié le : 17 octobre 2010
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L’illusion comique, Pierre Corneille
Mise en scène Frédéric Fisbach

En amont du spectacle

Enjeux littéraires
En montant l’Illusion comique de Corneille, le metteur en scène Frédéric Fisbach manifeste non seulement le désir de faire un geste implicitement politique- proposer en contrepoint au statut problématique des intermittents du spectacle unéloge du théâtre- mais aussi d’une façon plus générale, celui d’ exhumer la réjouissante modernité de ce jeune « monstre » baroque  (L’illusion comique est une pièce de jeunesse : 1635. Corneille a 29 ans et n’a pas encore écrit le Cid) qui interroge -comme le titre programmatique le suggère (comique au XVII ème signifie aussi théâtral) -autant le fonctionnement de la représentation théâtrale que lafiction représentée (les aventures de Clindor).

Quels sont donc les différents visages de ce « monstre »désigné comme tel par l’auteur dans sa préface ?

« Un monstre » baroque

Si Corneille en 1660 qualifie sa pièce de « galanterie extravagante » c’est qu’elle ne répond plus aux nouvelles codifications imposées par l’esthétique classique.
L’illusion comique est une pièce résolumentbaroque.
Thématiquement autant que structurellement elle se fait l’écho d’une vision du monde qui –marquée par les récentes guerres (guerres de religion, guerre de Trente ans, Fronde) mais aussi par les découvertes astronomiques (Copernic, Galilée)-remet en cause les certitudes acquises et privilégie le mouvement, l’instabilité, la réversibilité , le doute et pour tout dire l’illusion.
Pourpeindre ce bouleversement idéologique (que la perturbation psychologique initiale du père et du fils suggère aussi à l’intérieur de la fable) L’illusion comique, véritable forme-sens, entraîne le lecteur et le spectateur (à des degrés divers) dans le vertige d’un dispositif particulièrement complexe.

I- L’illusion dans tous ses états

1/ L’enchâssement des trois niveaux de réalité.

La pièceest construite sur le principe du théâtre dans le théâtre. Ce procédé (défini ainsi par J. Rousset dans La littérature de l’âge baroque en France «  Le théâtre y joue à se réfléchir dans son propre miroir par le moyen de la pièce intérieure…Les spectateurs de la salle voient sur la scène une salle de spectacle et, dans cette seconde salle, des acteurs qui sont aussi des spectateurs, lesquelsregardent d’autres acteurs. L’acteur se trouve ainsi projeté hors de son rôle et se voit jouant, comme le spectateur se voit regardant.) conforme à la vision du monde baroque puisqu’il brouille les repères entre réalité et illusion et réactive la métaphore du monde comme grand théâtre sur lequel les hommes jouent leur rôle sous le regard d’un spectateur (Dieu ?) n’est pas propre à Corneille : CalderonLa vie est un songe (1635), Shakespeare Le songe d’une nuit d’été, Hamlet (et plus tard Rotrou Le véritable Saint genest, Molière L’impromptu de versailles, Marivaux Les acteurs de bonne foi…) ont déjà utilisé ce procédé. Corneille toutefois est le seul à le complexifier autant et à en faire le ressort essentiel de l’action : cette pièce-gigogne offre trois plans de réalité. Les spectateurs réelsque nous sommes observons :

1er niveau : La pièce cadre = réalité présente (contemporaine de celle du vrai spectateur)
Un père (Pridamant)à la recherche de son fils(Clindor) fait appel aux services d’un magicien tout puissant (Alcandre )pour le retrouver .
Structure circulaire de cette pièce cadre puisque Pridamant et Alcandre interviennent principalement au début et à la fin de la pièce.2ème niveau = réalité passée (évoquée par Alcandre)
Le magicien (denière scène de l’acte I) après avoir fait à Pridamant le récit (sous forme de sommaire) de la vie de son fils avant qu’il n’arrive à Bordeaux, lui propose par le biais d’une évocation magique de regarder le spectacle de la suite de cette vie passée : acte II ; III et IV.
  « Sous une illusion...
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