L'inconscient

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  • Publié le : 12 octobre 2010
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Introduction

Nous avons vu, dans le cours sur la conscience, que le caractère privilégié de la conscience ne peut pas être retenu : 1) elle ne nous donne pas un accès immédiat à nous-mêmes; 2) elle n’est pas une entité substantielle. C’est l’inconscient qui aujourd’hui a pris la place de la conscience, ayant pour conséquence une autre conception de l’homme. Avec Socrate, les stoïciens,Descartes, l’homme, par sa conscience, était un être à part, ayant une parfaite maîtrise de lui-même.



Avec la découverte de l’inconscient, Freud estime ainsi avoir infligé la troisième blessure à l’humanité :

a) première blessure : Copernic : la terre n’est pas au centre de l’univers.

b) deuxième blessure : Darwin : l’homme n’est pas arrivé le premier sur la terre mais tard dans la lignéeanimale

c) troisième blessure : Freud : le moi n’est pas le maître dans sa maison. Il existe quelque chose de plus profond, un inconscient psychique.

Nous allons voir que la notion d'inconscient mise à l'honneur par Freud remet donc en cause la conception classique d'un homme maître de lui grâce à sa conscience. L’homme serait au contraire déterminé par des forces obscures, auxquelles il nepourrait pas avoir accès.



I- L’INCONSCIENT FREUDIEN.



A- Le concept d’inconscient.

1) L’idée qu’une partie de notre psychisme échappe à la conscience n’est pas nouvelle, et elle est même "dans l’air" à la fin du XIXe siècle :

a) Leibniz et les petites perceptions (Nouveaux Essais, Préface, pp.41-42)

Avant Freud, certains philosophes avaient déjà montré que lareprésentation cartésienne du psychisme humain était insuffisante.

Pour Descartes, l'esprit s'identifiait avec la conscience, avec la pensée claire et distincte. On pouvait avoir accès, par la conscience, à tout ce qui se passe en nous, sans possibilité d'erreur (cf. fait que le malin génie ne pouvait nous tromper concernant tout ce qui se passe dans notre esprit).

Dès le 17e, un contemporain deDescartes, Leibniz, a répondu à Descartes que cette conception du psychisme humain n'est pas valide, et est insuffisante. Pour Leibniz, contrairement à Descartes, on ne peut pas rendre compte du psychisme, et même du comportement en général, sans reconnaître l'existence de pensées inconscientes.

Sa thèse va être que l'on n'a pas accès (ou conscience de) à tout ce qui se passe en nous. La pensée n'estpas toujours pensée consciente : nous pensons toujours mais nous n'avons pas conscience de toutes nos pensées.



Leibniz, Nouveaux-Essais, Préface, pp.41-42, Les petites perceptions.

"D'ailleurs il y a des marques qui nous font juger qu'il y a à tout moment une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et réflexion, ie, des changements dans l'âme même dont nous ne nousapercevons pas, parce que ces impressions sont ou trop petites et en trop grand nombre, ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont rien d'assez distinguant à part, mais, jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet et de se faire sentir au moins confusément dans l'assemblage. C'est ainsi que la coutume fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d'un moulin ou à une chute d'eau,quand nous avons habité tout auprès depuis quelque temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, et qu'il ne se passe encore quelque chose dans l'âme qui y réponde, à cause de l'harmonie de l'âme et du corps; mais les impressions qui qui sont dans l'âme et le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez fortes pour s'attirer notre attention et notre mémoire,qui ne s'attache qu'à des objets plus occupants. Toute attention demande de la mémoire, et quand nous ne sommes point avertis pour ainsi dire de prendre garde à quelques unes de nos perceptions présentes, nous les laissons passer sans réflexion et même sans les remarquer. Mais si quelqu'un nous en avertit (…) et nous fait remarquer par exemple quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous en...
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