Défaite de la pensée

1893 mots 8 pages
La Défaite de la pensée – Alain Finkielkraut, 1987 Extrait ( pp. 172 – 182)

Les Jeunes: ce peuple est d'apparition récente. Avant l'école, il n'existait pas: l'apprentissage traditionnel n'avait pas besoin pour se transmettre de séparer ses destinataires du reste du monde pendant plusieurs années, et ne faisait donc aucune place à cette longue période transitoire que nous appelons l'adolescence. Avec la scolarisation de masse, l'adolescence elle-même a cessé d'être un privilège bourgeois pour devenir une condition universelle. Et un mode de vie: abrités de l'influence parentale par l'institution scolaire, et de l'ascendant des professeurs par « le groupe des pairs », les jeunes ont pu édifier un monde à eux, miroir inversé des valeurs environnantes. Décontraction du jean contre conventions vestimentaires, bande dessinée contre littérature, musique rock contre expression verbale, la « culture jeune », cette anti-école, affirme sa force et son autonomie depuis les années soixante, c'est-à-dire depuis la démocratisation massive de l'enseignement: « Comme tout groupe intégré (celui des Noirs américains par exemple), le mouvement adolescent demeure un continent en partie immergé, en partie défendu et incompréhensible à tout autre que lui. On en veut pour preuve et pour illustration le système de communication très particulier, très autonome et très largement souterrain, véhiculé par la culture rock pour qui le feeling l'emporte sur les mots, la sensation sur les abstractions du langage, le climat sur les significations brutes et d'un abord rationnel, toutes valeurs étrangères aux critères traditionnels de la communication occidentale et qui tirent un rideau opaque, dressent une défense impénétrable aux tentatives plus ou moins intéressées des adultes. Que l'on écoute ou que l'on joue, en effet, il s'agit de se sentir « cool » ou bien de s'éclater. Les guitares sont plus douées d'expression que les mots, qui sont vieux(ils ont

en relation

  • Proposition de réflexion avant un dialogue argumentatif
    486 mots | 2 pages
  • Analyse d'une citation
    405 mots | 2 pages
  • Montaigne
    2570 mots | 11 pages
  • Agathe
    1613 mots | 7 pages
  • La mort dans l'odyssée
    848 mots | 4 pages
  • Montaigne - les essais livre i
    2436 mots | 10 pages
  • Le romantisme
    2270 mots | 10 pages
  • "Les corbeaux", a. rimbaud - commentaire composé
    2366 mots | 10 pages
  • azerty
    892 mots | 4 pages
  • La france de vichy
    415 mots | 2 pages