De la culture populaire aux xviie et xviiie siècles - robert mandrou

Pages: 10 (2414 mots) Publié le: 8 octobre 2012
A travers ces pages, l’auteur tente de donner une sorte de photographie des habitudes culturelles dans les milieux populaires des XVIIe et XVIIIe siècles. Les ressources n’étant pas nombreuses et l’oralité étant encore très présente durant cette époque, l’historien n’a pu nous rendre qu’une image restant floue. Néanmoins, certains écrits sont parvenus jusqu’à nous, permettant de mettre à jour unelittérature souvent restée dans l’ombre. Il existe effectivement une ville où les livres bleus ont trouvé leur place, à Troyes, plus précisément sur les rayons de la Bibliothèque Bleue. Robert Mandrou nous en dresse ici le portrait et le mode de fonctionnement. De ce fait, il nous explique comment le colportage a permis un si grand succès dans les villages les plus reculés ; comment les éditeurss’y prenaient pour ces récits ; et enfin, quels en sont les grands thèmes.
En conclusion, ce voyage à travers les milieux populaires français durant l’Ancien Régime permet de se rapprocher et de connaître mieux cette tradition orale et littéraire.

2. Contexte littéraire des XVIIe et XVIIe siècles
Avant de décrire les origines de cette littérature populaire, il est nécessaire de reconstituerle contexte littéraire du XVIIème siècle. Certains points de celui-ci expliquent déjà pourquoi cette littérature a eu tant de mal à parvenir jusqu’à nous.
D’abord, il faut savoir que durant le XVIIe siècle, les écrivains ont dû se conformer au clientélisme et au mécénat. D’une part, ils étaient réduits à un travail de secrétariat, ne se faisant pas reconnaître pour leur talent artistique.D’autre part, le mécénat ne leur laissait pas une complète liberté dans leurs ouvrages, devant répondre aux demandes de leur mécène ou du Prince. De plus, ils ne recevaient qu’une légère part des bénéfices, aléatoirement.
Cependant, le XVIIème siècle permet à l’auteur d’élargir son public et de s’affirmer. Désormais, il va essayer d’imposer son nom et de récolter les profits de ses œuvres. Par exemple,Corneille revendiquera un paiement proportionnel au nombre de représentations et aux nombres de spectateurs.

Ensuite, le XVIIe siècle voit apparaître les académies et surtout, en 1635, la fondation de l’Académie Française. Celle-ci a pour buts de fixer la langue française (grammaire, orthographe…) et de contrôler l’émergence de certains écrivains. De ce fait, en accordant une reconnaissancesociale à certains milieux, elle en exclut d’autres, telles les classes populaires et leurs lectures. En effet, on commence à hiérarchiser les écrivains, mettant en haut de la pyramide les auteurs étant sous la tutelle d’un mécène et à la base, le clientélisme. Les auteurs des livrets bleus étaient donc exclus de cette hiérarchisation.
Hormis le fait que ce genre de lecture était réservé à la« basse classe », il y a une autre explication à donner à la non-reconnaissance de ces auteurs par l’Académie Française. En effet, ceux-ci n’étaient pas de réels écrivains. Lorsque l’éditeur de tels ouvrages voulait trouver des sujets à mettre sous presse, il ne faisait pas appel à de vrais auteurs, cela lui aurait coûté trop cher. Ainsi, il demandait à ses ouvriers imprimeurs de s’improvisercompositeur et de rédiger les livres bleus, dans tel et tel genre. Ces derniers puisaient dans le fonds ancien de l’imprimerie à laquelle ils appartenaient, c'est-à-dire dans la masse des publications réalisées au cours du XVIe siècle. Ces archives étaient peu nombreuses et étaient constituées de la culture savante de l’aristocratie médiévale : livres de piété, romans de chevalerie, traité d’occultisme,almanachs, etc. C’est pourquoi cette littérature populaire n’a pas été reconnue par les hautes institutions, telle l’Académie Française. En effet, on est loin du modèle de l’affirmation de l’auteur.

Enfin, on retrouve une juxtaposition de trois traditions littéraires correspondant aux trois classes dominantes. Premièrement, comme nous venons de le citer, il existe encore des survivances...
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