krouma

Pages: 15 (3604 mots) Publié le: 2 septembre 2014
178 LECTURES

Entretien avec Ahmadou Kourouma
À la lecture de ce dernier roman, vous donnez
l’impression d’être un auteur engagé. Les écrits
que vous avez produits s’apparentent à des
prises de position plus ou moins militantes qui
vous forcent même parfois à l’exil…

Demandé, l’un des surnoms de HouphouëtBoigny. Mais les aventures de Maclédio,
celles se rapportant à son voyageinitiatique
à travers divers pays d’Afrique, rappellent
par certains côtés une partie de mon propre
parcours.

J

e ne suis pas engagé. J’écris des choses
qui sont vraies. Je n’écris pas pour soutenir
une théorie, une idéologique politique, une
révolution, etc. J’écris des vérités, comme je
les ressens, sans prendre parti. J’écris les
choses comme elles sont. Comme Le diseur de
vérité… Je nesuis pas sûr d’être engagé.
Parlons de votre dernier roman, En attendant
le vote des bêtes sauvages, paru aux éditions
du Seuil en 1998. C’est un roman épique qui
articule étroitement fiction et réalité. Des
commentateurs ont collé des noms de dirigeants africains contemporains – Sékou Touré,
Houphouët-Boigny, Bokassa, Mobutu – aux
personnages que vous dépeignez.

J’

ai voulu écrire ceroman avec ces
noms, mais mon éditeur m’en a dissuadé.
Selon lui, cela risquait d’entraîner de graves
conflits juridiques. J’ai voulu alors en conserver quelques-uns, tels Houphouët-Boigny,
Mobutu, Hassan II, Bokassa… Cela n’a pas
marché non plus. J’ai gardé toute-fois certains
de leurs totems : le léopard, le caïman, l’hyène,
etc. Officiellement, il ne s’agit pas de dirigeants
africains.Les commentateurs ne perçoivent pas distinctement que Koyaga, le héros principal, est
l’incarnation du président togolais Eyadéma,
ni que le funeste Maclédio est son ancien tout
puissant ministre de l’Intérieur Théodore Laclé.
Ce décryptage vous convient-il ?

L

e nom de Maclédio a été formé
[Rire.]
à partir de ceux de Laclé et de Diowade

La forme de votre roman est celle d’unrécit
épique qui se déroule en six veillées où un griot,
le sora et son cordoua, l’apprenti répondeur,
racontent point par point la vie du dictateur
Koyaga et de son acolyte Maclédio. Ce genre de
récit s’appelle le donsomana en malinké. Il
permet au sora de faire les louanges du dictateur autant qu’au cordoua de dénoncer ses
implacables vilenies. Qu’est-ce qui vous a incité
à utiliser cettetrame narrative où « les maîtres
de la parole » semblent pouvoir proférer à
la face des puissants tout ce qu’ils ont envie de
leur dire ?

C

e genre de récit me permettait d’abord
de faire vivre une technique de narration qui
est sur le point de disparaître. Le soir, dans les
villages malinké, les griots des chasseurs viennent raconter le donsomana : la vie des chasseurs, leur luttemagique contre les animaux
et les fauves, supposés posséder de la magie.
La chasse est donc une lutte entre des magiciens. Le donsomana est principalement constitué de récits de chasse. Il raconte rarement la
vie d’une personne. Les histoires de vie étant
importantes chez les Malinké, j’ai adapté la
technique du donsomana à mon roman.
La plaisanterie, les jeux de mots, l’ironie et l’impertinences’instillent au fil de votre roman,
notamment à travers les gestes et les propos de
Tiécoura, l’apprenti répondeur. Cet humour
apparaît comme l’impolitesse du désespoir.
Il semble vous permettre de raconter des horreurs interminables, des crimes atroces, perpétrés avec froideur et cynisme. Pouvez-vous

Politique africaine

179 Autour d’un livre

éclairer le rôle que joue ce comique, cettedérision dans votre roman et peut-être plus
généralement dans la vie ordinaire, parfois
insupportable, de vos contemporains ?

J’

ai construit le personnage du répondeur, Tiécoura, de sorte qu’il corresponde à
ce que l’on pourrait appeler le purgatoire de
l’initiation, de sorte qu’il puisse dire la vérité.
Comment raconter tous les crimes commis
par Koyaga ? Il faut les lui dire....
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