La liberté consiste-t-elle à n'obéir à personne ?

Pages: 8 (1940 mots) Publié le: 9 avril 2013
Introduction
Préjugé fort commun, être libre, c'est ne rien devoir à quiconque, n'obéir qu'à soi-même et ne dépendre de personne. « Libre comme l'air », donc sans attache ni contrainte dans un imaginaire monde sauvage où l'animalité apparaît comme un modèle de vie idéal. Toutes ces images du monde du vivant ou de celui des choses inanimées s'associent dans une même idée : être libre, c'est neconnaître aucune limite, aucune contrainte… Mais est-ce là être vraiment libre ? Être libre, est-ce n'obéir à personne ?
Libertas est un mot du vocabulaire des paysans latins : on y trouve liber, le nom de la chair vive de l'arbre, celle qui sous l'écorce le fait croître spontanément d'un mouvement naturel, et à quoi l'expérience des agriculteurs associe l'idée que cette croissance doit êtreguidée. Littéralement, libertas signifie « contrainte », celle de la taille qui permet à l'arbre de devenir meilleur. Ainsi, dans son sens originel, la liberté est-elle d'abord cette contrainte, positive certes car avantageuse – l'arbre va fructifier abondamment –, mais qui est quand même une contrainte. Alors, être libre, est-ce être contraint ? Ou est-ce n'obéir à personne ?
Remarquons d'abord quel'expérience des paysans s'inscrit dans le temps de l'horticulture, temps qui par définition est celui des soins que l'on donne pour obtenir une amélioration, semblable au temps humain de l'éducation. L'arbre et l'enfant ont besoin d'un tuteur. Mais le tuteur de l'arbre n'existe que comme contrainte inerte, simplement attaché et rigide, alors que le tuteur humain est vivant ; il a conscience des butsqu'il se donne et doit distinguer la rigueur du rigorisme, voire de la rigidité, en d'autres termes se demander quel type d'éducation peut être source de liberté ?


I. Apprendre à être libre, à n'obéir qu'à soi-même

Dans un premier sens, celui de l'éducation de l'enfant, c'est au Rousseau de l'Émile que nous allons poser la question. Le but du tuteur est d'aider l'enfant à atteindre parlui-même la conscience morale, présente en lui dès sa naissance, ou plutôt par sa naissance en tant qu'être humain et que les négligences d'une éducation conformiste habituellement déforment, étouffent. Pour cela, Rousseau préconise de laisser à l'enfant le libre usage de ses forces et de ne l'aider que dans les strictes limites de ses besoins. Ce qui, en plus de l'innéité de la conscience morale («instinct divin ! »), présuppose aussi une aptitude naturelle à se servir de sa liberté avec « bonté ». C'est ce même postulat que l'on retrouve chez A. S. Neil lorsqu'il décrit dans Libres Enfants de Summerhill le projet pédagogique autour duquel s'organise son école : l'éducation n'est pas acquisition des savoirs, mais développement de la connaissance de soi par l'expression des désirs.Maïeutique de la liberté qui vise l'épanouissement personnel, elle veut épargner à l'enfant les conditionnements sociaux normatifs et répressifs.
Ainsi Émile, devenu adulte, aura-t-il appris à n'écouter en lui que la voix de sa conscience, laquelle ne lui dictera que le bien. Au sens littéral (puisque le sens étymologique d'obéir est « écouter »), il n'obéira qu'à lui-même. Être libre, c'est n'obéir qu'àsoi-même. Nous retrouvons ici l'idée grecque de l'autonomie qui, associée à l'autarcie, représente la forme concrète de l'indépendance (Platon) et qui, lorsqu'elle se développe chez l'individu au niveau du jugement, le rend capable de prévoir et de choisir. Cette double capacité donne au sujet la libre disposition de lui-même : « Je suis libre, écrit Épictète, et ami de Dieu, afin de lui obéirvolontairement et de bon gré : et il me faut ne m'incliner devant personne ni ne céder à aucun événement. » Et de quel Dieu s'agit-il ? De la « Loi naturelle », « la raison souveraine et innée qui nous commande ce que nous avons à faire […], la véritable loi… conforme à l'ordre, qui est diffuse et la même chez tous les hommes. » (Cicéron, Des lois). L'obéissance à soi-même est donc bien à la fois...
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