La notion d'ingérence humanitaire

Pages: 11 (2617 mots) Publié le: 6 janvier 2011
La notion d'ingérence humanitaire
et ses limites

Introduction

En 1987, à l'initiative de Mario Bettati, professeur de droit, et de Bernard Kouchner, un colloque, tenu à Paris sur " Droit et morale humanitaire ", préconise le " devoir d'ingérence ". La formule est lancée, le débat ouvert. Des textes d'ambition fondatrices sont adoptés au sein de l'Organisation des nations unies (ONU) :résolution 43/131 du 8 décembre 1988 de l'assemblée générale sur l' " assistance humanitaire aux victimes des catastrophes naturelles et situations d'urgence du même ordre " ; résolution 688 du 5 avril 1991 du Conseil de sécurité définissant les principes de l'organisation des secours à la population kurde frappée par la répression de l'armée irakienne…

Mais tout de suite, les controverses sedéchaînent. La formule même de devoir d'ingérence se veut provocatrice, suggérant que la souveraineté des Etats, principe sacro-saint de l'ordre international, se trouve subordonnée à l'impératif de solidarité entre les hommes, celle-ci justifiant, dans des cas graves, l' " ingérence ", c'est-à-dire l'intervention extérieure pour aider les victimes. Pour les défenseurs sourcilleux de la souverainetéétatique, le mot " ingérence " est inacceptable, conférant à une hypothétique communauté internationale le droit d'agir à l'intérieur des Etats ; il ne saurait y avoir qu'assistance, celle-ci réclamant l'accord de l'Etat concerné. Ainsi, s'enchaînent les interrogations : peut-il être légitime d'intervenir au sein d'un Etat sans son consentement ? Dans quelles conditions ? Pour quels buts ? Qui esthabilité à parler et à agir au nom de cette communauté ? Ne serait-elle pas une fiction, sous le masque de laquelle se dissimulent les plus puissants ?

Problématiques communes

L'ingérence comme affirmation de sa supériorité

Cette problématique est commune à toutes les formes d'ingérence. Dans cette perspective, l'ingérence humanitaire, certes gouvernée par de nobles motifs (porter secours àdes hommes qui souffrent), n'est qu'une ingérence parmi d'autres. Il y a une sorte d'unité problématique à toutes les formes d'ingérence : que doit-on et peut-on faire pour l'autre ? Mais aussi que ne doit-on et que ne peut-on pas faire pour l'autre ? Quels peuvent être les motifs justifiant d'influencer autrui, d'infléchir son comportement ? La rhétorique justificatrice de l'ingérence estremarquablement constante. Son initiateur se définit comme le gardien, le défenseur de valeurs supérieures. Celui qui s'ingère est, ou au moins se croit, porteur de la vérité ; il a le droit et le devoir de la rétablir par tous les moyens nécessaires y compris la violence. Mais ce schéma, qui finalement enferme toute ingérence dans un rapport de forces, peut-il s'appliquer aux opérations humanitairesguidées par le devoir d'urgence, par le seul souci d'apaiser les souffrances, de sauver des vies humaines ? Toute la limite de la notion d'ingérence humanitaire semble bien venir de son implication avec le politique : menée par des Etats, elle reste liée à leurs intérêts. Conduite par des organisations non étatiques, elle est bien l'expression d'une communauté semi-réelle, semi-virtuelle, faisant appel,au-delà des frontières, des loyautés nationales, au devoir d'entraide, de fraternité, entre tous les hommes sans pour autant réussir pleinement à s'affranchir des implications politiques de ses actes. Elle reste donc perçue comme une manifestation de puissance.

Les conséquences néfastes de l'ingérence

Toute ingérence se déroule dans le temps. Gouvernée par l'urgence, limitée à un objetprécis, conduite de manière technique par des professionnels, l'ingérence peut rester pure. Mais le temps transforme, déforme tout. Du silence de la Croix-Rouge face aux camps de concentration hitlériens à l'imbroglio yougoslave, l'action humanitaire n'est pas au-dessus des données politiques. Elle est, elle aussi un enjeu de multiples protagonistes (victimes, autorités locales, forces de...
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