La représentation de la mort au xviii eme siècle, commentaire

Pages: 14 (3495 mots) Publié le: 14 février 2012
INTRODUCTION

La mort a-t-elle changé ? Cette question peut sembler à première vue surprenante, car quand on y réfléchit, la mort ne change jamais vraiment : quotidienne mais semblant toujours lointaine, aléatoire mais pourtant certaine, universelle mais toujours unique, Ionesco écrit dans Le roi se meurt (en 1962) « Chacun de nous est le premier à mourir ». Cependant ce qui change, ce sont lespersonnes qu’elle touche, les formes qu’elle prend, la place qu’elle tient dans la société et les représentations que nous nous en faisons, et c’est bien sûr la question de l’évolution de ces représentations que nous allons étudier aujourd’hui.
Or si aujourd’hui justement la mort est un sujet tabou (Philippe Ariès parle de « mort interdite »), cela n’a pas toujours été le cas, et il est admisqu’au Moyen-Âge, la mort au contraire était un phénomène tout à fait familier. Toutefois les mentalités n’évoluèrent pas brutalement et le passage d’une vision à l’autre se fit sur plusieurs siècles.
A travers ce corpus de textes, qui contient des extraits de mémoires (comme ceux du marquis d’Argens ou de Mme de Genlis), de romans (tels que Manon Lescaut de l’Abbé Prévost ou l’Ingénu de Voltaire),de correspondances ou de journaux personnels (comme celui d’Edmond Jean François Barbier), je vous propose donc d’observer quelles étaient les différentes représentations de la mort qui pouvaient cohabiter au siècle des Lumières afin de saisir le glissement qui s’est effectué progressivement de la mort familière à la mort rejetée.
Pour y répondre nous nous intéresserons dans un premier temps à lamort-spectacle ou mort baroque, qui est une sorte de réminiscence de cette familiarité avec la mort, notamment lors du grand cérémonial, qui est toujours public. Nous tracerons ensuite un tableau assez contrasté de la mort du juste comparée à celle de l’impie. Et pour terminer, nous constaterons à travers ces textes que le XVIIIe siècle a bien été le théâtre d’un glissement progressif d’une mort« apprivoisée » (selon les termes de Philippe Ariès) à une mort si ce n’est « interdite » en tout cas rejetée hors de l’espace public.

I/ La mort baroque

1) Le grand cérémonial

Pour comprendre en quoi la mort est considérée comme familière au XVIIIe siècle, il faut tout d’abord regarder de plus près une pratique héritée du XVIIe : le grand cérémonial. En effet cette pratique, qui était engénéral destinée aux grands de ce monde, était très codifiée et avait pour objectif non seulement de consoler les vivants et de renforcer la cohésion du groupe mais aussi de magnifier l’espérance en la vie éternelle, d’où une telle ostentation.
Cela commençait par l’exposition du défunt et la veillée mortuaire autour du « lit de parade », dont il est fait allusion dans le journal de Barbier, unnotable parisien, qui chaque jour note les événements se produisant à Paris sous le règne de Louis XV, et qui évoque ici les obsèques du duc de Tresmes en Avril 1739 (l.6 à 8). Chacun pouvait alors entrer dans la maison et la chambre du mort, pour y prier ou « jeter de l’eau bénite » (l.8-9). D’ailleurs, les prêtres qui allaient administrer les derniers sacrements aux mourants étaient précédésd’une cloche, signal auquel chacun pouvait se joindre au cortège, comme dans l’extrait des Nuits de Paris de Restif de la Bretonne (l.2-3).
Cette exposition était ensuite suivie du convoi mortuaire ou « tour de ville », auxquels tous était conviés, et d’ailleurs la présence de nombreux pauvres était souvent un gage de la bonne vie pieuse et altruiste qu’avait mené le défunt.
Enfin, on arrivait àl’église, où là encore le faste était de mise. Cette gravure de Cochin, dessinateur assez connu à l’époque, en est une bonne illustration : elle représente les funérailles de Philippe d’Espagne à Notre-Dame de Paris le 15 Décembre 1746 et on peut remarquer que toute l’église est recouverte de tentures sombres, probablement du noir. En effet le noir était la couleur des nobles ou des notables,...
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