La science politique et l’étude des partis politiques

Pages: 27 (6689 mots) Publié le: 28 avril 2012
Paru dans Cahiers Français, « Découverte de la science politique », n°276, mai-juin 1996, p. 51-59.

La science politique et l’étude des partis politiques
L’analyse réaliste des partis politiques, qui part de l’observation concrète des pratiques partisanes plutôt que de ce que les partis devraient être ou des fonctions qu’ils sont censés remplir, n’a pas attendu l’émergence institutionnelle dela science politique. Elle est concomitante du développement, entre la seconde moitié du XIXe siècle et les vingt premières années du XXe siècle, de la démocratie de masse, période durant laquelle les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, puis l’Allemagne, la Belgique, et enfin la France et l’Italie voient apparaître des organisations durables, de caractère fédéral ou confédéral, dont le but affichéest la conquête pacifique, via les élections, des postes de pouvoir politique. Dès le début de ce siècle en effet, Moisei Ostrogorski, Roberto Michels et Max Weber1 définissent les contours de ce qui deviendra, après la Seconde guerre mondiale, un des terrains de prédilection de la science politique. Ces trois auteurs, qui sont les premiers à aborder de front le problème de l’organisation concrètede la démocratie de masse, se caractérisent d’abord, au-delà de leurs différences, par le refus d’adopter le point de vue normatif prédominant jusqu’alors, lequel considère l’existence des partis comme contradictoire avec le principe de la volonté générale et avec la nécessaire unité de la nation. Tous les trois partagent l’idée, pour reprendre la formulation de Weber, que «ces nouvelles formationssont des enfants [...] du suffrage universel, de la nécessité de recruter et d’organiser les masses» (p. 154). Michels va même plus loin en voyant les partis comme un moyen d’émancipation politique des «faibles» : «la démocratie ne se conçoit pas sans organisation, écrit-il. L’organisation est, entre les mains des faibles, une arme de lutte contre les forts» (p. 25). Cette commune perspectiveamène Ostrogorski, Weber et Michels à dépasser un angle purement descriptif et à s’attacher avant tout au parti comme forme organisationnelle et non comme expression d’une doctrine ou d’intérêts sociaux. Si aucun ne réduit le parti à un type unique, tous considèrent en effet que les partis politiques modernes sont voués à se professionnaliser et à se bureaucratiser et, partant, à s’autonomiser parrapport à leur base sociale. Qu’il s’agisse d’Ostrogorski qui, en se fondant sur l’exemple américain, annonce le triomphe des machines partisanes sur les élus devenus les «phonographe(s) du caucus» ; de Michels qui, en s’appuyant sur le cas du parti social-démocrate allemand (SPD), dénonce le règne de l’oligarchie des permanents et des dirigeants préoccupés uniquement de préserver leurs privilèges ;ou enfin de Weber, pour qui les partis de clientèles associés au suffrage censitaire et à la phase d’apprentissage du suffrage universel et au règne des notables, sont condamnés à être remplacés par des bureaucraties conduites par des entrepreneurs charismatiques, tous constituent «le» parti comme un objet scientifique clairement distinct de son environnement social. Pour autant les préoccupationsnormatives ne sont pas étrangères à ces auteurs. Le regard porté sur les organisations partisanes reste très critique, notamment chez Ostrogorski et Michels, qui considèrent que les dirigeants des
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La bibliographie concernant les ouvrages et articles de référence se trouve en fin d’article. Les pages entre parenthèses correspondent aux éditions citées.

Paru dans Cahiers Français, «Découverte de la science politique », n°276, mai-juin 1996, p. 51-59.

partis modernes tendent à privilégier leurs propres intérêts au détriment de ceux de leurs adhérents ou de leurs électeurs. Cette articulation entre une analyse réaliste de l’organisation des partis et une réflexion sur leur fonction restera en arrière-plan de nombreuses études postérieures. En effet, c’est à peine forcer le...
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