Le comique et le tragique chez don juan

Pages: 18 (4355 mots) Publié le: 1 février 2011
Molière, malgré des débuts difficiles, n’abandonnera jamais son objectif de devenir auteur. Il ne perdra pas espoir et persévèrera jusqu’à être considéré, bien des années plus tard, comme l’âme de la Comédie Française. Il s’illustre dans la farce pour le roi Louis XIV ; ce dernier lui commandera par la suite toutes ses comédies. Aussi la dramaturgie Moliéresque est-elle caractérisée par uneplongée bouffonne dans le rire gras, souvent scatologique. Molière est reconnu comme un grand auteur du classicisme, qui prône le retour à la raison, l’harmonie, l’imitation des anciens. Il écrit Dom Juan en 1665, pièce dans laquelle il s’attaque à la médecine, la tyrannie des pères, la religion, sous des traits comiques qui engendrent le rire, par l’intermédiaire d’un personnage qui trouve dans lesdéfis et les obstacles une raison d’exister et de se sentir vivant. Antoine Adams, dans Histoire de la littérature au dix-septième siècle, tome trois, juge la pièce Dom Juan de façon très catégorique : ainsi, le premier acte se développerait dans une teinte de gaieté et de jeunesse. Le deuxième serait une arlequinade, la vivacité, l’agitation même le domineraient. La teinte du troisième serait à sontour différente : la demi obscurité d’un sous bois, des cavaliers, le mendiant. On rit encore, mais le rire aurait un son nouveau. On sentirait des dangers qui rôdent, du satanisme, un ricanement. Le quatrième, qui se place dans le palais de Don Juan, serait éclairé d’une autre lumière, où le visage du libertin s’éclairerait de reflets rouges. Alors, tout se mêlerait de bouffonnerie, mais elles’inscrirait sous un fond d’ironie sèche qui ne serait plus du tout celui des premiers actes. Le cinquième ferait à peine rire : Don Juan hypocrite, le spectre, le coup de foudre final. On oublierait la farce si Sganarelle ne se chargeait pas de nous rappeler que tout cela n’est que pour rire et que nous avons assisté à une parodie. Ainsi Antoine Adams a-t-il un jugement très explicite de la pièce,presque sans nuance. Il affirme qu’elle joue sur une montée en puissance du tragique au fil des scènes, à partir de l’acte trois. Appuyé sur la lecture de cette œuvre de Molière et sur sa mise en scène par D. Mesguich, nous pouvons alors considérer et moduler ces affirmations, en développant un premier axe sur la véracité de celles-ci et un deuxième discutant leurs limites, car parfois le comique secachait sous le tragique et vice-versa.

La scène d’exposition de l’acte un se veut déterminante de la tonalité des premiers actes, en présentant la personnalité et les idées du héros. La première scène met en jeu Sganarelle et Gusman, dans un dialogue critiquant ouvertement Don Juan. La pièce de Molière fait ressortir le côté lâche des valets craignant leur maître et ses représailles mais lecritiquant quand même. Dans un monologue effréné contre l’infidélité de Don Juan, Sganarelle va jusqu’à le traiter « d’épouseur à toutes mains », d’impie, de débauché. Le lecteur rit alors, car Sganarelle se renferme dans un rôle de bouffon apeuré et hypocrite. Comme deux enfants qui représentent le stéréotype de la lâcheté, ils sont incapables d’assumer leurs pensées et doivent se cacher pour enparler. De plus, lors de leur conversation, les valets tentent de se montrer cultivés, par des expressions qui n’ont « rien à faire là », des bouts de phrases latines comme « inter nos » qui n’ont pas de corrélation réelle avec le reste du discours. C’est une accentuation du côté bouffon de Sganarelle, qui fait rire car il se complait dans un rôle d’ « inculte cultivé ». La mise en scène de DanielMesguich fait ressortir un côté comique évident lors de cette scène. Il met en valeur la bouffonnerie des deux valets, tout d’abord par une ouverture originale qui place le spectateur dans une atmosphère de gaieté : Sganarelle se trouvant dans le public et commençant à jouer avant les « trois coups », puis leurs costumes, qui rappellent l’accoutrement d’un clown : tee-shirt rayés rouges et...
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