le feu

Pages: 9 (2057 mots) Publié le: 21 juillet 2014
DISCOURS
PRONONCÉ PAR

M. Edgar FAURE
délégué de l’Académie française
pour la célébration du

70e ANNIVERSAIRE DE LA PUBLICATION
du

« FEU » d’Henri BARBUSSE
à Aumont, le 21 juin 1986

Commémorer, ce n’est pas seulement célébrer. S’il intéresse le cœur,
l’hommage en l’occurrence intéresse aussi la mémoire avec les rigueurs
qui lui sont propres. Le Feu est senti comme un témoignagesur la guerre
de 1914 prise dans son ensemble, ou même sur toute guerre moderne. En
fait, prendre aujourd’hui la parole pour en commémorer, dans son
exactitude, le 70e anniversaire, c’est dire aussi, et de façon indissociable :
Le Feu est publié en 1916.
Ni 1915, ni 1917. S’il devait y avoir une tolérance de dates, elle
s’exercerait au profit du passé : pour publier un roman en 1916, ilfaut
l’avoir écrit en 1915, et lui reconnaître encore des racines antérieures : de
toute façon, un passé aussi proche demeurait, pour l’auteur, largement
accessible. Ce qui, en revanche, était impénétrable, surtout en temps de
guerre, c’était l’avenir. Mais il viendra, nous le verrons.
1915-1916, donc, tout d’abord. On ne comprend vraiment Le Feu que
si l’on mesure qu’il se situe en pleinmilieu de la guerre. Les premières
ferveurs et les premières illusions sont désormais dissipées. Celles qu’ont
nourries tous les Français. (Qui voudrait recenser dans ce long texte les
mots de « patrie », « France » ou « victoire » aurait bien des surprises.)
Mais aussi, plus précisément, les illusions qu’a nourries cette nuance de
l’échiquier politique dont nous avons perdu jusqu’au sentiment, lavieille
gauche militariste qui a déjà animé 1793 aussi bien que 1871 : cette gauche
nourrissait la conviction d’une victoire rapide, l’ambition d’une « guerre
sociale », qui devait instaurer l’égalité, celle aussi d’une guerre définitive,
qui devait tuer la guerre. Tout cela a fait place dans les faits à un
enlisement secoué convulsivement d’offensives ruineuses et inutiles. Ce
livre quiemprunte à son principal chapitre son titre,

-2Le Feu, devrait plutôt s’appeler L’Eau. La pluie, la boue, en voilà le
véritable « milieu ». Relisons seulement le début du dernier chapitre et
cette formule où se déroule en fait aussi la chronologie même des années
1914 à 1916 :
« À une époque, je croyais que le pire enfer de la guerre ce sont les
flammes des obus, puis j’ai pensé longtempsque c’était l’étouffement des
souterrains qui se rétrécissent éternellement sur nous. Mais non, l’enfer
c’est l’eau. »
Belle succession des éléments ! Bachelard aurait dit : « Après le feu, la
terre ; après la terre, l’eau ». Ce n’est pas amoindrir cette œuvre que de
s’abandonner à l’impression qu’elle laisse dans l’esprit et dans le cœur :
une étendue plate pénétrée de pluie. Étrangemimétisme : le texte est à
l’image du pays des tranchées ; il est, substantiellement, 1915-1916. Après
la guerre de mouvement, l’enlisement.
Or, la boue, c’est l’égalité ; et, de fait, Le Feu, c’est l’égalité boueuse.
Qu’on en juge. Dès le premier chapitre, au moment de présenter
l’escouade, la diversité se fond en son contraire, l’indifférenciation à force
d’être divers, on est pareil.
« Nos âges? Nous avons tous les âges. Notre régiment est un régiment
de réserve que des renforts successifs ont renouvelé en partie avec de
l’active, en partie avec de la territoriale. Côte à côte, trois générations. (... )
« Nos races ? Nous sommes toutes les races » (c’est-à-dire, selon le
contexte, nous sommes venus des diverses provinces de France).
« Nos métiers ? Un peu de tout, dans le tas Pasde profession libérale
parmi ceux qui m’entourent. »
Sinon, sans doute, dira-t-on, celui-là même qu’ils entourent, l’écrivain,
directeur littéraire aux publications Hachette ? Même pas : « Ici, rien de
tout cela. Nous sommes des soldats combattants, nous autres, et il n’y a
presque pas d’intellectuels, d’artistes ou de riches qui, pendant cette
guerre, auront risqué leurs figures aux...
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