Lettre d'ici de jean tardieu

Pages: 6 (1431 mots) Publié le: 10 octobre 2012
Jean Tardieu (1903-1995) était fils d’un peintre et d’une harpiste, c’est sans
doute ce qui explique une oeuvre à nombreuses facettes. Le recueil d’où est tiré LETTRE
D’ICI s’intitule UNE VOIX SANS PERSONNE et fut mis en scène (en voix off, sans
personnages du tout) au théâtre de la Huchette, ce temple du théâtre de « l’absurde » des
années cinquante. Cependant, en contradiction apparenteavec le titre du recueil et le
pessimisme qui marque les productions littéraires de cette époque, la LETTRE D’ICI n’est-
elle pas une interrogation lancinante, sur l’importance du poète et sur la résonance et
l’importance de sa « voix » parmi les hommes?
> Il convient en une première approche, à travers les mises en scènes ambiguës
d’accompagner l’auteur dans son approche de l’absurditéde l’existence. Il est possible,
ensuite, d’analyser la tentation du recours à des formes de lyrisme qui auraient pu
constituer un expédient pour dépasser cette situation mais qui auraient aussi conduit le
poète vers l’isolement, la solitude. Enfin on peut étudier comment, au contraire, se
réalisent d’une part la solidarité humaine du poète et d’autre part le surgissement des
images, desallégories qui se construisent en véritables objet esthétiques, comme en
surimpression de la voix du poète.
(SAUTER UNE LIGNE)
LAISSER UN ESPACE) Le poème est jalonné par une série d’ambiguïtés particulièrement
déconcertantes pour le lecteur, comme si l’auteur se plaçait dans toutes sortes de marges
pour dire ce qu'habituellement on ne peut ni voir ni nommer, pour nous faire appréhenderla dimension « absurde » de notre existence.
Dès le titre du poème l’auteur, en choisissant la lettre plutôt que le dialogue pour
s’adresser à ceux auprès de qui il se trouve « ici », instaure « un ailleurs » qui n’est
pas géographique mais ressenti et subjectif, poétique et existentiel. Cette "étrangéité"
se confirme dans une certaine dualité, alors même qu’il a « un nom » qu’il est « làparmi
» ses semblables, qu’il est identifiable il est dépossédé de son identité, de sa
subjectivité par la personnification successive de ses « souliers » qui « vont sur le
goudron », de sa « bouche » qui « parle », de ses « ses yeux » qui « voient » de ses «
mains qui « travaillent ». Tout se passe comme si au lieu d’agir il était agit, activé,
comme si le choix de son existence luiéchappait dans une certaine mécanique, une
certaine fatalité contre laquelle il se trouverait sans recours possible. Les ambiguïtés
liées au choix de la lettre comme mode d’expression et à une situation d’énonciation
particulière déconcertent le lecteur mais lui permettent de mieux approcher les dualités
qui soulignent l’aspect absurde de l’existence car le poète prend soin de le signaler àdeux reprises, il est conscient de cette dépossession quand il utilise et reprend
quelques vers plus bas, le verbe ignorer.
Cette conscience est pour l’auteur une des dimensions absurdes de la vie caractérisée par
la fatalité de la mort qui en constitue une borne finale, inéluctable. Tout comme il nous
dit à deux reprises qu’il n’est pas dupe de son sort il utilise à deux reprises le mot «mince » pour qualifier la précarité de l’existence. « Le sol », notre vie habituelle,
serait encadrée par « deux étendues sans couleur et sans nom » qui ne sont pas nommées en
un premier temps mais qui seraient des formes de la mort (ou bien de la mort et peut-être
du néant qui précède la vie). Un peu plus bas dans le poème « le sol » cède la place à «
la peau » caractérisée par le mêmeadjectif mais encore plus fragile, plus sensible plus
proche du poète. Et cette proximité l’aide à nommer « la mort ».
La conscience de cette borne est intériorisée et le poète semble accepter un univers
borné et limité. Il est « celui qui ne regarde pas plus haut que les toits » comme si le
ciel lui était interdit, pas « plus loin que l’horizon parallèle des rues » comme s’il
était...
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