philosophie

Pages: 20 (4861 mots) Publié le: 6 janvier 2014
" Je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose; et remarquant que cette vérité : je pense, donc je suis, était si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques ne pouvaient l 'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir sans scrupule pour le premier principede la philosophie que je cherchais.


Puis, examinant avec attention ce que j'étais, et voyant que je pouvais feindre que je n'avais aucun corps et qu'il n'y avait aucun monde ni aucun lieu où je fusse, mais que je ne pouvais pas feindre pour cela que je n'étais point, et qu'au contraire, de cela même que je pensais à douter de la vérité des autres choses, il suivait très évidemmentet très certainement que j'étais, au lieu que, si j'eusse seulement cessé de penser, encore que tout le reste de ce que j'avais jamais imaginé eût été vrai, je n'avais aucune raison de croire que j'eusse été, je connus de là que j'étais une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, et qui pour être n'a besoin d'aucun lieu ni ne dépend d'aucune chose matérielle; en sorte quece moi, c'est-à-dire l'âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement distincte du corps, et même qu'elle est plus aisée à connaître que lui, et qu'encore il ne fût point, elle ne laisserait pas d'être tout ce qu'elle est "

Descartes, Discours de la méthode, IVe partie



I. Introduction


Ce texte de Descartes a pour thème le cogito,c'est-à-dire la conscience de soi-même du sujet pensant, et constitue un moment essentiel du Discours de la méthode (1). Dans cet ouvrage, l'auteur cherche à fonder une vérité indubitable qui résiste aux assauts des sceptiques, auxquels il s'oppose, et qui puisse servir de fondement à la connaissance. Il entreprend, pour ce faire, d'utiliser l'arme des sceptiques – le doute – et de remettre en question latotalité des choses. Or, y a-t-il une vérité qui apparaisse au sein du doute ? Si le doute est nécessaire pour parvenir à des certitudes, puis-je toutefois aller jusqu'à douter de ma propre pensée et existence ? (2)


Descartes montre ainsi qu'au coeur même du doute s'affirme la réalité de la pensée et de l'être, de sorte que la conscience de soi constitue la première descertitudes. Chaque fois, en effet, que l'on remet tout en question, ici et maintenant, on affirme en même temps la réalité de sa pensée et la certitude de son être. La pensée consciente d'elle-même est alors ce qui définit le moi. (3)


Or, pourquoi l'affirmation " Je pense, donc je suis " résiste-t-elle au doute ? De quel être d'ailleurs affirme-t-elle l'existence ? Quel est,en somme, le " je " du " je suis " ? S'agit-il d'une pure expérience, de la conclusion d'un raisonnement ou d'autre chose encore ? C'est autour de ces questions essentielles que notre réflexion sur le texte va s'organiser, ce qui, du coup, nous permettra de montrer que c'est bel et bien la définition du sujet par la pensée et la conscience qui pose problème dans ce texte et, avec elle, l'idée mêmede sujet à laquelle se réfère toute notre tradition occidentale. (4)


Le texte se déploie en deux paragraphes. Le premier établit que le " Je pense " est une vérité première et le fondement de la philosophie (" Mais...cherchais "). Le deuxième examine la nature de la pensée et du sujet pensant : l'âme est une substance distincte du corps (" Puis...ce qu'elle est "). (5)II. Etude ordonnée (partie explicative) (6)

Dans le premier mouvement du texte, c'est-à-dire dans le premier paragraphe, Descartes découvre, au sein du doute, une première vérité : la réalité indubitable de la pensée et de l'être. (7) Il aboutit à cette conclusion à partir d'un constat que chacun peut reprendre à son compte : je peux certes douter de tout, mais,...
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