Theatre de la cruaute

Pages: 11 (2539 mots) Publié le: 27 février 2011
L’EMERGENCE DE LA NOTION DE « THEATRE DE LA CRUAUTE » DANS LE THEATRE ET SON DOUBLE (ANTONIN ARTAUD)

Le substantif « cruor », en latin, désigne le sang rouge, le sang qui coule. L’adjectif « crudelis » s’emploie pour caractériser celui qui aime à faire couler le sang. Quand on lit une telle expression « théâtre de la cruauté », on peut penser qu’il y sera question de théâtre sanglant, àl’image de certains films de cinéma ; ou si l’on préfère rester dans le domaine de la scène, du « grand guignol » - ce théâtre populaire qu’affectionnait A. Breton (il en parle dans Nadja), et qui mêlait volontiers mélodrame et violence.

Pourtant, cette notion est complexe. C’est A. Artaud, poète, acteur, dramaturge, théoricien éminent, qui, dans Le théâtre et son double, a décrit, expliqué, cequ’était, à ses yeux, un tel théâtre. Dans sa Lettre sur la cruauté (1932), dans Le théâtre et la cruauté (1933) et les deux manifestes de 1933 portant le titre de Le théâtre de la cruauté, il a, en effet, exposé ses idées originales pour une renaissance de cet art. Néanmoins, tout Le théâtre et son double témoigne de cette nouvelle vision du théâtre et l’on s’aperçoit que l’expression « théâtre de lacruauté » s’avère être un pléonasme, dans la mesure où, pour Artaud, le théâtre n’est pas possible sans un élément de cruauté. Théâtre et cruauté sont intrinsèquement liés.

Certes, Artaud doit à Gaston Baty, metteur en scène et théoricien lui aussi, l’idée de refuser, sur la scène, la primauté du texte, caractéristique du théâtre occidental depuis l’Antiquité grecque. Le russe Meyerhold a soutenuavant lui que le théâtre était avant tout un spectacle, dans lequel tout ce qui s’adresse aux sens – spécialement le geste et la danse – devait être utilisé pour exprimer la vision du monde de l’auteur et du metteur en scène – étant entendu qu’il y aurait intérêt à ce qu’il s’agît du même homme. Mais Artaud a été, cependant, le premier à rompre violemment avec le théâtre d’inspiration réaliste alorsdominant (il reproche même trop de réalisme à Charles Dullin), et, surtout, à théoriser des idées qui étaient dans l’air, mais dont il s’est emparé pour les insérer dans une perspective qui lui était propre.

Il était, on le sait, atteint de psychose (surnommé par lui-même « Artaud le Momo »). Tant bien que mal, il a pu cependant mener une vie sociale. Dans les milieux de la littérature, il aété l’ami de Jacques Rivière, de Jean Paulhan, et d’André Gide, et il a fréquenté le groupe des surréalistes jusqu’à ce que l’engagement politique à l’extrême gauche des plus importants d’entre eux provoque une rupture violente. Dans ceux du théâtre et du cinéma, ses relations ont été nombreuses (il a tourné, en particulier, avec Abel Gance). Mais, à partir de 1937, après son retour d’Irlande, il apresque constamment été interné, jusqu’à sa mort, survenue en 1948. Au début de cet internement, il a réuni des textes déjà publiés dans des revues, en a rédigé quelques autres, pour en faire Le théâtre et son double.

Sa perspective personnelle semble être celle d’un homme qui a vécu très difficilement, qui a toujours été hanté par l’angoisse de ne plus parvenir à penser et à dire. De ce fait,la création littéraire a sans doute eu pour lui une double fonction : d’une part, lui permettre de totaliser ses propres contradictions (entre raison et délire, notamment) et, en les enserrant dans un tout organisé, de conférer à son être une certaine cohérence ; d’autre part, servir à conjurer la peur, toujours présente en lui, de l’anéantissement dans la folie sans retour.

Dans Le théâtre etson double, il se montre très conscient de l’ambiguïté de cette notion de « théâtre de la cruauté » : « (…) Cruauté, quand j’ai prononcé ce mot, a tout de suite voulu dire « sang » pour tout le monde (…) ». Et il est vrai que le répertoire qu’il imagine pour un théâtre selon ses vœux peut paraître inquiétant : Barbe bleue, La prise de Jérusalem, les Contes du Marquis de Sade… En outre, la...
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