toi et moi

Pages: 18 (4448 mots) Publié le: 14 janvier 2014
Série Santé de la reproduction, fécondité et développement
Document de recherche n°7

L’AVORTEMENT PROVOQUÉ EN AFRIQUE :
UN PROBLÈME MAL CONNU, LOURD DE
CONSÉQUENCES

Agnès Guillaume

Guillaume Agnès, démographe à l’IRD
Équipe de recherche Population-Santé,
Laboratoire Population-Environnement-Développement,
Unité Mixte de Recherche IRD-Université de Provence 151.
CePeD(http://ceped.cirad.fr)
Campus du Jardin Tropical de Paris
45 bis Avenue de la Belle Gabrielle - 94736 Nogent / Marne
Tel. +33 (0)1 43 94 72 93
guillaume@ceped.cirad.fr

© Laboratoire Population-Environnement-Développement
Unité de mixte de recherche IRD - Université de Provence 151.
2005

Centre St Charles, case 10
3, place Victor Hugo
13331 Marseille Cedex 3, France
Septembre 2005

Cettecommunication a été présentée à la Chaire Quételet 2004 : Santé de
la reproduction au Nord et au Sud. De la connaissance à l’action, 17-20 novembre 2004, Institut de démographie, UCL, Louvain-la-Neuve, Belgique.
A paraître dans les Actes de la Chaire Quételet 2004.

I. Introduction
L’avortement est une méthode ancienne de régulation de la fécondité qui existait et était
utilisé bien avantl’apparition des méthodes de contraception (McLaren A., 1990). Il se
pratique dans tous les pays, mais les avortements à risque (unsafe abortion) c’est-à-dire faits
dans des conditions d’hygiène et de sécurité insuffisantes, surviennent essentiellement dans
les pays en développement où se produisent 97% des 19 millions d’avortements à risque
pratiqués dans le monde (WHO, 2004). Dans ces pays, lesconditions d’accès à l’avortement
sont très restreintes et on estime que 99% des avortements sont faits illégalement en Afrique,
95% en Amérique Latine et 37% en Asie. Cette illégalité a pour effets des pratiques
clandestines, effectuées dans un environnement sanitaire inadéquat et par des personnes
insuffisamment ou non qualifiées, dont les conséquences posent un véritable problème de
santépublique.
Le recours à l’avortement reflète l’importance des grossesses non prévues : l’Institut
Guttmacher (1999) estime que dans les pays en développement parmi les 182 millions de
grossesses qui surviennent chaque année, 36% ne sont pas prévues et environ 20% se
terminent par un avortement ; en Afrique c’est autour de 30 % des 40 millions de grossesses
qui ne sont pas prévues et 12 % qui sontinterrompues par un avortement. Ce recours à
l’avortement pose également la question de l’accès à la planification familiale : en effet, si ces
programmes ont contribué à une plus grande utilisation de la contraception, ils n’ont pas
toujours eu l’effet escompté d’une réduction voire d’une disparition du recours à
l’avortement. En France, par exemple, malgré une pratique contraceptive forte,on estime que
200 000 avortements se produisent chaque année. Dans les périodes de transition de la
fécondité, et quand l’offre contraceptive ne peut satisfaire la demande des populations,
l’avortement intervient comme mode de régulation de la fécondité ; il peut également se
produire suite à l’échec d’une contraception. La fécondité est entrée dans certains pays
africains dans une phase detransition dont le rythme, l’intensité et les déterminants sont
variables ; la prévalence des méthodes modernes de contraception varie de 3% en Afrique
Centrale, à 8% en Afrique de l’ouest, 15 % en Afrique de l’est et 50% en Afrique du Sud.
Dans ces pays où la fécondité a diminué malgré une pratique contraceptive faible, et où les
femmes expriment un besoin de réguler leur fécondité, le rôle del’avortement est souligné
comme l’un des facteurs de cette évolution sans pouvoir toujours en mesurer l’importance
réelle : une étude en Côte d’Ivoire a mis en évidence, (en utilisant le modèle de Bongaarts)
que la contraception et l’avortement ont un poids sensiblement égal dans la réduction de la
fécondité dans la ville d’Abidjan (Guillaume, 2003).
Le recours à l’avortement ne se...
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