Turgot : le libéral acceptable par la gauche ? (extraits)

Pages: 5 (1184 mots) Publié le: 28 avril 2010
Anne-Robert Turgot, baron de Launes, fut ministre des Finances de Louis XVI - on disait contrôleur général des Finances- de 1774, année de l'accession au trône de LouisXVI, à 1776, année où il fut renvoyé par le roi. Deux ans seulement, mais qui marquèrent profondément la France. C'est que l'ancien intendant du Limousin avait entrepris de moderniser la société française, en mettant à bas unepartie des anciennes règles féodales qui la paralysaient: c'est sous son impulsion que furent abolies les taxes intérieures qui frappaient le commerce du blé, que furent supprimés nombre d'impôts désuets, en argent ou en nature (comme les corvées) et que fut promulguée la suppression des jurandes et des communautés de métiers qui figeaient l'organisation sociale urbaine et l'évolution des techniquesindustrielles.



On l'a compris, c'était un libéral. Bien qu'il ne soit pas l'auteur de la fameuse maxime "Laissez faire, laissez passer", lancée par son ami Vincent de Gournay, il l'a reprise à son compte: "Il est impossible que dans le commerce abandonné à lui-même", écrit-il dans son Eloge de Vincent de Gournay (p. 131 de la Formation...), "l'intérêt particulier ne concoure pas avecl'intérêt général", affirmation que Condorcet reprend à son compte sous une forme quasiment identique: "Dans toutes les classes de la société, l'intérêt particulier de chacun tend naturellement à se confondre avec l'intérêt commun" (p. 150 de La Vie...). La formule est moins brillante que celle de "la main invisible" d'Adam Smith (qui ne publiera La richesse des nations qu'en 1776, alors que L'Elogedate de 1759). Et Condorcet écrit, résumant le texte de quatre des sept lettres que l'Intendant du Limousin avait envoyées en 1770 à son prédécesseur au Contrôle général des Finances lors d'une disette qui frappait alors le Limousin (3): "Il montre enfin que la liberté du commerce des grains est également utile aux propriétaires, aux cultivateurs, aux consommateurs, aux salariés; que plus unedenrée est nécessaire, plus son commerce doit être libre (...). Il rassure contre la crainte des effets d'une liberté absolue, en faisant voir que les désordres, les troubles, les séditions, la famine, sont l'ouvrage de ces mêmes lois établies pour les prévenir." Condorcet, synthétisant le système de Turgot (le mot est de lui), le décrit ainsi: "Un commerce libre, une industrie sans entraves, un impôtlevé directement sur les terres, des lois civiles simples, des lois criminelles humaines et justes" (p. 161).

L'affaire paraît entendue, Turgot était un économiste libéral, précurseur d'Adam Smith. Erreur, nous dit Francisco Vergara: libéral, sans doute, mais précurseur d'Adam Smith, certainement pas. Car, s'ils partagent (pas toujours, on le verra) parfois les mêmes thèses, leur systèmeexplicatif n'a rien à voir. L'économiste écossais se réclame de l'utilitarisme, le Français du droit naturel. Dans le premier cas, est souhaitable ce qui produit du bonheur pour la société (traduisons: croissance, production, etc.); dans le deuxième, est légitime ce qui est conforme aux exigences des Droits de l'homme (traduisons: justice, liberté, etc.). Le libéralisme d'Adam Smith est affaired'efficacité: il croit aux vertus du marché et estime ses mécanismes plus performants que les autres règles sociales auxquelles il tend à se substituer. Celui de Turgot est affaire de morale: une société ne peut s'appuyer sur des règles contraires à la justice, elle doit donner à chacun des possibilités égales. Et Francisco Vergara de signaler que Condorcet, qui partageait largement le point de vue deTurgot, utilise cent quatre fois le mot "justice" dans son Eloge. C'est effectivement beaucoup.

Mais ce n'est pas tout. Car, fort justement Francisco Vergara, dans son introduction au livre de Condorcet, souligne que le libéralisme de Turgot (et, ajoute-t-il dans Les fondements..., celui de Smith) ne signifie pas refus de l'intervention publique: cette dernière est légitime dès lors qu'elle...
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