« C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux le pourquoi qu’on est là […]. ils ont toujours la

Pages: 12 (2782 mots) Publié le: 4 mai 2011
« C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux le pourquoi qu’on est là […]. Ils ont toujours la conscience tranquille. »
Céline, Voyage au bout de la nuit, p.199

C’est en 1932 que Céline publie son premier roman : Voyage au bout de la nuit. Cet ouvrage, largement inspiréde son expérience personnelle, se présente sous la forme d’une quête métaphysique au cours de laquelle Bardamu, le protagoniste ou l’alter ego de Céline, traumatisé à la suite de la première guerre mondiale, va explorer les abysses horrifiques de la condition humaine. Force est de constater l’aspect nihiliste qui se développera chez le personnage principal tout au long du roman, qui se termined’ailleurs par un discours que l’on pourrait qualifier de nietzschéen.
A travers cette énoncé, Céline (alias Bardamu) déplore le désintérêt que porte l’homme au sens de la vie, lui qui accepte docilement sa réalité quelle qu’elle soit sans y faire face, préférant trouver refuge dans les habitudes de la vie quotidienne, dans le divertissement ou dans les valeurs instaurées par la doxa. Ainsi,l’humanité évoluerait en toute quiétude dans un monde d’illusions confortables et fermerait les yeux devant la sombre réalité de son sort, hormis quelques rares exceptions qui, comme Bardamu parfois, tentent se débarrasser des idéaux afin de l’affronter, de la vivre. Céline exprime par ailleurs un certain mépris, un dégoût envers la nature humaine. On peut déceler le ton accusateur qu’il emploie dans cettephrase : « Ils ont toujours la conscience tranquille », ce qui nous amène à nous questionner sur la manière d’appréhender notre existence. Aussi, il serait judicieux d’éclaircir et de nuancer cette notion de réalité, de « choses qui vont comme elles veulent » propre à l’époque de Bardamu/Céline, de même que de préciser à quel genre d’individus il appartient : les « lâches » qui se voilent la faceou les « courageux » qui s’engagent jusqu’au bout de la nuit ?

« Notre vie est un voyage », première phrase de la Chanson des Gardes Suisses, est inscrite dans le para texte au début du roman. Pour Bardamu, c’est un voyage initiatique. Tout commence lors de la première guerre mondiale, à laquelle Céline participe. Il témoignera à travers Bardamu de son dépucelage de l’Horreur (p.14 « on estpuceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté […]») et de l’absurdité du combat. Cette première étape marquera pour Céline le début de sa prise de conscience de l’asservissement (cruel) des hommes par les hommes. C’est la réalité de son époque, et peut-être bien encore de la nôtre, dont il nous fait part dans Voyage au bout de la nuit. Une fois que Bardamu a touché au « fruit défendu » (le fruitde la connaissance de la misère et de l’immondice humaine), il ne peut plus s’en défaire et de plus, sa curiosité en est tout d’un coup stimulée. En effet, de retour du front, alors qu’il essaie tant bien que mal de guérir du traumatisme causé par la guerre, il découvre les multiples facettes du côté obscur de l’humanité. En commençant par tous les profits que tire la société de la guerre, puisl’exploitation coloniale en Afrique suivie de l’exploitation capitaliste dans les usines de Détroit aux Etats-Unis, pour finir dans une misérable banlieue parisienne. Partout les hommes sont les mêmes : il y a les riches qui ont le pouvoir et les pauvres ; les premiers vivant sur le dos des seconds, qui sont dociles et ne rechignent pas : des « miteux ». Prenons comme exemple le général des Entrayes(p.37) qui envoie tant de soldats à la mort, soldats qui sont du reste comparés au cas du « mouton » agonisant dans le pré et qui broute encore (p.36). Ou alors l’Afrique où « la nègrerie pue sa misère, ses vanités interminables, ses résignations immondes ; en somme tout comme les pauvres de chez nous […]. » (p.142) et l’oppression du miteux par le nanti (le patron, le riche) en Europe,...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • L'homme croit ce qu'il voit
  • Car c'est bien de valeur extrinsèque qu'il s'agit
  • « Ce n’est pas toi qui l’impressionnes, c’est seulement que tu as une arme entre les mains et qu’on voit bien que tu ne...
  • Ce qu'on apprend au milieu des fléaux, c'est qu'il y a chez l'homme plus de choses à admirer qu'à mépriser
  • Déchets ce qu'il nous reste à comprendre
  • C'est toujours ce qu'il y a de plus inepte qui rencontre le plus d'admirateurs. érasme
  • Philo, chacun voit les choses à sa façon
  • Gens de bien

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !