Aman

par

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Pierre Matthieu

Pierre
Matthieu – on rencontre aussi l’orthographe Mathieu – est un écrivain français
né à Pesmes (Franche-Comté) en 1563 et mort à Toulouse en 1621. Enfant prodige,
avocat, poète, dramaturge, ligueur et historiographe du roi, Pierre Matthieu a
une vie et une œuvre riche et variée qui se confondent avec l’histoire de la
France.

Pierre
Matthieu est issu d’un milieu éduqué mais pauvre – son père est « recteur
et principal » des écoles, profession qui lui rapporte peu. À partir de
1567 le jeune Pierre passe son enfance à Porrentruy (canton du Jura, Suisse).
Il étudie chez les jésuites chez lesquels il apprend notamment les langues
anciennes. À quatorze ans, il se voit attribuer un bénéfice à l’église de la
ville, et peut par là continuer ses études. Il aurait écrit sa célèbre tragédie
Clytemnestre l’année d’après,
toujours adolescent donc.

En 1580,
Pierre Matthieu devient régent des études au collège de Vercel (Franche-Comté,
aujourd’hui Doubs) – ville stratégique sur la route des troupes espagnoles vers
les Pays-Bas – qu’a fondé son père et où il l’assiste. L’éditeur et écrivain
jurassien Xavier Kohler considère que Vercel est le « berceau
poétique » de Pierre Matthieu.

Alors
qu’il a vingt ans, en 1583, sa tragédie Esther
est représentée dans cette ville par les élèves du collège ; elle sera
éditée à Lyon deux ans plus tard. Sa Pastorale
à Messieurs de Vercel
, de la même période, laisse envisager un renoncement
à la poésie : « Je veux suivre plutost l’argentueux Galien / Ou le
doré parquet du bruit Bartholien » – Galien étant un des pères de la
pharmacie au IIème siècle ap. J.-C., et Bartole un jurisconsulte italien du
XIVème. Après avoir ainsi hésité avec la médecine, Pierre Matthieu part finalement
étudier le droit à Paris en 1585 et soutient sa thèse in utroque jure, c’est-à-dire à la fois en droit civil et en droit
canon, l’année d’après à l’université de Valence (Dauphiné).

En 1587
on le retrouve avocat au Présidial de Lyon, où il édite notamment des
constitutions papales qu’il annote. L’année d’après il fait imprimer sa thèse, Lectio de iudicum in ferendis sententiis
uero et necessario officio
, dans la préface de laquelle il analyse les
troubles qui depuis la Réforme agitent l’Église. Dans ce contexte, il prend
parti pour la Ligue, qui défend la religion catholique contre le
protestantisme. Elle parvient en mai de cette année-là à faire fuir le roi
Henri III, qui quitte la capitale pour Chartres. Pierre Matthieu lui dédie ses Stances sur l’heureuse publication de la
Paix et Saincte Union
, et y développe le programme politique des Guise.
Henri III y est présenté tel un « second Josias », en référence à ce
roi biblique du VIIème siècle av. J.-C. ayant lutté contre les cultes païens.

Au début
de l’année suivante, en 1589, Pierre Matthieu lit son oraison funèbre du duc de
Guise à l’église des Pénitents, celui-ci ayant été assassiné quelques semaines
auparavant, texte où le poète reprend les grands thèmes politiques des
adversaires de la Ligue, et qui sera imprimé.

Pierre
Matthieu publie cette année-là quatre de ses tragédies. Clytemnestre s’inscrit dans la légende des Atrides et forme une
trilogie avec Vashti – qui raconte la
disgrâce du personnage éponyme et se voit prétexte à un éloge d’Henri III – et Aman. Cette dernière pièce en cinq actes,
aussi nommée Aman, de la perfidie, met
en scène Mardochée, le personnage biblique du Livre d’Esther, alter ego du duc
de Guise, qui découvre à Esther, épouse du roi perse Assuere (Assuréus), le
complot des eunuques contre lui. Par la suite, Aman, conseiller du roi qui
demande l’extermination des Hébreux, est finalement condamné à mort ; son
envie et son ambition sont dénoncées par le chœur. C’est finalement Mardochée
qui devient conseiller du roi.

La Guisiade est une
autre pièce en cinq actes, qui traite cette fois sans détour de l’actualité.
Pierre Matthieu y suit la structure dramatique détaillée par Étienne Jodelle et
Robert Garnier – à qui il doit beaucoup, tout comme à Ronsard auquel il
emprunte beaucoup – et met en scène l’assassinat du duc de Guise après que le
roi Henri III eut été convaincu par le diable.

L’année
suivante il entre dans la famille du pape en épousant une de ses parentes. Ses
liens avec la Ligue le poussent à traduire et éditer en 1592 les Sermons de l’évêque d’Asti François
Panigarolle, Italien qui soutient le parti des Guise. L’année d’après, parmi
ses textes polémiques figure un Discours
véritable et sans passion
, où Pierre Matthieu juge légitime l’expulsion du
duc de Nemours, qui a notamment intrigué pour rendre son gouvernement du
Lyonnais indépendant de la Couronne, et en qui le conseil de la ville n’a plus
confiance.

En
septembre 1594, après sa prise de Paris en mars, Pierre Matthieu se rallie à
Henri IV qui entre à Lyon, accueilli par une délégation dont le poète fait
partie. Celui-ci se fait fort de tremper sa plume dans la gloire du nouveau roi
pour livrer les inscriptions de ses arcs de triomphe. Dans la relation de la
cérémonie publiée par lui l’année suivante, Henri IV, converti au catholicisme
en juillet 1593, est « celuy que Dieu, la Nature et la Loy avaient déclaré
Roy de France ».

À la mort
de l’historiographe royal Bernard de Girard du Haillan, en 1610, Pierre
Matthieu, – qui a entre autres écrits historiques publié une Histoire des derniers troubles, une Histoire de Louys XI et une Histoire de France et des choses mémorables
advenues aux provinces étrangères durant sept années de paix
–, prend sa
place auprès d’Henri IV. Mais en mai, le roi est tué par Ravaillac. Pierre
Matthieu fera donc paraître en 1611 une Histoire
de la mort déplorable de Henry IIII, Roy de France et de Navarre :
ensemble un poème, un panégyrique et un discours funèbre dressé à sa mémoire
immortelle
.

En tant
que poète, Pierre Matthieu fait paraître ses Tablettes de la vie et de la mort en 1610. Ces textes connaîtront
un grand succès auprès du peuple, jusqu’au XIXème siècle. Ils relèvent des Artes moriendi, en vogue au XVIIème
siècle ; il s’agit pour le poète
de chanter un art de vivre menant à « la bonne mort ». Leur succès
est assuré par les aspects pittoresques de cette poésie, ses maximes
opportunes, la forme populaire du quatrain choisie et des allusions aux mœurs
et aux personnages de l’époque propres à réjouir les contemporains. Molière
évoque ces textes dans Sganarelle ;
il parle des « doctes Tablettes » comme d’un « ouvrage de valeur
/ Et plein de beaux dictons à réciter par cœur. »

L’assassinat
de Concini – favori de Marie de Médicis qui faisait tomber les têtes et plaçait
les gens à la tête de l’État, se gagnant l’inimitié de Louis XIII –, le procès
et l’exécution d’Eleonora Galigaï, son épouse, en 1617, inspirent des romans à
Pierre Matthieu qui fait la même année allusion aux événements récents dans Aelius Sejanus, histoire romaine recueillie
de divers autheurs
, sous couvert de traduire les Annales de Tacite. Quant à son Histoire
des prospérités malheureuses d’une femme Cathenoise
, elle retrace la vie
d’Eleonora Galigaï tout en prétendant être une traduction d’une nouvelle de Boccace.
La Conjuration de Conchine, œuvre
publiée l’année suivante, met encore en scène Concini et expose sa cruauté et
ses manigances.

Après
avoir sans doute été évincé de la cour à l’occasion de la faveur de Concini
auprès de la régente, Pierre Matthieu y aurait repris sa place, et se trouve avec
Louis XIII en 1621 au siège de Montauban, près duquel il meurt de la peste.
Malgré la variété de son œuvre, si l’on excepte quelques pièces, elle est peu
lue et peu étudiée.

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