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Gottfried Wilhelm Leibniz

Gottfried
Wilhelm Leibniz est un philosophe, mathématicien, théologien, ingénieur,
chimiste, diplomate, historien et bibliothécaire allemand né à Leipzig en 1646
et mort à Hanovre en 1716. Son œuvre immense, très plurielle, ne peut être
réunie sous un système reposant sur des propositions premières. Elle fut son
existence durant vivante, retravaillée, enrichie, parcourue de perspectives
diverses, mais on y retrouve toujours les constantes d’une clarté et d’une
rationalité toutes leibniziennes.

Leibniz
naît dans un milieu éduqué ; son père est professeur de philosophie morale
dans une institution religieuse. Après la mort de celui-ci alors qu’il a six
ans, Leibniz se forme en autodidacte. Il apprend seul le latin et a lu entre
autres, avant ses onze ans, saint Thomas, Virgile, Horace ou Luther. Il
commence alors à apprendre le grec et s’intéresse plus particulièrement à la
logique et à la métaphysique, lit abondamment les scolastiques.

Il étudie
à quinze ans à la faculté des arts de Leipzig, où il a principalement pour
maître Thomasius, un scolastique, mais il lit néanmoins des auteurs s’opposant
à la pensée du Moyen Âge, entre autres Bacon, Descartes et Campanella. Il
devient bachelier ès arts à dix-sept ans avec une Dissertatio de principio indiuidi, où il affirme déjà que c’est
l’entière entité, ou essence de la chose, qui constitue l’individualité. Tout
sa vie il se demandera ce qui distingue les êtres vivants des entités logiques
et mathématiques invariables.

Suivant
la coutume allemande, qui pousse alors à la diversité des maîtres, il quitte
Leipzig pour Iéna où il étudie les mathématiques auprès d’Erhard Weigel. Il
revient étudier le droit à Leipzig, où son jeune âge lui interdit, en 1666, le
titre de docteur. Il soutient alors ses thèses, De casibus perplexis in jure, De
complexionibus
et De conditionibus
à Altdorf, où on lui propose une chaire qu’il décline.

Cette
même année de 1666 paraît De arte
combinatoria
, un traité sur l’art combinatoire. Leibniz y parle de la Caractéristique universelle, écriture
basée sur un alphabet des pensées humaines, constitué des notions simples qui
composent nos concepts ; d’une Science
générale
, d’où toutes les sciences prennent leurs principes ; et d’une
pensée symbolique, pensée par signes
propre à pallier le défaut d’évidence intuitive de la raison humaine.

Leibniz,
à Nuremberg, s’introduit dans un cercle d’alchimistes et de rose-croix qu’il
mystifie d’abord, faisant croire à un grand savoir en chimie après quelques
lectures. Il apprend auprès d’eux, et fait la connaissance d’un certain
Boineburg, homme politique éminent qui devient son protecteur et l’introduit
auprès de l’Archevêque Électeur de Mayence. Leibniz travaille alors avec
Lasser, un juriste, à l’unification du droit allemand. Il est aussi chargé
d’une mission diplomatique qui vise à faire élire comme roi de Pologne un
prince allemand, nécessité qu’il démontre par une suite de sorites dans Specimen demonstrationum politicarum pro
rege Polonorum
(Modèle de
démonstrations politiques pour l’élection du roi de Pologne
).

Leibniz
emploie aussi son sens logique à démontrer l’existence de Dieu et l’immortalité
de l’âme dans sa Confessio Naturae contra
Atheistas
en 1667 et celle de la Trinité dans sa Defensio Trinitatis per noua reperta logica en 1669.

Le
philosophe tente de se montrer diplomate, une nouvelle fois, en envoyant deux traités
de physique différents à deux pays, inspirés de Hobbes, Descartes et Boyle. Celui
envoyé en France, Theoria motus abstracti,
résout le problème du rapport entre repos et mouvement par l’invocation du conatus, notion qu’il reprend de Hobbes.
La version anglaise s’inspire elle des tourbillons cartésiens, qu’il pense plus
indiqués pour charmer ses destinataires.

En
France, à partir de 1672, Leibniz va soumettre à Louis XIV ses suggestions de
conquêtes africaines, notamment à travers son De expeditione Aegyptiaca registre Franciae proponenda. À Paris
Leibniz rencontre le théologien Arnauld, le philosophe Malebranche et le scientifique
Christian Huygens. Il reste aussi six semaines en Angleterre où il rencontre
des scientifiques, principalement des mathématiciens, dont Christopher Wren et John
Pell, mais encore Henry Oldenburg, premier secrétaire de la Royal Society,
polyglotte qui correspond avec de nombreux savants, et le chimiste Robert Boyle.

À la mort
de ses protecteurs, Leibniz devient rédacteur de pamphlets politiques et
percepteur. Il s’attèle également à diverses inventions : machine à
calculer, compas algébriques, compresseur d’air, sous-marin. En 1675, peu après
avoir découvert les principes du calcul différentiel et intégral, Leibniz
quitte Paris via Londres où il rencontre le mathématicien John Collins et La
Haye où il s’entretient avec Spinoza. En 1676 il est nommé bibliothécaire du
Brunswick-Lunebourg et s’installe à Hanovre où il passe les quatre décennies
suivantes.

Leibniz
multiplie toujours les entreprises diverses, notamment la modernisation de la
mine de Clausthal, des recherches, aux côtés d’alchimistes et de charlatans,
qui aboutissent à la découverte du phosphore par Brand.

En 1684,
il publie sa Nouvelle méthode pour
déterminer les maxima et les minima
, œuvre célèbre dans les sciences
mathématiques, qui livre les recherches de Leibniz sur les calculs différentiels
et donne naissance à l’analyse infinitésimale de la géométrie.

Leibniz
publie deux plus tard son Discours de
métaphysique
, sous-titré Traité sur
les perfections de Dieu
. L’œuvre, comme la plupart des textes
philosophiques majeurs de Leibniz, est écrite en français. Le philosophe y
définit la « substance individuelle », appelée ensuite
« monade ». Plusieurs problèmes y demeurent en suspens et Leibniz y
apparaît panthéiste sans le vouloir, considérant que les substances ont été
créées par Dieu de la même façon que nous pensons ; toute substance, qui
est une pensée de Dieu, contient ainsi tout l’Univers.

Il
contribue à fonder et devient l’un des collaborateurs majeurs des Acta Eruditorum, la première revue
scientifique allemande. Missionné par la Maison de Brunswick, il voyage en
Europe à partir de 1687 en quête d’archives, et en profite pour échanger et
satisfaire sa curiosité. Pour se faire pardonner ses longues escapades par son
protecteur, il consent à rédiger et publier une Histoire de la Maison de Brunswick. Missionné également à la Cour,
Leibniz y acquiert le titre de conseiller secret (Geheimrath) en 1696.

En
parallèle de son projet historique, Leibniz multiplie les publications. En
1693, il publie notamment un Système nouveau
de la nature et de la communication des substances
. Il correspond
abondamment et son influence rayonne parmi les savants européens. Il parvient
en 1700 à fonder l’Académie royale des sciences de Prusse dont il devient le
premier président à vie.

Leibniz
écrit ses Nouveaux essais sur
l’entendement humain
en 1703-1704. L’œuvre est dirigée contre les idées de
Locke contenues dans son Essai
philosophique concernant l’entendement humain
. La mort du philosophe
anglais en 1704 reporte la parution de l’ouvrage qui n’est édité qu’en 1765.
Dans l’œuvre, c’est Philalète qui résume point par point la pensée de Locke,
tandis que Théophile, qui s’oppose à lui, se fait l’alter ego de Leibniz. Selon
lui, les connaissances empiriques ne permettent d’atteindre que des
généralisations dépourvues d’universalité ; il oppose par là sa logique a
priori à la théorie psychogénétique de Locke. Le philosophe allemand défend
notamment dans le livre IV la prise en compte des opinions ou probabilités,
négligées par la logique traditionnelle, dans la veine des travaux de Pascal et
Fermat.

Dans ses Essais de théodicée sur la bonté de Dieu, la
liberté de l’homme et l’origine du mal
, publiés en 1710, Leibniz répond à
Bayle qui a fait butter l’existence du mal contre l’optimisme du philosophe
allemand. Dans la préface, Leibniz fait un lien entre l’amour et
l’intelligence : l’intellect est porté à aimer après la contemplation de
l’œuvre sublime du Créateur qu’est le monde. La raison y est présentée comme un
don de Dieu, à l’égal de la révélation. Comme il le fit en tant que diplomate,
Leibniz poursuit ici son projet d’unification des églises chrétiennes.
Concernant la liberté humaine, le philosophe présente l’action humaine comme
contingente ; elle n’est pas nécessaire, même si Dieu en a la prescience.
D’autre part, Leibniz s’entretient de l’économie de l’architecture
divine : Dieu a créé « le meilleur des mondes possibles », qui
laisse la possibilité d’être mauvais, car toute possibilité de monde inclut une
imperfection. Le procès habituellement fait à Dieu est donc injuste, et Leibniz
l’acquitte.

Le
philosophe résume son système philosophique au prince Eugène de Savoie dans Monadologie, rédigé en 1714, intitulé
d’après le fondement de la métaphysique leibnizienne, la « monade »,
cette substance indivisible qui est un centre d’énergie et dont Leibniz livre
des subdivisions selon la clarté, la précision de leur conscience perceptive.
Ces monades ont été créées par Dieu selon une « harmonie
préétablie », concept qui permet de résoudre le problème de la
connaissance du cosmos entier par chaque monade.

La
professeure Martine de Gaudemar, contemplant le sillage immense laissé par
Leibniz, remarque que « la phénoménologie en a fait le précurseur de
l’intentionnalité, tandis que la philosophie analytique salue en lui le
logicien de génie, précurseur de Boole, fondateur de la logique mathématique.
On admire en Leibniz, depuis Fontenelle jusqu’à Lévi-Strauss et Deleuze, le
penseur universel conjuguant les disciplines, le génie rationnel et multiforme
cherchant à concilier la raison avec les faits et les dogmes, l’inventeur de
concepts mathématiques et métaphysiques, le philosophe du progrès des arts et
des sciences en vue du bonheur du genre humain. On voit en lui le précurseur
des Lumières, de l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert, de la logique
formelle, de la cybernétique, ou du structuralisme. »

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