Arcane 17

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Résumé

Arcane 17 est une œuvre écrite par André Breton entre le 20 août et le 20 octobre 1944 en Gaspésie. Dans ce livre sont réunis des pensées sur la France, à l’heure de la Seconde Guerre mondiale, des textes poétiques, mais aussi le récit de sa rencontre avec Élisa, qui deviendra sa troisième femme. Une deuxième partie, intitulée Ajours, a été ajoutée plus tard au manuscrit.

 

Le livre s’ouvre sur la description de l’île Bonaventure et du Rocher Percé, en Gaspésie, où se trouve André Breton. Cette partie du Canada reste isolée du reste du territoire car elle a gardé non seulement la langue des Français mais aussi leurs mœurs. Aussi leur intégration au sein de la communauté anglaise se montre des plus « illusoires » selon Breton. Ici, on semble être à une autre époque du fait de l’influence de l’Église catholique.

Breton observe toujours ce paysage où nichent des milliers d’oiseaux comme le fou de Bassan, et il en vient à comparer ce qu’il voit à l’Europe. La civilisation, malgré la Seconde Guerre mondiale, est « une comme ce rocher au sommet duquel se pose la maison de l’homme » dit-il. Il revoit les drapeaux rouges du Pré Saint-Gervais, parle de sa conscience politique, de la Commune de Paris, des drapeaux noirs et de « l’immodération », de la « folie » de certains partisans face à ceux dont les revendications restent « raisonnables » et « fondées ».

L’auteur a conscience du confort de la situation dans laquelle il se trouve, lui qui est en Amérique alors que de l’autre côté de l’Atlantique, il y a la guerre. Il a peur en disant cela d’être taxé de faire dans le bon sentiment, mais salue le fait que même face à la dureté de l’époque, la poésie n’ait pas été sacrifiée et qu’elle soit même devenue un refuge. Breton, en citant Virgile Josz, file la comparaison entre la situation de la France à l’heure où il écrit et celle de la dernière année du règne de Louis XIV. Chercher des équivalents dans le temps à cette situation est de nature, selon l’auteur, « à faire renaître quelque espoir ».

Breton parle ensuite de la femme qui l’accompagne, femme qui a aidé l’auteur à se remettre de ses peines, à surmonter son malheur. Mais cette femme a elle aussi connu un drame, puisqu’elle a perdu son enfant, sa fille dans un accident. Breton loue sa force, son courage, grâce auxquels elle continue de vivre malgré tout. L’amour est aussi un remède, un « soleil de minuit » que Breton exalte. Il approuve l’idée qui veut que « tout être humain ait été jeté dans la vie à la recherche d’un être de l’autre sexe et d’un seul qui lui soit sous tous rapports apparié, au point que l’un sans l’autre apparaisse comme le produit de dissociation, de dislocation d’un seul bloc de lumière ». Breton trouve sa compagne si belle, marquée par les événements qu’elle a vécus. Il lui écrit son amour dans ce texte aux airs de poésie. Revenant sur le contexte actuel, l’auteur affirme que c’est par « l’amour, la poésie, l’art […] que la confiance reviendra ».

La description du Rocher Percé est maintenant complétée : Breton lui imagine deux parties, l’une ressemblant à un vaisseau superposé à un instrument de musique ancien, l’autre représentant une tête, qui pourrait être celle de Bach. Cette terre, ce lieu amènent l’auteur à cette réflexion : « Il y a, à travers tout ce qu’on foule, quelque chose qui vient de tellement plus loin que l’homme et qui va tellement plus loin aussi ». L’homme croit, à tort, avoir d’immenses connaissances. Et même s’il souhaite faire évoluer ses idées, sa réflexion sera toujours encadrée par « l’église, l’école, la caserne, l’usine, le comptoir, la banque, à nouveau l’église ». Breton fustige la consécration de fait des « gloires usurpées », citant par exemple le cas de La Fontaine qui ne mérite pas d’être sur un tel piédestal selon lui.

Breton demande la révolution des idées pour régénérer le monde. Il déplore l’arbitraire que subit la culture et dit que l’éducation actuelle, mauvaise, « empêche l’enfant de se former en temps voulu une opinion par lui-même en lui imprimant à l’avance certains plis qui rendent sa liberté de jugement illusoire », et cela dans l’intérêt d’une « certaine caste d’individus » dit-il. Charles Fourier ou encore Flora Tristan seront un jour appréciés à leur juste valeur espère Breton. De même, selon lui, « on peut espérer que de la confusion idéologique sans précédent qui marquera la fin de cette guerre surgiront un assez grand nombre de propositions radicales formulées hors des cadres ». Il souhaite que par là soit consacré le langage du cœur et des sens, et que les thèmes qui lui sont propres soient remis à l’honneur, tels que le thème « du salut terrestre par la femme ».

Breton, se trouvant en Gaspésie, a la position idéale d’un observateur en retrait du conflit mondial qui se joue. La désagrégation programmée du Rocher Percé est en marche et en l’observant, le surréaliste laisse aller son imagination et s’invente tout un monde comme le font les enfants.

 

André Breton inaugure la seconde partie en faisant référence au mythe de Mélusine. Son discours porte sur les femmes et sur le rôle qu’elles ont à jouer dans le conflit qui est en train de se dérouler. « Le temps serait venu de faire valoir les idées de la femme aux dépens de celles de l’homme » dit-il. Les hommes et leur comportement ont failli, on devrait donc s’en remettre aux femmes et à leurs valeurs. Mélusine est une femme à la queue de serpent ; elle sert à l’écrivain de métaphore de la femme et de sa condition dans le monde d’alors. C’est de la faute de l’homme si Mélusine est dans cet état et par conséquence c’est de sa faute si le monde est dans cette situation. Il parle d’une « Mélusine délivrée » et fait l’éloge de la femme-enfant grâce à laquelle on peut avoir un « autre prisme de vision ».

Il revient ensuite sur la rencontre avec sa compagne à un moment où, accablé par le chagrin, il imagine avoir actionné dans sa détresse « par hasard cette sonnerie cachée qui appelle les secours extraordinaires ». Séparé de sa fille il ne lui restait plus rien jusqu’à cette rencontre. Dans le contexte de la guerre, les idées elles-mêmes ne sont plus que des ruines, victimes de la « dictature militaire ». Après la publication d’un ouvrage appelé Silences de la mer, Breton voit, face aux réactions immodérées que le livre suscite, que la guerre a aussi endommagé l’esprit critique ; il parle à ce sujet de « démission critique ». Il s’interroge aussi sur l’état de Paris en 1944.

Breton ouvre une parenthèse et revient sur ses critiques passées à propos de la France et de « l’esprit français ». Il ne faut pas voir là sa désolidarisation de la France. En fait, lui et ses amis ne fustigeaient pas la France mais un « esprit français » très courant à cette époque qui n’était que « scepticisme non éclairé », « blasement » face auquel ils s’opposaient. Ils étaient à l’inverse les défenseurs d’un autre esprit, de « confiance généreuse », « d’insatisfaction motrice », qui était en péril. Mais Breton assure : « Qu’on ne voie ici de ma part nul plaidoyer à l’appui de quelque humble requête destinée à abréger un temps d’exil ».

L’auteur revient au présent. Dans sa nuit il distingue deux ruisseaux. Le « Ruisseau de gauche », c’est celui du feu. Il va vers l’étang « des dogmes qui ont pris fin, auxquels les hommes ne sacrifient plus que par habitude et pusillanimité ». Il lui apporte le bouillonnement « des idées dissidentes ». Le « Ruisseau de droite » est celui de l’eau. Il va à la terre et fait germer les graines. Il donne la confiance et l’espoir à l’homme. Plus loin il parle de la capacité à se régénérer de l’homme : elle est sans limites. Les périodes de trouble sont transitoires et mêmes nécessaires. Puis il parle de nouveau de sa compagne : « Dans la rue glacée je te revois moulée sur un frisson, les yeux seuls à découvert ». En la regardant, il se dit que « la jeunesse éternelle n’est pas un mythe ». Il voit une étoile placée sur elle. Il repart dans ses rêveries où se mêlent les mythes. Il regrette d’ailleurs l’interprétation qu’on a donnée à ces mythes, celui d’Égypte notamment, sous l’influence du mythe chrétien. Il dénonce ici une interprétation « positive » et « matérialiste », unique, au détriment du « sens poétique », du « sens historique », du « sens uranographique » et du « sens cosmologique ». Il défend au contraire l’ésotérisme qui a au moins le mérite d’offrir un champ de vision illimité. Il rappelle d’ailleurs que les grands poètes du siècle dernier s’étaient déjà intéressés à cette vision. Il fait aussi référence à Éliphas Lévi, figure de l’occultisme, et explique que pour se laisser aller à ces connaissances et à ces interprétations, il faut « avoir cessé de compter sur la boussole, s’être abandonné à la ronde des cercles excentriques des profondeurs ». Il loue la rébellion et notamment celle dont sa compagne a fait preuve face à son malheur, et il cherche une formule magique pour lui redonner la force de vivre lorsque la perte de son enfant pèse trop sur elle. « Osiris est un dieu noir » sera la formule pour la rappeler lorsqu’elle basculera de l’autre côté.

Il salue aussi la résistance des hommes dans les pays occupés mais en distingue deux formes : la forme limitée de la résistance consécutive aux conditions de vie insupportables, et la résistance consciente qui au-delà de vouloir chasser l’envahisseur, cherche des solutions pour empêcher son retour. Il interroge aussi la notion de liberté et pointe du doigt ceux « qui peuvent avoir intérêt à embrouiller la question ». L’immobilité entraîne la « ruine immédiate » de la liberté, c’est pourquoi elle doit être conçue comme « force vive ». Mais il met en garde contre le risque qui consiste, une fois la liberté gagnée, à ne pas savoir quoi en faire. L’idée de liberté, comme une étoile, est supérieure à l’idée seule de « libération ».

Une étoile lui apparaît faite du mystère de « l’amour appelé à renaître de la perte de l’objet de l’amour » et du mystère de la « liberté vouée à ne bien se connaître et à ne s’exalter qu’au prix de sa privation même ». Hugo lui-même, en tant que visionnaire, avait perçu cette étoile. La révolte est créatrice de lumière, « et cette lumière ne peut se connaître que trois voies : la poésie, la liberté et l’amour qui doivent inspirer le même zèle et converger, à en faire la coupe même de la jeunesse éternelle, sur le point moins découvert et le plus illuminable du cœur humain ». Sur ces mots se termine le manuscrit originel de Arcane 17, qui sera complété quelques années plus tard par d’autres textes d’André Breton.

 

Arcane 17 a été enrichi et complété par Ajours, composé de textes écrits par André Breton après Arcane 17. Ajours est divisé en quatre parties.

Dans la première, Breton revient sur ses pensées d’alors, exposées dans Arcane 17, et notamment sur la résistance. Avec le temps, ses idées ont été contredites par les événements. L’esprit de résistance a été, selon lui, « « saboté » bestialement ». Le ver qui a pourri le fruit se nomme « nationalisme » et Breton regrette de ne pas avoir assez mis en garde contre lui dans Arcane 17. Aussi, mal renseigné, s’est-il trompé en écrivant que « Paris avait réussi à trouver en soi-même les forces pour se libérer ». Après ces clarifications, il renvoie le lecteur directement à la deuxième partie d’Ajours.

Dans cette seconde partie, intitulée Lumière noire, André Breton reproduit un de ses textes écrit en mai 1943 pour la Revue du Monde Libre. Dans ce texte, Breton s’adresse directement à la guerre, et espère, même si cela ne semble être possible qu’en rêve, qu’on pourra l’éradiquer. « Il ne suffit pas, pour en finir avec elle, d’en révoquer le principe » dit-il. Pour « prévenir le retour de la guerre » il faut se pencher sur ses « moyens » et sa « structure ». Il faut préférer le « tous », l’homme, au « nous » et au « moi ». Lorsque la guerre fut déclarée, Breton a été surpris par les réactions euphoriques des gens, dont il convient de déterminer la cause. La raison pourrait en être la « platitude » de la vie, ses « contraintes » en temps de paix. Il faut donc s’attaquer à cette « insatisfaction » dit-il. « La vie humaine est à repassionner ».

Dans la troisième partie, Breton revient sur la quête de « l’état de grâce » et affirme « qu’il résulte de la conciliation en un seul être de tout ce qui peut être attendu du dehors et du dedans… ».

Dans la dernière partie, Breton raconte une anecdote arrivée à un de ses amis à la tour Saint-Jacques. Ce récit a renforcé l’intérêt que portait déjà l’auteur à cette tour, c’est pourquoi il s’est décidé à aller la visiter avec des amis. Il en vient aux relations des romantiques avec l’ésotérisme, en faisant référence à Nerval. Lui-même se penche sur l’ésotérisme : il en voit des signes dans sa propre vie.

 

Ainsi s’achève Arcane 17, où André Breton rassemble des pensées nées dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale. Il y raconte aussi son voyage en Gaspésie et sa rencontre avec celle qui deviendra sa troisième femme. Ce manuscrit où se mêlent pensées, récit et rêves, rappelle certaines autres œuvres de l’auteur, telles que Nadja ou encore L’Amour fou.

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