Arcane 17

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

André Breton

André
Breton est un écrivain français né à Tinchebray (Orne) en 1896 et mort à Paris
en 1966. Sa vie s’amalgame avec le mouvement émergent du surréalisme dont il
est le chef de file, qui vise, outre l’expression du fonctionnement réel de la
pensée, la réconciliation du rêve et de la réalité, mais aussi la libération
totale de l’être humain. Breton, dans sa littérature, se fait certes le chantre
de la liberté, mais aussi de l’amour, du bonheur, de la femme. Dans son
existence comme dans son œuvre, il a fait montre d’une passion de vivre,
d’aimer et de lutter inlassable – « L’étreinte poétique comme l’étreinte
de chair / Tant qu’elle dure / Défend toute échappée sur la misère du
monde. »

André
Breton naît dans une famille catholique de la petite bourgeoisie. Après une
enfance en Seine-Saint-Denis, il entre au collège Chaptal où ses professeurs de
rhétorique et de philosophie, qui le distinguent, l’initient à des auteurs dont
certains influenceront son œuvre à venir – parmi eux Baudelaire, Huysmans,
Hegel. Très jeune il s’adonne à la poésie et publie dans la revue littéraire de
son établissement. À dix-huit ans c’est la revue La Phalange qui accueille sa poésie inspirée de Mallarmé. Breton
fait dès lors la connaissance de Paul Valéry. Il découvre ensuite Rimbaud, puis
viennent les horreurs de la guerre. Pendant le conflit il écrit à Apollinaire.
À vingt ans il connaît un coup de foudre intellectuel avec Jacques Vaché qui
lui fait connaître l’œuvre d’Alfred Jarry. Interne à l’hôpital de Nantes, il
choisit d’observer la folie, qu’il relie déjà à la capacité créative.

Via
Philippe Soupault il découvre l’œuvre de Lautréamont – qui est un choc pour lui
– et Apollinaire en personne. Il rencontre aussi Louis Aragon avec qui il
partage sa passion pour Lautréamont. La mort de Jacques Vaché en 1919 pousse
Breton à trouver un substitut à l’esprit de révolte de son ami en Tristan Tzara
et les manifestations Dada. Cette année-là il fonde avec Aragon et Soupault la
revue Littérature, que rejoint
rapidement Éluard. Après son premier recueil de poésie, Mont de piété, Breton publie en 1920 avec Soupault Les Champs magnétiques, exemple du
procédé de l’écriture automatique. Les textes n’étant pas signés, il s’agit
d’une poésie à deux voix et du recueil d’un « auteur à deux têtes ».
Les images en sont très inspirées de Lautréamont, Rimbaud et Apollinaire. La
critique est plutôt favorable. C’est aussi l’année où Breton tente des
expériences avec Tzara et Picabia, organisant des manifestations Dada, mais
Breton prend vite ses distances avec le dadaïsme, jugé infantile.

En 1921
Breton rencontre Sigmund Freud et étudie l’automatisme psychique. Il tente des
expériences de sommeil hypnotique, lequel permettrait de libérer le discours de
l’inconscient, avec notamment Robert Desnos et Benjamin Péret. Breton montre
toujours une opposition féroce au roman, hésite à continuer à écrire mais
publie finalement en 1923 le recueil Clair
de terre
, qui réunit des récits de rêves, des jeux de collages dadaïstes,
des poèmes en vers libres et de la prose relevant de l’écriture automatique. De
même que le manifeste sera poème, le poème est ici manifeste ; pratique et
théorie s’y trouvent entremêlées par un jeu d’inversion, des réunions de
couples antithétiques qui invitent à changer de perspective.

En 1924 paraît
le Manifeste du surréalisme, acte
d’état civil d’un mouvement déjà commencé. Breton y donne la définition
suivante, célèbre : « SURRÉALISME, n. m. Automatisme psychique pur
par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit de toute autre
manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence
de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation
esthétique ou morale. » Breton parmi de nombreux pairs cite Dante,
Shakespeare ou Victor Hugo, qui s’inscrivaient déjà dans cette mouvance par
certaines pièces. Contre toute rigueur, Breton prône un retour à l’imaginaire
de l’enfance, propre à engendrer des images débridées. Il va jusqu’à faire un
éloge de la folie pour encourager à outrepasser les bornes de la raison. Il
pose le mouvement comme un anticonformisme – opposé aux dogmes religieux,
artistiques, politiques –, une inclination vers le rêve, le merveilleux, dans
tous les cas une distraction de la réalité. Breton décrit donc un esprit
créateur dont les contours demeurent cependant flous. Ce à quoi il s’oppose est
néanmoins clair, notamment dans le pamphlet Un
cadavre
, dirigé contre Anatole France et les funérailles nationales dont il
bénéficie.

La même
année Poisson soluble, dont le Manifeste devait au départ constituer la
préface, est publié, possible réalisation de l’exigence esthétique subversive
qu’il proposait sous la forme d’une réunion de textes automatiques. Toujours en
1924 le groupe surréaliste fonde la revue La
Révolution surréaliste
. Breton se rapproche des communistes après avoir lu
Lénine et Trotski, jusqu’à son adhésion au Parti communiste français en 1927.

Si le
surréalisme concerne au premier chef la littérature, il a aussi à avoir avec
les arts plastiques. Les peintres René Magritte, Salvador Dalí, Roberto Matta
et René Magritte ont évolué dans sa mouvance, tout comme les cinéastes Man Ray
ou Luis Buñuel. En 1928, Breton publie Le
Surréalisme et la peinture
. La célèbre formule « L’œil existe à l’état
sauvage » entame une réflexion sur le regard, la vision, une revue des
arts visuels à l’époque. Breton invite l’artiste à partir d’un « modèle
purement intérieur » à l’image de Picasso. Chirico en revanche, pourtant précurseur
du surréalisme, est montré du doigt comme dévoyé. Breton procède ainsi, au fil
d’une liste d’artistes, à des admissions au groupe surréaliste et à des
évictions.

La même
année Breton publie Nadja, une œuvre
rendue possible par la rencontre, en 1926 à Paris, d’une femme suffisamment étrange
pour inspirer l’auteur en quête d’une réalité d’un ordre supérieur, qui aurait
pour sources le rêve joint au réel. C’est le hasard objectif, les rencontres
fortuites, en marge de la vie banale bornée par la contrainte du travail, qui
permettraient d’élucider le mystère du moi – la question « Qui
suis-je ? » ouvre d’ailleurs l’œuvre. Le livre est parcouru de
photographies et de dessins qui aident à entremêler le supranormal, le
fantastique et la banalité, le réel. Au centre de l’ouvrage le lecteur découvre
le journal des rencontres de Breton avec Nadja, sous la forme d’un rapport
plutôt froid, clinique, d’un récit erratique propre à mimer leurs errances dans
Paris, d’une accumulation d’associations. Breton parle de Nadja comme d’un
« génie libre », du « surréalisme incarné » ; les
médecins parleront pour leur part de « folle » et l’on apprend que
Nadja a finalement été internée. L’auteur clôt l’ouvrage par une réflexion sur
l’écriture et son articulation avec la vie. L’auteur ajoutera en 1963 un
« avant-dire » à son œuvre devenue culte. Grandement commentée (par
Blanchot, Gracq notamment), elle a exercé une influence majeure sur de nombreux
écrivains dont Éluard, Aragon et Joë Bousquet.

En 1930 paraît
le Second manifeste du surréalisme,
qui fonctionne comme une mise à jour prenant en compte les changements survenus
autour du mouvement les cinq années précédentes. Il est en outre censé relancer
le mouvement qui s’est essoufflé. L’engagement politique y apparaît plus fort
chez l’auteur, influencé par Hegel, Marx et Engels. Breton s’y montre d’humeur
sombre, règle ses comptes ; figure notamment dans ce Second manifeste la phrase souvent reprochée à l’auteur décrivant ainsi
l’acte surréaliste le plus simple : « révolvers aux poings […]
tirer au hasard […] dans la foule ».

Breton
rompt avec le Parti communiste dès 1935, préservant ainsi son mouvement, dont
il est l’orthodoxe gardien, des équivoques de l’engagement politique. Breton avait
rencontré en 1934 Jacqueline Lamba qui lui inspire le récit L’Amour fou qui paraît en 1937. Comme Nadja cette œuvre mêle poésie, théorie
et éléments autobiographiques. Breton réunit là des textes d’abord parus en
revue, mais chez lesquels il a finalement constaté une proximité. Breton y
explique ce qu’il entend par la « beauté convulsive », formule qui
venait clore Nadja dont L’Amour fou s’annonce comme un
prolongement. Breton analyse la rencontre, l’amour, en même temps qu’il
retranscrit des anecdotes personnelles et des scènes imaginées. L’auteur
analyse en outre la notion de hasard, celui de la rencontre avec une personne
ou un objet. Il évoque aussi la rencontre de sa deuxième femme, un de leur
séjour, tout en multipliant les associations entre les choses. L’adjectif du
titre est à prendre au premier degré ; la folie de cet amour a à voir avec
la liberté, le scandale et la révolution, enjambe les règles et les lois :
il est surréaliste. Il introduit à un nouveau monde où les coïncidences et les
analogies sont démultipliées.

Breton
rompt avec Éluard en 1938 suite à sa rencontre avec Trotski avec qui il écrit
le manifeste Pour un art révolutionnaire
indépendant
, qui fonde une Fédération internationale de l’art
révolutionnaire indépendant. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Breton est
mobilisé en tant que médecin. En 1941 il embarque avec Claude Lévi-Strauss pour
New York, où il fondera la revue VVV.
Sur le trajet, il rencontre Aimé Césaire à la Martinique.

Censurée
par Vichy, l’Anthologie de l’humour noir
avait paru en 1940. L’humour est sollicité par le surréalisme comme un principe
capable de contester le réel, de l’annihiler en un surréel. Cette perspective
permet à Breton d’annexer au surréalisme Swift, Sade, Quincey, Nietzsche ou
Kafka. L’humour noir permet de concilier les contraires, de nourrir la
contradiction. Lautréamont particulièrement se voit porté aux nues, lequel
opère constamment dans son œuvre une mutation des objets et des idées, un
renversement de la logique et de la morale – mouvement poétique libérateur en
partie fondé sur la hardiesse des comparaisons, le pilonnage de toute
solennité, l’inversion de maximes célèbres. Breton évoque en outre Charles Cros,
Lewis Carroll, Alfred Jarry, Jacques Prévert, Marcel Duchamp, et même André
Gide, connu un temps comme « l’Oncle de Dada ». L’humour noir, en
réalité indéfinissable, sert surtout à tisser des liens de parenté, en
exemplifiant le mouvement mené par Breton, entre des artistes surréalistes
venus d’univers différents.

En 1944
Breton écrit l’essai Arcane 17 que
lui a inspiré un voyage sur la péninsule canadienne de la Gaspésie avec sa
troisième femme. Il s’agit d’une réflexion sur la beauté, la femme aimée,
l’amour, la poésie, la liberté. L’auteur invite à se libérer de toutes
contraintes, à dénoncer les opacités internes et externes, pour parvenir à « repassionner
la Vie », à laquelle doit être rendu son caractère sacré, unique. Breton
souhaite rendre possible un éveil de la conscience, une nouvelle naissance,
propres à réaliser la vanité de ce simple esprit d’aventure auquel Breton
réduit la guerre, considérée au-delà des raisons économiques ou géographiques. Il
faut démultiplier aux yeux de tous les possibles de l’aventure, qui peut être
autrement plus exaltante. Breton prend au mot le « changer la Vie »
rimbaldien et vise, espère un bouleversement de la sensibilité, du comportement
et du regard humains, et ce à l’échelle planétaire.

Fin 1945
il est à Haïti pendant le soulèvement populaire, et découvre la peinture locale
qu’il fait connaître. Il est de retour en France en 1946, où il continuera
inlassablement, les vingt dernières années de sa vie, son combat pour défendre
le surréalisme de l’hétérodoxie et de ses adversaires, notamment à travers
plusieurs revues appartenant au mouvement.

Dans L’Amour fou, André Breton esquissait sa
philosophie en ces termes : « Aujourd’hui encore je n’attends rien
que de ma seule disponibilité, que de cette soif d’errer à la rencontre de
tout, dont je m’assure qu’elle me maintient en communication mystérieuse avec
les autres êtres disponibles, comme si nous étions appelés à nous réunir
soudain. J’aimerais que ma vie ne laissât après elle d’autre murmure que celui
d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment
de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique. »

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur André Breton >