Colette Stern

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Georges Conchon

Georges
Conchon est un écrivain et scénariste français né à Saint-Avit (Puy-de-Dôme) en
1925 et mort à Paris en 1990. Il est principalement connu pour avoir remporté
le prix Goncourt en 1964 avec son roman L’État
sauvage
, et pour sa carrière de scénariste auprès de réalisateurs
prestigieux.

Issu
d’une famille d’instituteurs, Georges Conchon étudie d’abord la philosophie,
jusqu’à la licence, avant de devenir chef de division à l’Assemblée de l’Union
française en 1952, suite à son succès au concours de la fonction parlementaire.
Là, siègent ensemble des représentants de la métropole et des colonies de la
France. Son poste lui permet à la fois de voyager et de se réserver du temps
pour écrire.

Sa
carrière littéraire débute ainsi en 1953 avec la publication de son roman Les Grandes Lessives aux éditions Albin
Michel, œuvre tout à fait oubliée. Il devient journaliste pour France-Soir sous la coupe du directeur
général du quotidien, Pierre Lazareff. Le journal est alors le plus vendu sur
le territoire français. Mais il choisit l’activité fixe de secrétaire des
débats au Sénat de 1960 à 1980, après avoir passé un nouveau concours de la
fonction publique, avouant avoir fait ce choix en partie pour des raisons
alimentaires.

Son
nouveau métier, d’ailleurs, n’empêche pas Georges Conchon de s’adonner à sa
passion pour la littérature, puisqu’il remporte le prix des Libraires dès 1960
pour La Corrida de la victoire, mais
surtout le prix Goncourt alors qu’il n’a pas quarante ans, en 1964, avec L’État sauvage, à nouveau publié aux
éditions Albin Michel. En exergue, figure une citation extraite de Sodome et Gomorrhe, de Marcel
Proust : « Ils avaient l’air d’une bande d’anthropophages chez qui une
blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. » Georges Conchon se sert
de ses expériences professionnelles en tant que journaliste et fonctionnaire,
notamment auprès de l’Assemblée de l’Union française, pour mettre en scène
Avit, un jeune fonctionnaire de l’Unesco de vingt-quatre ans, qui débarque en
Afrique en tant que chargé de mission. À Fort-Jacul, il retrouve Gravenoire,
l’homme pour qui Laurence, sa femme, l’a quitté l’année de son mariage.
Gravenoire lui-même a été quitté par Laurence pour Patrice Doumbé, le ministre
de la Santé publique de la jeune république d’Afrique centrale dont il est question,
homme honnête, au franc-parler, qui dérange entre autres les trafics de
Gravenoire. Sur fond du climat propre à la décolonisation, Avit, bercé d’un
libéralisme théorique, va se voir déniaisé, face au ravivement des tensions –
nées de l’Indépendance – entre les dirigeants noirs et les dirigés blancs, et face
à l’issue violente que provoque son arrivée.

En 1977 Georges
Conchon fait paraître son quatorzième roman, Le Sucre ; Adrien Courtois, inspecteur des impôts, hérite
d’une grosse somme à travers sa femme pharmacienne, prend sa retraite à cette
occasion et se met à spéculer sur les marchés, en l’occurrence sur le cours du
sucre, aidé par son ancien réseau professionnel. Il parie à la hausse, encore
et toujours, jusqu’à l’effondrement du marché huit mois plus tard, alors que le
sucre s’échange à huit mille francs la tonne, seuil fixé avant une fausse
pénurie organisée par un puissant grossiste. À travers l’analyse du marché à
terme des marchandises, et de la spéculation à tout-va, c’est tout un système
qui est montré du doigt, car une crise bancaire s’ensuit, ce qui pousse l’État à
sauver les gros porteurs et les banques. L’histoire est basée sur un véritable
scandale financier qui eut lieu en 1974. L’œuvre sera adaptée au cinéma en 1978
par le réalisateur Jacques Rouffio, sur un scénario de Georges Conchon
lui-même.

Dans Le Bel Avenir, roman publié en 1983,
Georges Conchon met en scène Régis Crozet, promis à un « bel
avenir », selon l’expression consacrée, qu’on voit déjà ministre, jusqu’à
ce qu’un grain de sable vienne gripper l’engrenage de cette existence aux si
belles promesses. L’intrigue tourne autour d’un assassinat survenue au cœur de
la Corrèze. L’histoire devient le prétexte à l’analyse des mœurs d’une société
où le monde des affaires croise souvent celui de la politique, et où à une
échelle plus locale, dans la France d’après-guerre, il s’agit de voir comment
une famille de la bourgeoisie, bien sous tout rapport, dissimule une réalité
plus sulfureuse. L’ouvrage se distingue par la délicatesse de ses portraits
féminins, mais encore par ses peintures précises des régions limousine ou
parisienne.

En 1987
paraît dans la collection Blanche aux éditions Gallimard Colette Stern, roman pour lequel Georges Conchon crée le personnage
de Francis Hémon, célèbre acteur trentenaire qui s’éprend d’une femme veuve plus
âgée que lui, Colette Stern, environ cinquante ans, dans un train qui le ramène
de Clermont-Ferrand à Paris. Cette passion va s’avérer bouleversante pour
l’acteur qui, bien que convoité par de nombreuses femmes, supporte mal la
supériorité sur lui de sa nouvelle amie, elle-même très regardée par les
hommes, son âge ne constituant par forcément un handicap pour la femme d’âge
mûr, mais peut-être la promesse d’une expérience qui attire. Le milieu du
cinéma qui est évoqué n’est pas étranger à Georges Conchon qui s’est aussi
distingué comme scénariste, pour le cinéma comme pour la télévision ; il a
ainsi écrit pour les réalisateurs Luchino Visconti (L’Étranger, 1967), Jean-Jacques Annaud (La Victoire en chantant, 1976) ou Patrice Chéreau (Judith Therpauve, 1978). Le personnage
masculin, dans Colette Stern, se
retrouve d’ailleurs à présenter des scénarios à Colette, en plus de ses
collègues et de ses amis. À l’occasion de cette carrière parallèle, Georges
Conchon est nommé en 1976 au César du meilleur scénario pour Sept mort sur ordonnance, et il reçut en
1977, à travers le film La Victoire en chantant
de Jean-Jacques Annaud, l’Oscar du meilleur film étranger – film dont il avait
écrit le scénario en collaboration avec le réalisateur.

L’engagement
à gauche, politiquement, de Georges Conchon, se retrouve dans plusieurs de ses
œuvres, qui pointent du doigt à la fois les dérives du capitalisme – comme dans
Le Sucre – et celles du colonialisme
– comme dans L’État sauvage.

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