Comment peut-on être français?

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Résumé

Cette œuvre est un roman semi-autobiographique publié chez Flammarion en 2006. On y suit la vie d’une Iranienne, Roxane Khân, nouvellement installée en France, et son combat pour s’adapter à la vie occidentale et vivre en toute liberté dans le Paris de ses rêves.

L’héroïne fait tout pour récupérer son identité de femme en essayant avec acharnement de devenir française à part entière après avoir quitté l’Iran, pays au régime religieux-fasciste où la femme a encore moins de droits que l’homme. L’attraction de Roxane, vingt-cinq ans, pour Paris, est renforcée par le fait que son grand-père parlait « Parissii », c’est-à-dire français. Elle l’admirait beaucoup. Lors de son arrivée, un soir pluvieux, Roxane ne reconnaît pas le Paris de ses rêves mais la ville la charme, elle trouve l’endroit propice à son épanouissement.

Le premier soir, elle prend une chambre d’hôtel. Lorsqu’elle ouvre la fenêtre de celle ci, elle apprécie la vue et le fourmillement de la foule dans ces rues magnifiques. Elle découvre tout ce qui lui était interdit dans son pays : elle prend un verre de vin à la terrasse d’un bar, sachant que cela lui aurait valu des coups de fouet en Iran ; elle le fait pour sentir qu’elle est libre, dépasser des conventions qu’elle a toujours dû respecter. Elle va aussi manger des frites par exemple, l’un des symboles de la nourriture occidentale, ce qu’elle n’avait jamais fait chez elle. Roxane est aussi émerveillée par les supermarchés, le métro, le jardin du Luxembourg, et s’étonne même que le jardin du Sénat soit public.

Roxane se trouve ensuite une petite chambre de bonne, parvient à obtenir des papiers et un titre de séjour, et trouve un petit boulot dans un McDonald’s. Elle se rend compte que la démocratie, la liberté, tout cela est très abstrait : un simple papier lui ouvre des droits pour travailler, vivre ici, etc.

Elle fait la connaissance d’un jeune Coréen, son voisin de palier. Roxane prend conscience de l’enfermement dans lequel elle vivait en Iran, et commence à apprécier ce jeune homme, passant outre son éducation où la femme n’avait d’autre choix que le mari désigné par sa famille : « On ne vit que sous le voile de la dissimulation, tout se tait, tout se cache. »

Roxane se lance dans l’apprentissage du français, cette langue qu’elle trouve si belle et qu’elle met un point d’orgue à maîtriser. Cet apprentissage est très long, très difficile, comme une lutte qui l’épuise, tant le français est une langue difficile, pleine de subtilités, et dans un autre alphabet que celui qu’elle connaissait. La narratrice, fortement inspirée de la vie de l’auteure, illustre combien il est lourd de ne pas comprendre ceux qui vivent autour de nous, combien l’incompréhension de la langue du pays dans lequel on vit peut être un véritable drame.

Dans une grande ville occidentale où elle ne connaît presque personne, au sein d’un environnement qu’elle perçoit sans le comprendre, loin de sa famille, Roxane se sent très seule, comme une anonyme parmi la foule : elle se sent étrangère. Le passé resurgit, bien qu’elle tente tout pour l’oublier, ne pas y penser. Elle se souvient alors de sa jeunesse, et se rend compte que l’on ne peut effacer la personne que l’on a été pour se construire une identité totalement nouvelle, même à l’autre bout du monde. En tant que membre d’une grande fratrie, en tant que femme, elle n’avait pu s’affirmer jusqu’ici, c’est pourquoi elle se cherche une identité.

Mais Roxane a des ressources et de la force de caractère. Elle est déterminée à apprendre la langue et entreprend de tenir un journal intime en français, où les premiers mots qu’elle note sont : « JE SUIS PERDUE ». Puis elle rassemble ses économies pour se payer des cours de français.

Roxane commence donc à écrire, et découvre aussi la littérature française, plus particulièrement Montesquieu, auteur des Lettres persanes dont le cadre lui rappelle son pays natal et dont l’héroïne porte le même prénom qu’elle. Roxane entame ainsi une correspondance spirituelle avec Montesquieu, qu’elle considère comme un « père de papier ». Dans cette correspondance avec l’auteur du XVIIIème siècle, Roxane révèle à son destinataire qu’elle se sent étrangère en France, et lui fait part de toutes ses pensées, même les plus dures. Cette correspondance lui permet de s’exprimer, de purger son passé. Elle raconte la vie horrible des femmes en Iran, critique le régime, et compare souvent la vie là-bas à la vie en France, plus simple et plus libre. L’auteure fait donc l’aller-retour entre Orient et Occident, mais aussi entre l’Orient moderne et la Perse du XVIIIème siècle, époque du siècle des Lumières. La narratrice, dans cette relation épistolaire artificielle, se lance dans une réflexion sur la France, sa langue, sa culture. Elle montre aussi que l’Iran est en retard d’un point de vue politique sur les démocraties occidentales. Elle montre une certaine dualité, Roxane peinant à réunir ces deux vies, montrant que la vie libre et solitaire n’est pas toujours préférable à une vie plus captive mais aussi plus chaleureuse. Elle se parle à elle-même comme à une autre personne, entre le « tu » désignant celle qu’elle fut en Iran, et le « je » de la jeune femme parisienne.

Dans la seconde partie du roman, Roxane poursuit ses cours de français à la Sorbonne, et cela porte ses fruits. Elle progresse et commence à mieux comprendre le français et les Parisiens. Elle se rend au théâtre, assiste à une représentation du Bajazet de Racine à la Comédie-Française. Cet apprentissage constitue une seconde découverte de la ville qui s’offre à elle. De plus, les cours à l’université lui permettent de faire de belles rencontres, elle y côtoie des gens brillants, venus de partout dans le monde, avec le même objectif qu’elle, apprendre le français. Tous les jours, toutes les occasions sont bonnes pour apprendre la langue : devant ses frites au McDonald’s elle conjugue le verbe « frire » à tous les temps, à toutes les personnes ; elle tient un petit carnet où chaque mot a deux synonymes, prouvant sa passion et son travail acharné.

Elle continue une correspondance très chaleureuse avec Montesquieu pour lutter contre la solitude et pratiquer la langue, émerveillée par ses oeuvres, ses personnages, et elle s’identifie à la Roxane des Lettres persanes. Cependant elle reste perçue comme une Iranienne en France et se sent peu intégrée. En partie du fait du grand écart culturel qu’elle a connu elle sombre dans la dépression ; elle supporte mal l’indifférence de ceux qu’elle croise, ne connaissant personne. Dans ses lettres elle se plaint de plus en plus de la solitude et de la dureté de la réalité, se rendant compte que la langue n’a pas suffi à faire d’elle une Française. Alors elle se coupe peu à peu du monde, et fait même une tentative de suicide, manquée, illustrant son identification au personnage de Roxane et son malaise dans cette ville. Elle critique le mode de vie des Parisiens, la consommation – la liberté ne suffit pas pour être heureux –, et l’Occident pour son soutien aux dictatures du monde entier.

La barrière du langage tombée, Roxane n’est pas pour autant devenue française, d’où le titre de son roman. 

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